"Il y a un moment où tu dois être honnête avec toi-même et te demander : 'Qu’est-ce que je dois faire pour atteindre le palier suivant ?' Beaucoup de gars disent qu’ils vont faire ces ajustements, mais c’est un processus difficile car il faut se sacrifier." Entre la saison 2007 à Seattle et la suivante à Boston, la moyenne de points de Ray Allen, nouveau coéquipier de Paul Pierce et Kevin Garnett, a chuté de neuf unités. Un sens du sacrifice et une adaptation à un nouveau système qui lui ont permis de glaner un titre. Allen ne savait pas encore que son lointain homologue se trouverait dans une situation semblable quand il a eu ces mots très justes mais à la fois très incomplets. James Harden n'est pas lui, il est d'ailleurs unique et c'est ce qui le rend si complexe.
"Est-ce que Harden est prêt à rejoindre un nouveau groupe de gars et leur faire confiance pour qu’ils le portent autant que lui pense qu’il peut les porter ?, se demandait Allen dans une interview à Sports Illustrated. Dans la vie, il faut parfois abandonner des choses. Je pense qu’il en est capable, capable de jouer plus loin du ballon." C'est sur ce point très précis que se cristallise l'essentiel des débats, et ils sont nombreux, autour du joueur qu'est James Harden. Soliste insupportable incapable de faire la moindre concession pour les uns, attaquant génial ayant sa place dans le panthéon de la NBA pour les autres. Il a une occasion en or de faire mentir les premiers aux côtés de Kevin Durant et Kyrie Irving aux Nets. En est-il capable, techniquement et mentalement ?

Un glouton historique depuis quatre ans

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Commençons par l'évidence : Harden n'a pas toujours été l'énorme glouton de ces dernières saisons. En fait, deux ruptures peuvent être mises en lumière dans sa carrière. La première évidemment, son transfert d'Oklahoma City, où il était sixième homme aux côtés d'un Kevin Durant superstar, à Houston en 2012, la seconde en 2017. Principal porteur de balle des Rockets avant cette année-là, Harden en devient l'alpha et l'oméga. Son taux d'usage (le pourcentage de possessions qui se terminent par un tir, réussi ou non, ou une passe décisive d'un joueur) passe au-dessus des 35 et franchit même les 40% en 2018/2019. Un chiffre exceptionnel dans l'histoire de la NBA.

James Harden (Houston Rockets)

Crédit: Getty Images

Autre statistique évocatrice, l'évolution du nombre de paniers de James Harden qui font suite à une passe décisive. En clair, son évolution vers plus de jeu individuel. Quand plus de 60% de ses paniers à trois points venaient d'une passe décisive jusqu'en 2016, ils ne sont plus que 22% d'entre eux dans le même cas depuis. On pourra toujours dire que Russell Westbrook n'est pas le meneur idéal aux côtés de James Harden, Chris Paul en avait le profil. Ce qui n'a pas empêché le Barbu de n'en faire qu'à sa tête. Si Houston est allé loin (au match 7 des finales de Conférences en 2017), ce n'est pas parce que Paul et Harden ont joué une partition à deux. Plutôt parce que leurs deux talents ont, chacun de leur côté, porté l'équipe.
Toute la question pour les Nets est là et déjà les premiers avis se font jour : comment un trio Durant-Irving-Harden peut-il se partager le ballon ? Qui l'aura le plus souvent en main ? Tous ont des arguments. Kevin Durant peut marquer de n'importe où, au-dessus de n'importe qui. Kyrie Irving manie le ballon comme personne et fait preuve d'une efficacité redoutable dans les grands soirs. James Harden ? Il est peut-être le plus complet des trois en attaque. A la fois créateur pour lui-même (le plus souvent) et pour les autres (le reste du temps). Entre les deux ? Rien donc. Et c'est ce casse-tête que Steve Nash va devoir résoudre.

Les exemples Anthony Davis et... Kevin Durant

En NBA, les analystes parlent parfois de la "scalability" ou la "portability" d'un joueur. Difficile d'en trouver des traductions satisfaisantes mais globalement, ces deux termes évoquent la capacité d'un joueur (une star le plus souvent) à évoluer dans plusieurs systèmes. James Harden, depuis neuf ans, joue dans un seul système. Pour schématiser, le sien. Et nombre d'observateurs estiment qu'il ne pourrait pas être aussi bon dans un autre. Justement parce qu'il excelle dans le sien et qu'il montre peu de qualités sans le ballon en mains désormais.
Le mettre aux côtés d'une autre star aurait le double effet pervers de diminuer son rendement et celui de son nouveau partenaire. A l'inverse, l'intégration d'Anthony Davis s'est faite le plus facilement du monde aux Lakers la saison dernière. Les statistiques de l'intérieur sont restées sensiblement les mêmes (26 points, 12 rebonds aux Pelicans en 2018 contre 26 points et 9 rebonds aux Lakers en 2019). C'était vrai aussi pour Kevin Durant aux Warriors. Son taux d'usage est resté sensiblement le même mais son nombre de paniers sur passe décisive a largement augmenté (de 64 à 80% sur ses tirs à trois points) pour trois points de pourcentages globaux au shoot.

Le Harden 2020/2021 est différent

James Harden fait indiscutablement partie des cinq meilleurs joueurs du monde, sans doute du top 3 offensif (avec Kevin Durant notamment) mais l'intégrer à son équipe n'est pas chose aisée. Il pouvait faire ce qu'il voulait à Houston, c'est sur ses épaules que la franchise reposait jusqu'à la saison dernière, et elle lui a donné extrêmement de libertés, trop peut-être, depuis des années. Pourra-t-il jouer de la même manière aaux Nets ? Irving et surtout Durant n'accepteront pas de le voir totalement absent des possessions dont il n'est l'initiateur.
Motif d'espoir pour Brooklyn, le cru 2020/2021 d'Harden semble différent des précédents. Critiqué pour son état de forme ridicule, le Barbu a répondu avec 44 points et 17 passes décisives contre Portland. Mais au-delà des cartons, il a un peu plus laissé le jeu venir à lui. Son taux d'usage a baissé (29,5%) et son nombre de paniers assistés est en légère hausse. De quoi tordre le cou aux vérités sur son cas ? Il avait l'air ravi du travail du nouveau coach, Stephen Silas, jusqu'au match contre les Lakers. Nonchalant jusqu'à l'absurde, Harden a affirmé ses envies de départ. Et obtenu gain de cause. Reste pour lui de prouver qu'il peut réussir ailleurs. C'est le plus grand défi d'une carrière qui se trouve forcément à un tournant.
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