"Moi aussi j’aimerai mesurer 2,13 mètres et me contenter de courir et de dunker. Ça ne demande aucune technique. Moi j’ai dû apprendre à jouer au basket." James Harden avait sorti la sulfateuse pour mitrailler le jeu de Giannis Antetokounmpo en février 2020. Une déclaration en guise de balle en pleine tête qui illustrait alors le dédain de la superstar des Rockets pour celle des Bucks. En vérité, Harden avait sans doute du mal à digérer l’élection du MVP quelques mois auparavant. Les votants ont préféré désigner le Grec plutôt que l’Américain, qui s’estimait meilleur basketteur. Ce cliché, celui du géant qui ne fait que gambader sur un terrain, est encore coriace aujourd’hui.
Une partie du public – dure à quantifier – partage l’avis d’Harden. Avec deux MVP, un DPOY, en faisant en plus le doublé l’année dernière, Antetokounmpo s’est hissé dans un club très, très, très fermé. Son palmarès individuel est déjà l’un des plus chargés de l’histoire alors qu’il n’a que 26 ans. Et ça aussi, ça peut agacer certains de ses détracteurs qui lui reprocheraient presque d’avoir glané des récompenses individuelles sans avoir jamais franchi le cap en playoffs. Du moins jusqu’à maintenant.

Une grosse frayeur il y a seulement deux semaines

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Le "Greek Freak" n’a pas besoin de prouver que c’est un grand joueur. Mais ses playoffs, et surtout ses finales, sont en train de le faire basculer dans une nouvelle dimension. Ses performances époustouflantes feraient oublier qu’il craignait de s’être déchiré les ligaments croisés il y a seulement deux semaines. Son retour à la compétition semblait alors improbable. Sept jours après, il était pourtant bel et bien présent sur le parquet pour l’ouverture de la série contre les Suns malgré une hyper extension du genou. Sans être à 100%, il a impressionné. Avec notamment 42 points dans le Match 2 puis 41 points lors du Match 3, jeudi soir. Sauf que cette fois-ci, les Bucks ne l’ont pas laissé cartonner en vain. Dos au mur après deux défaites, ils se sont relancés en l’emportant devant leur public (120-100) alors qu’ils n’avaient déjà plus le droit à l’erreur. "On savait tous que c’était fini si on perdait celui-là", note le héros du dimanche soir.
Sans doute lui mieux que quiconque. Il pouvait déjà entendre les critiques en cas d’humiliation de son équipe. Mais Giannis Antetokounmpo a justement délivré une prestation XXL pour maintenir les Bucks en vie. 41 points donc, mais aussi 13 rebonds et 6 passes. Il est tout simplement devenu le deuxième joueur de l’histoire à enchaîner deux rencontres des finales avec au moins 40 points et 10 rebonds. Après Shaquille O’Neal. Ce n’est pas un hasard. Comme le Shaq de la grande époque, Antetokounmpo a joué de son physique hors du commun des mortels – et même de celui des athlètes NBA – pour dominer dans la peinture. Il a marqué tous ses paniers (14) à moins de deux mètres du cercle.
Ce n’est pas un hasard s’il se rapproche ainsi de son aîné. Il est sans doute le joueur qui se rapproche le plus du O’Neal version Magic, au début de sa carrière. Et c’est aussi pourquoi il devrait être utilisé comme tel. L’ironie, c’est qu’aujourd’hui, le quadruple champion NBA n’est quasiment jamais considéré comme un intérieur "de 2,13 mètres qui se contentait de courir et dunker." Plutôt comme un pivot dominant qui martyrisait ses adversaires et les laissait sans solution. Giannis pose finalement les mêmes problèmes aux défenseurs de Phoenix. Ils ne savent pas quoi faire pour l’arrêter. Ils ont essayé de l’envoyer sur la ligne mais il a converti 13 de ses 17 lancers-francs. Trop rapide, trop puissant, trop long, le bijou de Milwaukee est inarrêtable quand il fonce vers le cercle.

Giannis Antetokounmpo, bien plus qu'un corps

Ça reste un atout qu’il arrive à exploiter à merveille. Parce qu’au-delà de sa taille et de sa force, il a aussi le mérite de s’appuyer sur un excellent jeu de jambes. Ses appuis font la différence. Il peut poser un pied à un coin du terrain et changer complètement de direction avec le deuxième. Il peut enrouler ses défenseurs grâce à des "spins" dévastateurs. Il cherche aussi à utiliser sa tête.

Giannis Antetokounmpo

Crédit: Getty Images

"J’essaie de lire chaque possession. Des fois je suis agressif, des fois non. Chaque possession est différente et j’essaie de prendre la bonne décision." Il faut comprendre qu’il évoluait en deuxième division grecque avant de rejoindre la NBA en 2013. Il continue d’apprendre. Saison après saison. Et donc de progresser. Le joueur qu’il est devenu est impressionnant. Mais ce n’est même pas encore sa meilleure version de lui-même. Et pourtant, ça ne l’empêche pas de suivre les traces de Shaquille O’Neal ou de… Michael Jordan. En effet, avec deux matches de suite avec plus de 40 points, il est à mi-chemin du record de MJ. Le numéro 23 des Bulls en avait enchaîné quatre lors des finales 93, déjà contre les Suns. "Je ne suis pas Jordan", s’empresse de rétorquer Giannis Antetokounmpo, toujours très humble pour un joueur de son profil.
Clairement, il ne l’est pas. Mais il sait aussi s’en inspirer. Sa performance dans le Match 2, certes perdu, avait marqué les esprits parce qu’il avait justement montré bien plus que de la puissance. En faisant preuve de touché, avec plusieurs paniers à mi-distance. Des fois sur un pied, à la Dirk Nowitzki. D’ailleurs, c’est le moment de noter qu’il est plus adroit à cinq-six mètres qu’Anthony Davis depuis deux ans. Avec un volume pourtant plus important. Il est tout aussi efficace dos au panier. Le résumer à sa capacité à courir et sauter est une grossière erreur. Sa force mentale et son état d’esprit constamment positif sont aussi trop peu soulignés. Il n’enfonce jamais ses coéquipiers. Il les tire vers le haut, les encourage, leur fait confiance. Il s’efforce à rester heureux et à prendre du plaisir sur un terrain tout en étant un compétiteur aussi féroce que les plus grandes légendes de son sport. Son retour de blessure en atteste.
"Giannis Antetokounmpo est le joueur le plus inspirant de ces playoffs", note Isiah Thomas. Il est aussi le plus fort sur cette série – d’ailleurs, Milwaukee est constamment dans le positif quand il est sur le parquet contre Phoenix. Et l’équipe qui possède le meilleur joueur gagne dans la très large majorité des cas. Là, il brille au meilleur moment. Si ça continue, il pourrait tout simplement mener les Bucks à un incroyable comeback. Peut-être même avec quatre victoires de suite. C’est hâtif, bien sûr, mais c’est jouable. En tout cas, avec deux MVP, un DPOY puis éventuellement une bague et un trophée de MVP des finales, il faudrait penser sérieusement à lui réserver une place de plus en plus haute dans l’Histoire de la NBA.
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