Dirk Nowitzki sait tout ce qu'il a accompli, mais il doit parfois se frotter les yeux pour être bien certain de ne pas avoir rêvé tout ça. "Vous êtes dingue", aurait-il répondu si quelqu'un lui avait prédit à l'adolescence ce que serait sa trajectoire. Celui qui peut légitimement être considéré comme le meilleur joueur européen de tous les temps après avoir passé 20 ans en NBA, où il aura tout à la fois été champion, MVP de la Ligue et MVP des Finals, s'étonne toujours de sa propre histoire. "C'est fou ce qui m'est arrivé, dit-il. C'est juste fou, une histoire incroyable."
C'est avec le même étonnement qu'il a réagi lorsqu'on lui a proposé de figurer sur la couverture du jeu NBA2K. Il s'y trouvera le 10 septembre prochain aux côtés de Kareem Abdul-Jabbar et Kevin Durant sur la version Legends, baptisée cette année 75e anniversaire, la NBA fêtant ses trois-quarts de siècle d'existence. Pour un peu, le terme le gênerait presque. "Je ne me suis jamais considéré comme une légende", avoue l'ancien joueur allemand.
Plus que la flatterie de son ego, c'est la perspective de voir son nom associé à des mythes de son sport qui l'a emballé. Il va succéder sur la couverture à Dwyane Wade et Kobe Bryant, peut-être les deux joueurs qui l'ont le plus marqué durant sa carrière. "Tout le monde sait que je suis un grand fan de Kobe Bryant, rappelle-t-il. Je l'ai toujours considéré comme le meilleur joueur que j'ai jamais affronté. Et j'ai bien sûr un immense respect pour Dwyane Wade. Nous avons pris notre retraite au même moment. Il m'a battu en finale en 2006. Je l'ai battu en 2011."
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Dwyane Wade et Dirk Nowitzki.

Crédit: Getty Images

Je ne savais pas si j'étais assez bon, assez fort, assez doué
Mais contrairement à eux, et à d'autres, Dirk Nowitzki ne se sentait pas destiné à vivre cette vie. "Honnêtement, quand j'ai quitté l'Allemagne pendant la saison 98/99, je ne savais pas à quoi m'attendre, avoue l'ex-intérieur aux 14 sélections au All Star Game. Je pense que c'est plus facile aujourd'hui pour les Européens. Moi, je ne savais pas si j'arriverais à progresser dans cette Ligue, je ne savais pas si j'étais assez bon, assez fort, assez doué... Je suis vraiment heureux et fier de mon parcours et encore plus d'avoir pu rester à Dallas toute ma carrière. C'est très important pour moi, je peux toujours me remémorer tout ce que j'ai accompli avec une seule franchise."
Si Drazen Petrovic a sans doute été le joueur le plus important de l'histoire du basket européen en ouvrant une voie en NBA, Nowitzki a creusé ce sillon plus profondément encore. A son arrivée au Texas, les joueurs européens avec un impact fort sur leur équipe étaient rares. Le natif de Wurtzbourg a lui été le premier joueur issu du Vieux Continent à devenir durablement le visage et l'incarnation d'une franchise NBA. Deux décennies plus tard, ce n'est plus une anomalie. L'exception Nowitzki est devenue, sinon une norme, une forme de banalité, à l'image de Giánnis Antetokoúnmpo, fraîchement sacré MVP des Finals avec ses Bucks, Nikola Jokic à Denver ou encore Luka Doncic, que Nowitzki suit évidemment avec une attention toute particulière aux Mavs, auxquels il reste très attaché.
"C'est très spécial de voir jouer Luka, juge le meilleur joueur de la saison 2007. Il est tellement divertissant. Je crois que, parfois, même lui ne sait même pas ce qu'il s'apprête à faire. Ce petit a le don de rendre les matchs surprenants. Regardez-le, il n'a que 22 ans et il a déjà un niveau incroyable. C'est presque effrayant. Sa façon d'appréhender le terrain, de tirer, d'analyser les pick & roll, de marquer les arrières plus petits... Il était déjà pratiquement candidat au titre de MVP ces deux dernières années, il était encore dans la 1re équipe All-NBA. Il a une longue carrière devant lui. J'espère qu'il restera avec les Mavs toute sa carrière."

Luka Doncic et Dirk Nowitzki

Crédit: Getty Images

L'influence de Bob Cousy

Le basket européen s'est sans doute fait pour de bon une place au soleil de la NBA. Dirk Nowitzki a donc pris une part majeure dans cet épanouissement, même si l'intéressé est convaincu que la nouvelle génération va plus loin encore. "On voit désormais des joueurs européens qui, en plus d'être d'excellents joueurs, influencent énormément leur équipe voire les stars américaines, selon lui. Ils apportent vraiment quelque chose à la NBA."
Dirk Nowitzki est peut-être le symbole le plus frappant de cette fusion entre le jeu NBA et l'identité européenne. Chez lui, elle s'est ancrée bien avant son arrivée aux Etats-Unis. Il a débuté le basket au tout début des années 90, au moment de l'émergence de Chicago Bulls de Michael Jordan, son idole, et de Scottie Pippen, le joueur auquel il s'identifiait le plus. Et s'il a appris les bases du jeu en Europe, l'ADN du basket US, d'un certain basket US en tout cas, lui a été inculqué très tôt.
Son mentor et premier entraîneur, Holger Geschwinder, était un passionné de la grande équipe des Celtics des années 50-60 et de leur légendaire meneur de jeu. "Mon coach, quand j'avais 15-16 ans, était un grand fan de Bob Cousy, raconte Nowitzki. Donc j'ai beaucoup entendu ce nom, j'ai fait des recherches. C'était un joueur très agile avec la balle et mon entraîneur m'a appris à jouer de cette manière-là. J'ai pris le pli et je l'ai gardé pour le reste de ma carrière."

Dirk Nowitzki.

Crédit: Getty Images

À mon sens, le niveau de jeu a explosé ces 20 dernières années
Alors, les Européens se sont-ils américanisés au contact de la NBA, ou le jeu de la toute-puissante Ligue s'est-il au contraire européanisé, voire FIBA-ïsé ? En tout cas, il a énormément changé depuis le début du siècle et Nowitzki en aura été à la fois un des acteurs et le témoin privilégié. Particulièrement dans le secteur intérieur :
"Quand je suis arrivé dans la Ligue, la plupart des postes 4 et 5 étaient très grands et restaient à proximité du panier. C'étaient de bons rebondeurs, très costauds et très physiques. Et puis, ça a changé. Au début des années 2000, les contacts avec la main sont devenus une faute. Maintenant, la raquette est plus restreinte, donc le jeu a naturellement évolué vers l'extérieur. Aujourd'hui, il y a toujours au moins trois ou quatre shooteurs, même parfois cinq, sur le terrain. Prenez les Mavericks : ils montent une formation avec Porzingis en numéro 5 pour prendre le plus de place possible sur le parquet. Je pense que j'aurais adoré arriver maintenant en NBA."
Cette révolution culturelle du jeu intérieur a entraîné selon lui par ricochet celle du basket tout entier. C'est tout le jeu qui s'en est trouvé bouleversé, en s'éloignant progressivement du cercle. Nowitzki poursuit : "Les pivots qui sont arrivés ont développé leur façon de jouer et de shooter. Aujourd'hui, on voit des pivots prendre des rebonds, remonter la balle, traverser le terrain et marquer. Ce n'était pas le cas il y a 20 ans. À l'époque, ils n'étaient pas vraiment les plus doués avec le ballon. Enfin, certains savaient shooter, mais aujourd'hui tout le monde sait shooter, jouer, attaquer et prendre des décisions entre deux dribbles. Et à l'inverse, il y a aussi des arrières qui peuvent dominer la moitié du terrain. À mon sens, le niveau de jeu a explosé ces 20 dernières années."
Je suis vraiment quelqu'un de très traditionnel
Rien de tel pour le mesurer que les Jeux Olympiques, où le brassage des cultures, NBA, FIBA, européenne, américaine, mais aussi sud-américaine permet de faire le point sur ces évolutions. Voilà pourquoi Nowitzki attend avec impatience le rendez-vous de Tokyo, où sont notamment présentes l'Allemagne, avec plusieurs joueurs NBA comme Dennis Schröder, Daniel Theis ou Maxi Kleber, mais aussi la Slovénie de Luka Doncic, l'équipe de France de Rudy Gobert et, évidemment, le Team USA.

Dirk Nowitzki avec l'équipe d'Allemagne.

Crédit: AFP

"Bien entendu, les États-Unis sont de loin les favoris, comme toujours, note l'Allemand. Ils ont les meilleurs joueurs, les meilleurs athlètes. Mais ces Jeux seront forcément différents. Les fans ne pourront pas venir assister aux matchs, tout va se dérouler dans une sorte de bulle et l'expérience ne sera pas la même. Puis le basket est devenu un phénomène mondial, les équipes se sont améliorées partout, on trouve beaucoup de nations avec d'excellentes équipes et une nouvelle génération prometteuse, donc qui sait. Il peut toujours y avoir des surprises."
Fin connaisseur de l'histoire de son sport, Nowitzki se définit comme "plutôt de la vieille école". Quand on lui demande qui il placerait sur un Mont Rushmore dédié à la NBA, il cite Michael Jordan, Magic Johnson et Larry Bird. "Je suis vraiment quelqu'un de très traditionnel, s'excuse-t-il. Je pense que LeBron aussi a sa place sur ce Mont Rushmore. Le grand Shaq a évidemment sa place aussi, Kobe pareil. Bref, c'est difficile." En dehors des frontières américaines, il avance volontiers parmi ses références Petrovic, Kukoc, le "Sabonis de la grande époque", ou encore son compatriote Detlef Schrempf et Pau Gasol. Mais aussi la gâchette brésilienne des années 80, Oscar Schmidt : "Je sais qu'il n'a jamais joué en NBA, mais c'était un sacré joueur international avec une carrière phénoménale."
Ne croyez pas pour autant que l'ancienne star des Mavs soit restée figée dans un certain passé. Nowitzki veut s'occuper de l'avenir de son sport. En Allemagne et ailleurs. Il travaille désormais avec la FIBA, où il occupe la fonction de président du Comité des joueurs. "J'aide à faire avancer ce sport, à l'améliorer, à attirer les jeunes fans, à dénicher de nouveaux talents, explique-t-il. Notre but est de faire évoluer notre sport, d'attirer de nouveaux jeunes joueurs, de nouveaux talents du monde entier et on trouve des pépites dans chaque pays. On espère pouvoir les dénicher et les attirer vers le basket."
L'an prochain, il sera aussi l'ambassadeur de l'EuroBasket, organisé chez lui, en Allemagne. "J'essaie de faire la promotion de ce sport. J'essaie de soutenir le milieu du basket, conclut-il. Finalement, je rends un peu ce qu'on m'a donné. Ce sport m'a offert le succès, une vie et une carrière incroyables. Donc je peux donner en retour."
(Avec Melinda Davan-Soulas)

Dirk Nowitzki - Dallas Mavericks

Crédit: Getty Images

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