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NBA - Kyrie Irving, Kevin Durant : Pourquoi les Brooklyn Nets feraient mieux de tout casser
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Publié 04/11/2022 à 17:42 GMT+1
NBA - Alors que la nouvelle polémique autour de Kyrie Irving occupe l'actualité, les Brooklyn Nets ont intérêt à repartir de zéro. Il n'y a plus rien à sauver dans cette franchise et dans cette équipe. Tout casser devient même la solution la plus logique.
Kevin Durant et Kyrie Irving, avec un maillot des Nets sur le dos...
Crédit: Getty Images
Il n’y avait que deux issues possibles pour les Brooklyn Nets après une intersaison rocambolesque et agitée (entre autres) par les demandes de transfert avortées de Kevin Durant : soit tout ce petit monde toujours en place allait se transcender dans le chaos et enfin se montrer à la hauteur des attentes d’une franchise menée par l’un des cinq meilleurs joueurs de la planète et deux autres All-Stars, soit l’équipe exploserait en plein vol. Au bout de deux semaines, le scénario le plus probable semble bien évident.
Les dirigeants ont renvoyé Steve Nash au bout de 7 matches, les New-yorkais sont 13e à l’Est avec 2 succès en 8 rencontres malgré un Durant à 32,5 points de moyenne, Ben Simmons n’est que l’ombre de lui-même et il est déjà blessé tandis que Kyrie Irving se retrouve au cœur d’une énième polémique et vient d’être suspendu 5 matches – au minimum – par ses employeurs.
La situation est tellement catastrophique qu’il est aujourd’hui plus facile d’imaginer les Nets déclarer forfait pour le reste de la saison que de les voir sacrés champions NBA en juin. Douze mois en arrière, Brooklyn attaquait l’exercice 2021-2022 avec l’un des trios les plus talentueux de tous les temps dans son effectif. Cette organisation est désormais le plus grand désastre, le plus grand fiasco, de toute l’Histoire du championnat nord-américain.
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James Harden, Kevin Durant et Kyrie Irving sous le même maillot
Crédit: Getty Images
Les dysfonctionnements sont nombreux, profonds et embarrassants pour la ligue. Et même s’il n’est pas l’unique responsable de ce bourbier infernal, Kyrie Irving en reste le principal contributeur. Saison après saison, controverse après controverse, le meneur All-Star et champion NBA s’est enfermé dans un personnage de plus en plus mystérieux et malheureusement de plus en plus néfaste.
Pour sa franchise, pour ses coéquipiers et finalement surtout pour lui-même. La semaine dernière, il postait sur ses réseaux sociaux l’affiche d’un documentaire qui reprend des théories nazies et d’autres négationnistes, le tout sous fond de clichés antisémites. Un film qu’il confie avoir regardé avant d’en partager le lien.
Confronté par la presse, il s’est défendu de promouvoir le documentaire en le relayant à ses 17 millions d’abonnés sur Instagram. Il a d’abord refusé de retirer le lien avant de le supprimer au bout de quatre jours, sans pour autant s’excuser. "Je n’ai pas voulu faire de mal aux autres. Ce n’est pas moi qui ait réalisé le documentaire", rétorquait-il. Plutôt que de clarifier sa position, de l’expliquer ou même de justifier pourquoi il avait trouvé juste de mettre en avant le film, il s’est braqué. "Je ne vais pas renier mes croyances. Je ne vais que devenir plus fort parce que je ne suis pas tout seul. J’ai toute une armée autour de moi."
Ses soutiens sont peut-être nombreux mais qui sont-ils ? Kanye West, auteur de nombreuses remarques aux relents antisémites, qui a récemment déclaré que les "400 ans d’esclavage des noirs était un choix", porte des t-shirts "White Lives Matter" ou encore appelait à voter pour Donald Trump, dont les commentaires racistes et discriminatoires sont à l’opposé des combats qu’Irving prétend vouloir mener ? Les mêmes partisans de Trump qui se sont justement rangés au côté du joueur quand il refusait de se faire vacciner contre le COVID-19 ? Ou peut-être encore Alex Jones, animateur, réalisateur et militant complotiste d’extrême droite qui estime notamment que le massacre de Sandy Hook, où un jeune homme de 20 ans a tué 28 personnes dont 20 enfants avec une arme à feu dans une école, n’a jamais eu lieu et serait purement une mise en scène organisée par Barack Obama et les gouvernements mondiaux ? Ce même Jones dont Irving a déjà partagé les théories conspirationnistes ?
Kyrie Irving, une suspension et... une fin de carrière ?
La star des Nets a eu plusieurs occasions d’exprimer de façon très simple s’il se considérait ou non comme antisémite. Les journalistes lui ont posé la question. Plutôt que d’y répondre distinctement par un oui ou par un non, il a préféré se contenter d’un "je ne peux pas être antisémite si je sais d’où je viens." Le tout sans s’excuser à ce moment-là. Un acte manqué de trop pour ses employeurs. Ils l’ont suspendu dans la foulée pour cinq rencontres sans salaire.
Les dirigeants se sont dits "consternés" par "l'incapacité de Kyrie Irving de dire sans équivoque qu'il n'avait aucune croyance antisémite, ni de reconnaître des éléments haineux spécifiques dans le film.Un tel échec à désavouer l'antisémitisme lorsqu'on lui en donne clairement l'occasion est profondément troublant, va à l'encontre des valeurs de notre organisation et constitue une conduite préjudiciable à l'équipe. En conséquence, nous sommes d'avis qu'il est actuellement inapte à être associé aux Brooklyn Nets."
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Kyrie Irving
Crédit: Getty Images
C’est seulement après cette décision que le natif de Melbourne s’est excusé sur Instagram. Avant cette sanction, il s’est évertué à se poser en victime et à se dépeindre en homme persécuté par les médias. Irving assure qu’il sait ce qu’il fait, qu’il comprend ce qu’il dit tout ayant conscience de la portée qu’il peut avoir. Mais si c’est vraiment le cas, alors c’est un provocateur. Un provocateur qui refuse catégoriquement d’être lui-même provoqué. Il se voit "dans une position unique pour avoir de l’influence sur ma communauté." Et pourtant, à peine une minute après, au cours de la même interview, il insiste sur le fait "d’être un être humain comme les autres" et qu’il ne faut pas le traiter différemment. "Vous venez ici et vous m'inventez cette soi-disant influence puissante que j’aurais sur le monde." Un discours, deux directions différentes.
Kyrie Irving veut l’influence qui accompagne le leadership mais sans aucune des responsabilités qui va avec. Il prétend assumer ses positions mais au final, il ne le fait jamais. Il s’échappe dès qu’il est confronté à ses propres conclusions. Se défendre (et le défendre) en rappelant que le film est disponible en libre-service sur Amazon ne revient qu’à écarter le problème. La disponibilité d’un tel contenu – ou de pleins d’autres contenus haineux envers de nombreux groupes ou religions différentes – sur une telle plateforme ou même sur internet est effectivement un problème. Mais relayer un de ces contenus en est un autre.
Irving ne peut pas se présenter comme le comptable ou l’épicier du coin qui partage un post à ses 200 amis sur Facebook. Il est une figure publique, il veut se comporter comme un chef de file, "un phare de lumière" comme il s’est autoproclamé, il doit aussi en comprendre les responsabilités. Il doit comprendre le danger qui se cache derrière la banalisation des idées propres à l’extrême-droite, lui qui assure vouloir défendre les opprimés. Toute discrimination doit être condamnée. Est-lui-même raciste ? Pas forcément. Difficile à dire. Puisqu’au final, il ne dit rien. Il veut relayer des messages sans pour autant valider le ou les messagers. Sauf qu’avec lui, il y a finalement trop de messages contradictoires.
Un retour à zéro pour les Brooklyn Nets
Et c’est la grosse goutte d’eau qui fait déborder un vase déjà plein d’eau bien puante. Les Nets en ont marre. Les complotistes lieront peut-être l’éviction – qui semble inévitable – d’Irving avec les mêmes clichés partagés par le joueur. Mais ça n’a plus rien à voir. Ça va beaucoup plus loin. Son attitude est devenue ingérable. Il est devenu impossible de le prendre au sérieux. Selon Zach Lowe, sa personnalité est perçue comme tellement toxique que sa valeur marchande serait inexistante. Autrement dit : c’est peut-être la fin du joueur en NBA. Sa suspension s’étend pour l’instant sur cinq matches mais Brooklyn ne le réintégrera qu’au cas où il remplit tout un tas de conditions. Les New-yorkais peuvent se contenter de le couper et de lui payer le reste de son salaire jusqu’à la fin 2023. Et à ce moment-là, qui va le signer ? Personne ne voulait de lui ou presque (hormis les Lakers) l’été dernier. C’est d’ailleurs ce qui l’avait poussé à rester aux Nets. Au final, il a lui-même pris le stylo pour écrire son nom en majuscule sur la liste noire de la NBA.
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Kevin Durant et Kyrie Irving lors du match opposant Brooklyn à Toronto, le 27 avril 2021
Crédit: Getty Images
Pour les Nets, c’est l’occasion de tourner la page pour de bon et de fermer un chapitre qui restera très douloureux dans l’Histoire de la franchise. Il n'y a plus rien à sauver. Steve Nash est déjà parti, Irving est proche de la sortie. Sean Marks, le general manager, ne doit pas être exclu de reproches. Il n’a jamais su cadrer ses superstars. Il ne leur a posé aucune limite et s’étonne ensuite du résultat. Il a déjà reconstruit cette équipe une fois sans pick et sans masse salariale. Il peut le refaire. Sauf qu'il serait bon de nommer carrément un nouveau staff. Et que dire de Kevin Durant ? Pour le coup lui, justement, ne dit rien. Mais son action la plus parlante reste le fait d’avoir attendu que Kyrie Irving, son ami, reste à Brooklyn pour demander son départ. Peut-être une manière d’admettre qu’il n’arriverait à rien de bon avec une personnalité qui divise autant. Le mutisme de KD est dans la lignée de tous ses pairs.
Il est temps pour les Nets de tout casser. Faire venir Ime Udoka, suspendu par les Celtics après les avoir menés en finales NBA et dont Boston est prêt à se séparer sans aucune contrepartie, ne sert sans doute à rien. Il est temps de se séparer d’Irving et peut-être même de Ben Simmons. Mais aussi de chercher une bonne contrepartie pour Durant. Le joueur de 34 ans démontre au moins sur le terrain qu’il est toujours un crack. Il y aura bien une franchise – Portland, Phoenix, allez savoir – prête à offrir un ou deux jeunes prometteurs pour repartir sur de meilleures bases. De toute façon, il paraît déjà impossible de faire pire.
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