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Les Grands Récits - Scottie Pippen, à la droite de Dieu

Scottie Pippen, à la droite de Dieu

Le 25/09/2018 à 13:03Mis à jour Le 02/10/2018 à 01:21

LES GRANDS RECITS - Etre grand à côté d'un géant donne, en trompe-l'oeil, l'impression d'être petit. Scottie Pippen, immense joueur, a eu la chance et la malchance d'évoluer (presque) tout au long de sa carrière aux côtés de Michael Jordan. Le N° 33, qui fête ses 53 ans ce mardi, aurait pu être roi mais fut condamné à Chicago à un rôle de prince.

C'est mardi, c'est Grands Récits . Notre série vous propose de vous plonger dans la folle histoire du sport, entre pages de légendes, souvenirs enfouis et histoires méconnues. Toujours à hauteur d'hommes. Après les héros improbables, les miraculés et les malédictions, nouvelle thématique en septembre-octobre consacrée, aux meilleurs seconds rôles du sport. Dans ce premier volet, retour dans les années 90, du côté de Chicago...

Il était peut-être le deuxième meilleur joueur des années 90. Sans être le meilleur joueur de son équipe. Tout le paradoxe de Scottie Pippen est résumé ici. Pour le meilleur et le pire, sa gloire et son palmarès côté pile, ses propres frustrations et sa place tronquée dans l'histoire côté revers de médaille, Scottie Pippen a vu son destin lié à celui de Michael Jordan. L'ombre la plus imposante que l'on puisse imaginer.

Ils ont été indissociables dans la marche triomphale de la franchise de Chicago. Jordan et lui sont les deux seuls joueurs de la dynastie des Bulls à avoir remporté les six titres NBA entre 1991 et 1998. Il y eut d'autres atouts, plus ou moins majeurs, à commencer par Horace Grant et Dennis Rodman. Mais seuls les numéros 23 et 33 auront été des deux "Threepeats" historiques. La comparaison s'arrête là. Pour le reste, jamais ils n'auront joué d'égal à égal.

Dans les années 90, il y a Jordan et les autres en NBA. Pippen fait partie des autres. Au même titre que Charles Barkley, Karl Malone, Hakeem Olajuwon, David Robinson, Clyde Drexler ou Pat Ewing. Pippen était de ce club-là, parmi les grands. Peut-être le plus grand de tous les autres, donc. "Franchement, qui, en dehors de Michael, est meilleur que lui aujourd'hui ? s'interrogeait en 1993 l'ancien pivot et MVP de la Ligue, Bill Walton. Malone, peut-être. Et encore, ce n'est pas sûr." Pippen avait tout. Au-delà du joueur, le bonhomme avait du charisme et une vraie gueule avec ce visage anguleux, comme taillé à la serpe.

Scottie Pippen avec les Bulls, en 1994.

Scottie Pippen avec les Bulls, en 1994.Getty Images

Jordan était Lennon ET McCartney

Mais contrairement à ceux évoqués ici, il n'aura jamais été la star incontestable de son équipe. Pippen aura toujours été le lieutenant. Un serviteur du Maître. Jordan sera toujours l'ainé, le mieux payé, le plus glamour, le plus populaire, le plus célèbre. Le plus tout. Jordan n'aurait pas supporté que Pippen devienne plus important que lui. Il l'a fait progresser, il l'a poussé, parce qu'il avait besoin de lui. Mais il a toujours pris soin de le laisser à sa place. Ils ne seraient jamais Lennon et McCartney. Jordan était Lennon ET McCartney. Il était même les Beatles et les Stones à lui seul.

Lors de la draft 1987, Scottie Pippen est sélectionné en 5e position par Seattle ("Scott Pippen", comme l'appelle David Stern au moment d'annoncer le choix des Sonics), avant d'être échangé contre Olden Polynice. Direction Chicago. Le general manager Jerry Krause a flashé sur lui. Fatale erreur des Sonics. Elle fera le bonheur des Bulls, presque autant que celle qui, trois ans plus tôt, avait vu Portland préférer Sam Bowie à Michael Jordan. MJ est déjà une star. Il vient de boucler une saison ahurissante au plan statistique, la plus prolifique de toute sa carrière, terminant avec plus de 37 points par match. Mais si Jordan flambe, il ne fait pas briller Chicago.

Même si c'est difficile à croire aujourd'hui, MJ a longtemps été considéré comme un loser. Brillantissime soliste, mais aux symphonies un peu vaines. Une pièce ne fait jamais un puzzle. Il faudra l'arrivée de Phil Jackson sur le banc, et l'émergence de Scottie Pippen, pour que les Bulls deviennent, enfin, des prétendants. L'ancien swingman de Central Arkansas aura besoin de quatre saisons pour trouver sa place et s'affirmer comme un joueur majuscule. Le temps de digérer une croissance tardive. A 18 ans, lors de son entrée à l'université, il mesurait 1,90m. A la fin de son année de senior, quatre ans plus tard, il culminait à 2,03m. Le temps, aussi, de se doter d'un jumper digne de ce nom et, surtout, de comprendre ce que l'on attendait de lui.

Phil Jackson cible avec précision la césure dans la carrière de Pippen. Nous sommes en novembre 1990. Les Bulls patinent en ce début de saison. Ils ont perdu six de leurs onze premiers matches. La NBA ricane. La presse annonce déjà un nouvel échec de la bande à Jordan, battue en finale de conférence par Detroit les deux années précédentes. Phil Jackson raconte :

" C'était lors de notre West Coast trip. L'équipe ne se trouvait pas. Scottie ne shootait pas bien. Je lui ai dit 'ne t'occupe pas de ton shoot'. Je lui ai demandé de devenir un facilitateur, plus qu'un scoreur. Lors du match suivant, contre les Clippers, il a terminé avec 13 points, 13 rebonds et 12 passes. Il a compris ce soir-là de quelle manière il pouvait devenir indispensable. Derrière, nous avons gagné sept matches de suite et ça nous a lancés pour de bon."

La migraine d'Auburn Hills

C'est à la fin de cette campagne 1990-91 que Chicago décroche son premier titre. Scottie Pippen, qui n'avait signé que deux triples-doubles en trois saisons, va quant à lui en claquer une douzaine en deux ans, pour devenir un joueur extraordinairement complet. Un véritable "point forward", cet ailier capable de mener le jeu. Défenseur, créateur, rebondeur, scoreur au besoin, il sait tout faire. Et le fait bien.

Ce premier titre tombe à pic. Pour les Bulls, pour Jordan et peut-être plus encore pour Pippen, qui commençait à traîner une réputation de jouer trop "soft". Deux épisodes lui collaient à la peau. Ils datent des deux finales de conférences perdues face aux Pistons. Lors du Game 6, en 1989, les Bulls, menés 3-2, perdent Pippen dès la première minute de jeu, à la suite d'un choc avec Bill Laimbeer. Touché à la tête, l'ailier ne remet plus les pieds sur le terrain. Chicago perd le match et la série par la même occasion.

Un an plus tard, rebelote. Lors du 7e match décisif à Detroit, Pippen livre un des pires matches de sa carrière : en 42 minutes, il n'inscrit que deux points, avec un pathétique 1 sur 10 aux tirs. Les Bulls boivent la tasse et s'inclinent de près de vingt points. On apprendra plus tard que Pippen souffrait d'une terrible migraine. Mais Jordan va lui en garder une certaine rancœur. Six mois plus tard, alors que les Bulls sont à nouveau battus par les Pistons dans un match de saison régulière au cours duquel Pippen passe au travers, MJ lui lâche un perfide : "t'avais encore mal à la tête, Scottie ?"

L'épisode, relatée par Sam Smith dans "The Jordan Rules", va faire beaucoup de tort à Pippen. Le célèbre livre de Smith, sorti en 1992, évoque un Jordan tyrannique, bien loin de l'image du gendre idéal de l'Amérique qu'il véhiculait et éclaire d'un jour particulier sa relation avec ses coéquipiers. On y découvre un Jordan prêt à humilier ses partenaires. Comme Will Perdue, le pivot, rebaptisé "Will Vanderbilt" parce que, selon Hir Airness, il ne méritait de porter le nom d'une fac (en l'occurrence, Purdue, mais la prononciation est identique) de la Big Ten Conference.

Scottie Pippen n'a donc pas été épargné non plus. A une nuance – de taille – près : Jordan avait du respect pour lui. Lors de son année de rookie, Pippen a vécu un cauchemar. Jordan lui a appliqué le tarif débutant, puissance 10. "Il a été plus dur avec lui qu'il ne l'a jamais été avec aucun autre rookie, racontera le meneur de jeu John Paxson, l'homme du shoot du Threepeat en 1993. Il ne le lâchait pas, sur le terrain comme en dehors. Ça a été difficile à vivre pour Scottie. Mais c'est parce qu'il sentait le potentiel énorme qui était le sien. Il avait compris que ce gamin-là pouvait jouer un rôle décisif." Au printemps 1988, les Bulls remportent leur première série en playoffs, contre Cleveland. Larry Nance, l'intérieur des Cavs, a alors ces mots : "Pippen avait l'air d'un gars avec trois ou quatre ans d'expérience." L'effet Jordan.

" Non, je ne voudrais jamais être Michael Jordan"

Michael Jordan était un tel compétiteur qu'il ne souffrait pas le moindre relâchement chez ses partenaires de jeu. En cela, il a contribué à rendre Scottie Pippen meilleur. Les deux hommes s'offraient souvent des sessions en un contre un à la fin des entrainements. Elles pouvaient durer des heures. "Je m’en souviens d'une pendant les playoffs 1991, a raconté l'ex-shooteur fou Craig Hodges au Bleacher Report. A l'époque, Michael dominait largement, mais Scottie ne se démontait pas, il était toujours prêt à relever le challenge". Pour Phil Jackson, si les deux hommes sont devenus deux défenseurs aussi sévères (Jordan a fini neuf fois dans le 5 défensif de l'année, Pippen huit), c'est grâce à ces interminables séances.

Lors du premier triplé des Bulls, Scottie Pippen traverse une période faste. Il donne sa pleine mesure. En 1992, il cumule 21 points, 7 rebonds et 7 passes de moyenne. Des stats colossales compte tenu de la place prise par Jordan. Lors du dernier match des Finals 1992, contre Portland, Phil Jackson tente un gigantesque coup de poker à l'entame du dernier quart-temps. Alors que les Bulls sont menés de 15 points, le Zen Master laisse tous ses titulaires, Jordan compris, sur le banc. Tous, sauf Pippen. C'est lui, flanqué de sous-fifres, qui initie la révolte. En 3'30", Chicago inflige un 14-2 aux Blazers. Jordan revient ensuite sur le parquet, mais Pippen, en inscrivant 11 de ses 26 points dans cette dernière période, montre qu'il peut aussi se muer en leader. Lors de cet été 1992, il prend aussi part à la fameuse campagne olympique de la Dream Team à Barcelone.

Barcelone 1992 : Pieppen et Jordan, stars de la Dream Team parmi d'autres.

Barcelone 1992 : Pieppen et Jordan, stars de la Dream Team parmi d'autres.Imago

Mais les Bulls restent l'équipe de Jordan. Après les Jeux de Barcelone, l'aura du N°23 atteint des proportions délirantes. Dans un long entretien accordé à Sports Illustrated, Scottie Pippen raconte une anecdote révélatrice. Après chaque match au Chicago Stadium, Horace Grant et lui ont un rituel. "C'est notre routine, explique-t-il. On prend notre temps. On laisse Michael se rhabiller, puis on attend qu'il sorte. Là, tout le monde se rue sur lui. Alors, on sort à notre tour, on passe sur le côté et on rentre chez nous tranquillement."

Aimerait-il être Michael Jordan ? "J'aimerais avoir son compte en banque", concède-t-il dans la même interview. Puis, après un moment de réflexion : "Non, je ne voudrais jamais être Michael Jordan. Toujours avoir l'impression que quelqu'un est derrière toi, à attendre, écouter tout ce que tu dis... Je ne sais pas comment il fait. Moi, je peux sortir tranquillement. Les gens viennent me voir, me demandent un autographe ou me parlent un peu, mais ça reste normal. Quand ils voient Michael, ils lui sautent dessus. Jamais je ne veux connaître ça."

A défaut de toucher les cimes extrêmes de la popularité jordanienne, Scottie Pippen va enfin sortir de son ombre, l'espace d'une saison. A l'été 1993, MJ sidère tout le monde en annonçant son départ à la retraite, à seulement 30 ans. Pour les Bulls, une catastrophe. Pour Pippen, une libération. "J'étais l'homme le plus heureux du monde quand il est parti à la retraite, a avoué le N°33 à ESPN en 2017. J'avais enfin l'occasion d'être le leader de l'équipe. En tant que joueur, c'est une chose que vous avez envie de connaitre. Tant que Michael était là, je ne serais jamais cet homme."

La (belle) vie sans MJ

Cette opportunité, Pippen va pleinement l'embrasser. La saison 1993-94 sera la meilleure de sa carrière. Avec 22 points, 8,7 rebonds, 5,6 passes et trois interceptions de moyenne, il boucle une campagne d'un calibre MVP. Il terminera d'ailleurs sur le podium dans la course au titre de meilleur joueur. Sans un incident extra-sportif (il est arrêté au mois de janvier en possession d'un pistolet à la sortie d'un restaurant), il aurait peut-être obtenu la consécration suprême...

Surtout, le swingman des Bulls bonifie le jeu de ses partenaires. "Le vrai grand joueur est celui qui rend les autres meilleurs, juge au printemps 1994 Phil Jackson dans le Chicago Tribune. Scottie n'a pas seulement fait une grande saison, il a entrainé ses coéquipiers". De fait, Horace Grant et BJ Armstrong décrochent cette année-là leur unique sélection pour le All Star Game. Un All Star Game dont le MVP ne sera autre que Scottie Pippen.

Contre toute attente, même sans Jordan, Chicago demeure compétitif. 55 victoires en saison régulière, soit le 5e meilleur bilan de la Ligue. Inespéré. Les Bulls s'inclinent au deuxième tour des playoffs, contre l'ennemi juré new yorkais, mais il faudra quand même sept matches aux Knicks pour se défaire de Bulls privés de Jordan.

Au cours de cette série, Pippen va pourtant vivre un moment douloureux. Une blessure, ressentie comme une humiliation. Battus lors des deux premiers matches au Garden, les triples champions en titre sont dos au mur. Dans le Game 3, au Chicago Stadium, le score est de 102 partout à moins de deux secondes de la fin. Jackson demande un temps mort et dessine la dernière action pour... Toni Kukoc. Le Croate, superstar du basket européen mais rookie tardif en NBA à 25 ans, aura la charge du dernier shoot avec Pippen dans le rôle du passeur. Pour ce dernier, c'est insupportable. Il déteste Kukoc depuis que Krause s'est mis en tête de le faire venir dans l'Illinois, dès 1990. Passer derrière Michael Jordan, OK. Mais derrière Kukoc, non.

Frustré, en mode tout à l'ego, Pippen décide de ne pas revenir sur le terrain. "J'en ai marre de ces conneries", marmonne-t-il. Certains de ses coéquipiers lui demandent, en vain, de reprendre le match. C'est depuis le banc qu'il voit l'ancienne idole de Split offrir la victoire aux Bulls. Le choix de Jackson était d'autant moins absurde que Pippen n'avait rentré qu'un seul panier depuis le début du dernier quart-temps. Puis, par trois fois au cours de la saison régulière, Kukoc avait claqué le panier de la gagne au buzzer. Mais là, c'était différent. Les playoffs. Les Knicks. A Chicago. Pippen estimait, à tort ou à raison, que cette responsabilité lui revenait de droit.

" C'était comme si, dès que quelque chose n'allait pas, tout était de ma faute"

Pipp' en prend plein la tête, en interne comme dans les médias. Dans le vestiaire, Bill Cartwright, le pivot de 36 ans, le remet en place. Pippen, piteux, va à Canossa et s'excuse. Mais après la migraine d'Auburn Hills, ce sera sa deuxième casserole. Il est revenu quelques mois plus tard sur cet incident dans le livre de Melissa Isaacson, "The Transition Game", qui évoquait cette saison si particulière, celle de la vie sans MJ. "C'était comme si, dès que quelque chose n'allait pas, tout était de ma faute", se plaignait-il.

Fidèle à son étiquette de maitre zen, Phil Jackson va passer l'éponge. Dans le match 4, vu le contexte, Pippen sort une des plus belles partitions en playoffs. Les Bulls l'emportent. Puis, dans le match 6, sans doute l'action la plus célèbre de sa carrière avec ce dunk invraisemblable sur la tête de Pat Ewing. Le pivot des Knicks, monté au block, finit le cul sur le parquet et Pippen lui marche à moitié dessus en retombant. Avant d'aller chambrer Spike Lee qui s'était levé. Savoureux. Reste que, de ces playoffs, subsistent l'élimination face aux Knicks, même avec les honneurs, et l'épisode du match 3.

En 1995, Jordan sort de sa retraite. Il reprend sa place, celle du roi, et Pippen endosse à nouveau son costume de super lieutenant. Retour à la droite de Dieu. Mais il le vivra mieux, grâce à la parenthèse 1994. "Malgré l'histoire du match 3 ou celle avec le pistolet, je me suis épanoui lors de cette saison, elle m'a fait un bien fou. Je suis devenu un autre joueur, et un leader. Et quand Michael est revenu, j'étais heureux", a-t-il expliqué l'an passé.

Le rapport entre les deux hommes, apaisé, porte à nouveau les Bulls vers les sommets : un nouveau Threepeat entre 1996 et 1998, dont la saison historique à 72 victoires, en 1996. Leur complicité est plus forte que jamais. Y compris en dehors du terrain. Jordan, qui a totalement cloisonné sa vie privée, fait venir Pippen chez lui. Il est le seul membre des Bulls à pouvoir franchir le seuil de sa porte. "J'aime bien avoir Scottie à la maison, glisse MJ au Chicago Tribune en 1998. On s'entraine, parfois. On parle, souvent. Il me confie beaucoup de choses, des choses personnelles. Scottie est un garçon très réfléchi. S'il vous fait confiance, il se livre, et nous avons une grande confiance l'un en l'autre."

Diamants et Ferrari

Lors du Noël 1997, Pippen offre à Jordan une boucle d'oreille incrustée de diamants, en forme de réplique du trophée NBA. Touché, Jordan remet au placard la boite de cigares qu'il avait prévu en guise de cadeau. A la place, il donne à Pippen sa Ferrari. "Il la voulait tellement", dit-il. La même année, MJ mettra son veto à un transfert de Pippen, que Jerry Krause, désireux de préparer l'avenir, souhaitait trader contre Tracy McGrady, la star montante. Au fond, Pippen est le seul qu'il aura jamais respecté. Pippen n'aurait jamais eu six titres sans Jordan. Mais l'inverse est tout aussi vrai.

Dans un entretien accordé en 2013 au journaliste Ahmad Rashad, dont il est proche depuis trente ans, Jordan a peut-être lâché le plus beau des compliments : "Ce n'est pas juste moi qui ai poussé Scottie Pippen. Scottie Pippen aussi m'a poussé à aller plus loin. Au début, c'était une relation grand frère - petit frère. Puis c'est devenu un vrai tandem."

Michael Jordan et Scottie Pippen : coéquipiers, rivaux, complices.

Michael Jordan et Scottie Pippen : coéquipiers, rivaux, complices.AFP

Ah, si Jordan n'avait pas pris toute la place, toutes ces années… Uchronie tentante, oui, mais pour Jerry Krause, ce fut au contraire une bénédiction pour Pippen : "Scottie sortait d'une petite fac, il était N.5 de la draft. S'il avait dû aller dans une autre équipe, l'attente aurait été très forte, jugeait-il en 1992. Il aurait été obligé d'être productif tout de suite. Chez nous, c'était plus simple. Michael prenait toute la lumière, mais aussi toute la pression. Venir ici lui a donné l'occasion de devenir une star, mais sans en assumer trop vite les inconvénients."

En 2010, sept ans après la fin de sa phénoménale carrière, Scottie Pippen a intégré le Hall of Fame. Comme pour le reste, il est passé derrière Michael Jordan, intronisé un an avant lui. Le speech du plus grand joueur de l'histoire avait été très critiqué. Là où il n'avait parlé que de lui, Pippen n'en aura que pour les autres, passant l'essentiel de son discours à remercier ses parents, ses anciens coaches ou coéquipiers. Mais c'est Jordan, et personne d'autre, qu'il avait choisi pour le présenter. "Je ne pouvais pas imaginer quelqu'un d'autre", dit-il.

Ce soir-là, Superman et Batman étaient réunis une dernière fois comme basketteurs. Et pour une fois, Pippen avait le premier rôle. Lui devant, au pupitre, Jordan légèrement en retrait. Qui sait, c'est peut-être pour cela que Pippen l'avait choisi. Lors de son speech, Pippen visera juste. Comme souvent à l'évocation de sa relation avec Jordan : "Michael, tu as touché la vie de tant de personnes, mais aucune autant que la mienne."

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