Ticket d'entrée, clubs de football dragués, promesses XXL... Le projet NBA Europe, vraie tentation, fausse évidence
Par Loris Belin
Publié 27/01/2026 à 00:51 GMT+1
La NBA compte arriver en Europe à partir de la saison 2027-2028 avec son ambitieuse NBA Europe, qui vise à concurrencer l'Euroligue. Pour de nombreux clubs de renom, de basket mais aussi de football, cette nouvelle compétition est très tentante. Mais elle n'est pas sans quelques contraintes, trop importantes aux yeux de certains géants du continent.
Adam Silver, le patron de la NBA, rêve d'attirer les plus grands clubs européens dans sa NBA Europe (visuel : Quentin Guichard)
Crédit: Quentin Guichard
Quand la NBA débarque en Europe, c'est déjà un petit événement, le temps d'un ou deux matches de saison régulière. Alors, quand elle se lance dans un projet pharaonique pour réunir le gratin du Vieux Continent, il y a de quoi détourner quelques regards. La "NBA Europe" était annoncée, elle est désormais en train d'être façonnée. Le championnat nord-américain espère attirer les noms les plus ronflants et ratisse large en ce sens. Question de légitimité sportive, évidemment, mais aussi de prestige, qui justifie d'aller toquer à la porte de clubs qui n'avaient jusqu'alors jamais tenté leur chance dans la balle orange. Mais même pour les places fortes établies de longue date, ce projet qui doit éclore pour la saison 2027-2028 est autant un espoir qu'un possible nœud à problèmes.
La NBA avait profité de sa "délocalisation" à Berlin puis Londres les 15 et 18 janvier dernier le temps de deux rencontres entre Orlando et Memphis pour enchaîner les réunions, les présentations et toutes les manœuvres possibles pour faire avancer son bébé à marche forcée. L'espoir était de pouvoir avoir suffisamment de certitudes pour annoncer dès la semaine suivantes les premiers des 12 participants à cette NBA Europe. La ligue comme les potentiels intéressés pour la rejoindre se heurtent toutefois à quelques barrières de taille.
Le Real Madrid, vitrine idéale
Pour certains, le mariage est acté, ou presque. L'ALBA Berlin veut être la franchise permanente désirée par la NBA dans la capitale allemande, et a déjà obtenu les louanges du grand patron de la ligue, Adam Silver. L'ASVEL semble également promise, alors que son président Tony Parker a joué les VRP officieux du projet auprès de l'Euroligue, l'actuelle compétition-phare en Europe avec laquelle un rapprochement avait été un temps envisagé. Le club de Villeurbanne et Lyon n'a ainsi pas prolongé son engagement avec l'Euroligue pour la saison prochaine selon le média spécialisé Eurohoops. Et le Real Madrid semble parti pour en faire de même.
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Real Madrid-ASVEL
Crédit: Getty Images
Le club madrilène est vu comme un pion essentiel, une vitrine des ambitions de la NBA en Europe. "Nous savons que le Real a montré de l'intérêt, et la NBA est en contacts directs et haut placés avec le club", a confirmé à la radio COPE Jorge Garbajosa, président de la branche européenne de la FIBA, la fédération internationale de basket partenaire de la NBA Europe, jeudi dernier. Quitte à prendre le risque de ne pas être autorisé à disputer l'Euroligue la saison prochaine en attendant le début de la NBA Europe. Ou à froisser ses propres supporters. "Notre priorité en Europe est de jouer contre des équipes historiques avec une forte tradition basket, se sont-ils fendus dans un communiqué. Ce n'est pas ce que la NBA Europe offre actuellement. Partir dans cette compétition seuls serait une erreur."
Trahir son ADN pour se laisser tenter ?
Le processus semble toutefois bien enclenché. Mais il va devoir nécessiter quelques réaménagements aux plus hautes sphères de la Casa Blanca. Des contraintes qui poussent l'éternel rival, le FC Barcelone, à se montrer bien plus prudent quant à ses intentions. Le Real comme le Barça jouissent d'un privilège spécifique en Espagne, un statut commercial d'organisation à but non lucratif, qui permet aux clubs concernés - c'est aussi le cas d'Osasuna et de l'Athletic Bilbao - d'appartenir à ses socios et non à des investisseurs extérieurs. Un modèle aux antipodes de celui commercial de la NBA. La parade pour s'y conformer, transformer le Barça en SAD ou Société sportive anonyme, trahirait l'ADN "populaire" des Blaugrana auquel il s'est toujours farouchement attaché, et passerait par un vote des socios eux-mêmes.
Car si la NBA Europe est la promesse de l'étiquette "NBA", elle s'accompagne aussi de son droit d'entrée aux airs quasi "Trumpesques". Selon Mundo Deportivo, il est demandé aux clubs souhaitant intégrer ce nouveau championnat un chèque compris entre 500 millions et un milliard de dollars (entre 422 et 845 millions d'euros). Ce tarif prohibitif est vu par la NBA comme une assurance d'immédiatement se partager des parts généreuses financièrement. "Les fonds pourraient potentiellement venir, tout au moins dans un premier temps, des clubs de la ligue, a expliqué Adam Silver lors d’une conférence de presse le 15 janvier dernier. D’une manière similaire au lancement de l’aventure de n’importe quelle startup, les participants seraient aussi les investisseurs. Et avec le temps, nous espérerions un retour sur investissement."
Ce montant élevé, aucun club de basket européen n'en a les moyens ou les fonds propres. Cela entend ainsi la participation d'intervenants extérieurs prêts à mettre la main au portefeuille. Dans le cas du FC Barcelone, cela signifierait créer une filiale qui gérerait les droits commerciaux non seulement de sa section basket, mais du club omnisport tout entier. Et ainsi de donner une forme de pouvoir à un mécène qui pourrait alors avoir voix au chapitre pour la gestion sportive de tout ce qui concerne les Culés. Difficilement pensable pour un club qui a déjà dû vendre père et mère (49% de sa société de production audiovisuelle, 10% de ses droits télévisuels pour les vingt-cinq prochaines années, 49,9% de la société responsable du merchandising, l'exploitation des places VIP du Camp Nou pour au moins 15 ans…) ces dernières années pour combler ses dettes abyssales.
Manchester City et Manchester United ferment la porte, l'AC Milan l'entrouvre
Si l'intérêt entre le Barça et la NBA Europe est réciproque, l'engouement vient lui bien davantage d'outre-Atlantique. Barcelone va ainsi passer son tour, au moins pour l'instant, et prolonger de dix ans sa licence comme "club permanent" de l'Euroligue. Un petit échec pour la NBA qui assure avoir à cœur de "respecter la tradition du basket européen" et "trouver la combinaison du neuf et de l'ancien" a clamé Adam Silver.
Cela passera ainsi par de nouveaux acteurs aux moyens les plus robustes du sport en Europe. Pour sa franchise basée à Manchester, la ligue a sondé Manchester City et Manchester United, mais a essuyé un refus selon la BBC. Le Paris Saint-Germain est espéré, avec ses deniers qataris et des investisseurs américains parmi lesquels la star des Houston Rockets, Kevin Durant. "Ils jouent au plus haut niveau de compétition (de football) et ils ont le savoir-faire pour opérer un club de basket au plus haut niveau, si cela les intéresse" avait expliqué Silver à l'Equipe. "Paris est un marché dans lequel nous voulons absolument être, avait insisté son bras droit Mark Tatum. Il y a leur capacité à créer une marque, une culture, leur association avec l'équipementier Jordan (de Michael Jordan), qui est, elle, liée au basket."
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Le président du PSG Nasser Al Khelaifi (à droite) et celui de Jordan Brand Larry Miller (à gauche) le 13 septembre 2018
Crédit: Getty Images
Reste à savoir ce que le PSG et les autres vont en retirer comme avantages, outre celui d'image. Si la NBA pointe du doigt les faibles retombées de l'Euroligue, Adam Silver a été bien forcé d'admettre que son nouveau cheval de bataille "prendrait du temps avant que ce soit une entreprise viable d’un point de vue commercial". Elle a bien tenté de se montrer rassurante lors d'un grand rassemblement d'acteurs du basket européen et de potentiels investisseurs le 19 janvier dernier en présentant son modèle financier. La NBA assure que les futures "franchises" européennes pourraient être valorisées à un milliard de dollars en seulement cinq à six ans. Elle s'appuie pour cela sur sa réussite outre-Atlantique, avec les 30 franchises valorisées par le magazine spécialisé Forbes à 5,4 milliards de dollars en moyenne, en hausse de 21 % rien que sur la saison dernière.
Encore faut-il convaincre des clubs comme le Bayern Munich, le Panathinaikos, Fenerbahçe, Galatasaray, ou Valence qui jusque-là perdent de l'argent chaque année (38 millions d'euros de perte pour le Real Madrid en 2024-2025, un record) comment ils pourraient atteindre des dimensions pareilles. Ces grands d'Europe accueillent avec autant de bienveillance que de prudence ce nouvel Eldorado. D'autres comme l'AC Milan, avec Zlatan Ibrahimovic comme représentant à la double casquette pour les Rossoneri et le fonds Redbird Capital, pourraient saisir l'opportunité alors que le club lombard a été convié aux échanges du 19 janvier dernier selon Eurohoops. Ce grand remue-ménage aussi flou soit-il va pourtant devoir passer la vitesse supérieure pour espérer fêter ses débuts dans à peine plus de 18 mois.
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