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O'Neal 2000 : la quintessence de Shaquille O'Neal, MVP écrasant la ligue lors de la saison 1999-2000
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Publié 08/04/2020 à 07:43 GMT+2
NBA - Considéré comme l'un des tout meilleurs pivots de l'histoire, comme l'un des joueurs au physique le plus impressionnant, Shaquille O'Neal n'a peut-être pas autant dominé qu'il aurait dû. Sa saison 1999-2000 est un condensé de ce que sa puissance et sa technique lui permettaient de faire. Une saison restée mythique pour son caractère unique.
Crédit: Getty Images
Le 10 mai 2016, Stephen Curry devenait le premier MVP à être élu à l'unanimité par le collège des votants. Une première dans l'histoire de la NBA. Quinze ans plus tôt, c'est une minuscule voix, sur 121 au total, qu'il a manqué à Shaquille O'Neal pour être le premier à marquer l'histoire de cette façon. Qu'à cela ne tienne, vingt ans plus tard, la saison du "Shaq" est toujours aussi mythique, unanimité ou pas. Retour sur une déflagration.
"Quand je suis arrivé aux Lakers, mon premier objectif était que Shaq prenne sa carrière au sérieux". Ces mots sont de Phil Jackson, entraîneur des Bulls de Jordan puis des Lakers des années 2000 pour un total de onze bagues de champions. Tout juste arrivé dans la franchise pourpre et or à l'été 1999, le "Zen Master" a une ambition : faire de O'Neal le joueur qu'il doit devenir. Ce dernier traîne ses 140 kilos en Californie depuis trois saisons déjà. Des campagnes monstrueuses statistiquement (27 points et 11,5 rebonds sur trois ans) à l'échelle d'un humain, certes. Mais banales pour un joueur qui tournait déjà à 29,3 points dans sa troisième saison NBA à Orlando.
La volonté de Jackson rencontre celle de O'Neal à l'orée de la saison 1999-2000. Flanqué du souvent encombrant Kobe Bryant, le "Big Diesel" en a assez de sortir prématurément en Playoffs. Il demande du changement à sa direction et couche trois noms d'entraîneurs sur une liste. En un, Chuck Daly, coach des Pistons bagués en 89 et 90 et de la Dream Team, en deux Bob Hill, assistant au Magic quand O'Neal y était, et en trois, Phil Jackson, l'homme des six titres des Bulls. C'est ce dernier qui sera choisi pour la suite que l'on connaît.
Les 48,5 minutes de moyenne de Wilt Chamberlain
Le "Zen Master" a des méthodes bien à lui pour motiver ses ouailles. A O'Neal, il a demandé, avant le début de la saison, quel était selon lui le plus grand exploit de la carrière de Wilt Chamberlain, pivot légendaire des années 60 ? "Avoir tourné à 50 points et 30 rebonds de moyenne", a évidemment répondu le joueur comme le raconte Jackson à Player's Tribune. Erreur, Jackson a préféré retenir ses 48,5 minutes de jeu en moyenne - soit plus que le temps de jeu d'un match (en ajoutant les prolongations donc) - sur la saison 1961-1962. "Tu peux faire ça ?", a défié Jackson. "S'il l'a fait, je peux aussi". Et voilà comment la plus belle saison de la carrière d'un Shaq était lancée.
En forme comme il l'a rarement été, O'Neal jouera 40 minutes par match cette saison-là. Jamais il n'a joué autant en carrière sur une saison. Jamais il ne restera aussi longtemps sur le terrain après. Surtout, son poids de forme trouvé, ou retrouvé, il peut faire parler les immenses qualités que la nature lui a offert et notamment ce rapport poids/vitesse peut-être inédit dans l'histoire de la ligue.
En début de saison, les Lakers doivent faire sans Kobe Bryant, blessé à une main. Pourtant, le train O'Neal met du temps à trouver sa vitesse de croisière. Son altercation avec Charles Barkley lors d'un match face à Houston et la suspension d'un match qui va suivre va agir comme un délic. 23-11, 34-18, 36-8, 41-17, 37-19, 39-18 et 30-16 : du 14 au 26 novembre, le numéro 34 des Lakers est sur une autre planète. Il enquille les points comme il enquille les burgers pendant l'été et personne ne peut lutter au rebond.
C'est pendant cette période que va se développer la version la plus célèbre du "Hack-a-somebody", longtemps connu sous l'appellation "Hack-a-Shaq". Face à l'impossibilité de l'arrêter, et le faible pourcentage aux lancers-francs de O'Neal (52,4 cette saison-là), Don Nelson, coach de Dallas, a demandé à ses joueurs de faire faute sur le pivot, même quand celui-ci n'avait pas le ballon. Si le "hack" n'est pas né ce jour-là, c'est évidemment avec O'Neal qu'il va connaître ses "plus belles" heures. Le 7 novembre, "Shaq" rentre 10 de ses 23 lancers et réussit un piètre 3/14 deux jours plus tard. "Il est membre du comité des règles, et il trouve plus de façons de contourner les règles que Richard Nixon ne l'a fait en tant que président", rigole Jackson pour le New York Times à propos de Nelson.
Phil Jackson n'est pas venu les mains vides à Los Angeles. Il a amené dans ses bagages son attaque en triangle, celle qu'il a façonnée aux Bulls avec Tex Winter. O'Neal devait en être le coeur mais Bryant faisait souvent voler en éclats les principes de jeu. Kobe était souvent le seul à pouvoir stopper O'Neal en… arrêtant de lui donner la balle tout simplement. Dans son livre "Eleven rings", Phil Jackson évoque le caractère "imprévisible" du jeu de passes de son numéro 8. Un euphémisme, à tout le moins.
Les Clippers, victime favorite
C'est Shaq qui doit souvent faire les sacrifices, c'est lui qui doit prendre de la hauteur pour ne pas que la relation ne s'envenime trop vite. Cette lutte interne n'empêche pas les Lakers de caracoler en haut de la hiérarchie NBA. Entre le 11 décembre et le 12 janvier, les "Purple and Gold" enchaînent 19 succès. O'Neal s'amuse, passe 34 points et 20 rebonds aux Celtics et 35-14 aux Suns. Débute alors son histoire d'amour avec les Clippers. Pendant cette série, les Lakers martyrisent à deux reprises leur alors inoffensif voisin. Les statistiques du pivot ? 39 points et 17 rebonds de moyenne. Pourtant, le meilleur est à venir.
Dans le staff technique des Clippers se trouve un certain Kareem Abdul-Jabbar. Un scandale au regard de son histoire personnelle avec les Lakers. Le meilleur marqueur de l'histoire de la ligue doit aider les jeunes intérieurs de l'autre franchise de LA. Interrogé sur le menace O'Neal, "KAJ" se permet d'émettre des critiques sur son jeu. Ce qui va évidemment titiller la grosse carcasse du numéro 34 des Lakers, qui va se faire un plaisir de prouver sa valeur à son aîné, le 6 mars 2000. Le jour de ses 28 ans et alors que les Clippers ont refusé de lui offrir quelques places supplémentaires pour sa famille le jour de son anniversaire.
61 points et 23 rebonds pour son anniversaire
Regarder le résumé de ce Clippers-Lakers est une expérience. Tantôt Shaquille O'Neal donne l'impression que ses adversaires sont des enfants, tantôt ceux-ci paraissent le laisser marquer. La vérité c'est que ce sont bien des adultes mais qu'ils ne peuvent absolument rien faire face à ce Shaq-là. Hook à gauche et à droite, spin-move et évidemment dunk, toute la panoplie y passe pour 61 points et 23 rebonds.
Comme un symbole, c'est Bryant qui lui offre le panier pour passer la barre des 60. O'Neal le raconte évidemment mieux que personne : "Je suis à 59 points, Kobe pénètre et les gens se disent qu'il ne fera jamais la passe. Que fait-il ? Il n'hésite pas une seule seconde et me sert. Mon plan, si je scorais 61 points, était de revenir et de shooter un 3 points. J'ai pris le ballon, la foule était en délire. J'ai passé le milieu de terrain, je me suis arrêté et j'ai vu Kobe couper au panier. Je lui ai lancé la passe. il l'a attrapé et a collé un alley-oop dunk renversé. C'était ma façon de le remercier pour l'action précédente".
"Fred Hickman, cet idiot"
Ce O'Neal-là qui allait terminer la saison à 29,7 points et 13,6 rebonds de moyenne ne pouvait qu'être élu MVP. Il le sera avec 99,2% des voix, plus que n'importe qui dans l'histoire avant lui, mais pas 100% car Fred Hickam a choisi Allen Iverson. "Enlevez Shaq des Lakers et l'équipe reste bonne, se défend le journaliste. Enlevez Iverson des 76ers et vous obtenez les Clippers ou les Hawks". Deux des cinq pires équipes de la Ligue cette année-là. "Fred Hickman, cet idiot. Je le déteste. Je n'ai pas besoin de lui parler. Pas besoin d'excuse. Il a détruit l'Histoire", a commenté le pivot après sa carrière. O'Neal a la dent dure.
Malheureusement pour la suite de sa carrière, et s'il va être auréolé de quatre titres (3 avec les Lakers, 1 avec le Heat), O'Neal ne soulèvera plus jamais le trophée de MVP. Parfois, il en est passé près mais il n'a surtout plus été capable de mettre autant d'implication dans une saison. "Je lui ai dit, la première fois que nous avons parlé, que le trophée de MVP devrait porter son nom après sa carrière", a rappelé Phil Jackson quelques années plus tard. Le trophée de MVP porte toujours le nom de Maurice Podoloff, premier commissioner de la ligue, et O'Neal ne l'a remporté qu'une fois.
Le meilleur pour la fin
Un seul MVP de saison régulière oui mais trois titres de MVP des Finales pour O'Neal, ce qui le classe à la deuxième place dans l'histoire en compagnie de James, Duncan et Magic. Le premier sera décroché précisément cette année-là avec des Playoffs encore plus ahurissants que la saison à 30 points et 15 rebonds de moyenne. Et le pire (ou le meilleur) dans tout ça, c'est qu'une fois chaud, le "Big Diesel" a pu donner toute sa puissance. Les pauvres Pacers peuvent en témoigner.
Six matches, c'est ce qu'il a fallu aux Lakers pour décrocher leur douzième titre, 12 ans après le onzième. Quelques instants, c'est le temps qu'il a fallu à tous les suiveurs de cette finale pour comprendre que Indiana ne pourrait rien contre le Shaq. 33 points et 13 rebonds c'est sa… plus "mauvaise" ligne statistique de ces Finales. 38 points et 16,7 rebonds, ce sont ses moyennes pour 45,7 minutes de jeu par match. O'Neal a quasiment relevé le défi de Jackson et celui de Chamberlain et la ligue l'a senti passer.
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