JO de Milan-Cortina 2026 | De l'or 16 ans après : Martin Fourcade, retour aux sources de sa propre gloire
Par Laurent Vergne
Mis à jour 15/02/2026 à 11:32 GMT+1
Martin Fourcade s'apprête à recevoir dimanche à Anterselva sa sixième médaille d'or olympique. Seize ans après, l'argent de la mass start de Vancouver va se transformer en or. Le voilà désormais champion olympique dans trois éditions différentes des Jeux. L'intensité de la joie n'est pas la même, mais ce n'est pas plus mal qu'il n'ait pas été confronté aussi tôt aux effluves de la gloire.
Martin Fourcade va recevoir sa 6e médaille d'or, 16 ans après.
Crédit: Getty Images
Alors que nous l'interviewons récemment dans le cadre de notre documentaire "Biathlon, une histoire de France", Martin Fourcade confiait à quel point son premier sacre olympique, à Sotchi, en 2014, avait constitué une libération pour lui. Un soulagement. Il était pourtant déjà multiple champion du monde et double vainqueur de la Coupe du monde, en route vers un troisième gros globe de cristal, mais il redoutait de connaître le syndrome Raphaël Poirée, jamais titré aux Jeux. Sotchi l'avait libéré de ça, pour toujours. "En réalité, vous étiez déjà champion olympique, mais vous l'ignoriez encore, à ce moment-là…", lui avions-nous dit. "C'est vrai, je n'avais jamais vu ça comme ça, mais c'est vrai", avait-il répondu.
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Longtemps, le biathlète le plus titré de l'histoire de France pensait avoir amorcé sa trajectoire olympique par une médaille d'argent, en 2010, à Vancouver. Sur la piste, il avait fini deuxième de la mass start derrière Evgeny Ustyugov, avant que celui-ci ne soit convaincu de dopage sur une période allant de 2010 à 2014. Il faudra des années, le temps que tous les recours du Russe auprès du CIO et du TAS soient épuisés, pour que le Catalan ne soit enfin officiellement proclamé champion olympique de la mass start de Vancouver, en 2025. Même si la cérémonie "officielle" se tiendra ce dimanche à Anterselva, il détient déjà depuis plusieurs mois ce sixième titre qui est donc à la fois son premier et son dernier.
Si j'avais gagné l'or dès Vancouver, est-ce que j'aurais eu la même envie ?
Martin Fourcade avait 21 ans lors de ses premiers J.O. Il n'avait encore jamais gagné la moindre course. Son premier succès allait survenir juste après Vancouver, en mars 2010, à Kontiolahti. "Cette médaille d'argent était déjà d'or à mes yeux, explique-t-il aujourd'hui dans un entretien accordé à l'AFP. C'était une faille spatio-temporelle, j'étais dans un truc qui ne m'appartenait pas, c'était irréel. Le matin, j'étais ce jeune athlète et là, il y a un truc qui va changer". Bien sûr, au plan émotionnel, rien ne remplace la victoire sur le coup. Monter sur un podium 16 années plus tard, ce n'est pas tout à fait la même chose. La même joie.
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Fourcade : "Il y aura toujours une partie d'argent en dessous du placage or"
Video credit: Eurosport
Mais avec le recul, il reste convaincu que ce n'était pas plus mal comme ça. Devenir champion olympique aussi jeune aurait été complexe à gérer, peut-être même lourd à porter. Surtout, ce titre aurait asséché d'emblée une partie de sa soif de victoires et de gloire. Cette médaille lui a apporté la confiance et lui a ouvert l'appétit. Elle a aiguisé son appétit sans le rassasier. "Si j'avais gagné l'or dès Vancouver, est-ce que j'aurais eu la même envie ? Je ne sais pas", s'interrogeait-il l'an dernier lorsque le CIO a entériné ce sixième titre. On ne peut refaire ni l'histoire ni les carrières, mais chaque chose doit se faire en son temps. À l'époque, c'était le temps de l'argent et c'est très bien ainsi.
"Je comprends ce jour-là que c'est ce que je veux faire de ma vie, dit-il. Jusque-là c'était un rêve d'enfant. Je me dis : 'Voilà, t'es capable de le faire, il te reste une marche à franchir et tu vas tout mettre en place'. Donc cette médaille d'argent vis-à-vis de l'or, elle a un rôle très important". Tout changera donc après ces premiers Jeux et cette première médaille. Ce premier titre qui s'ignorait encore. Le Martin de 2010 portait déjà en lui les fruits de Fourcade le patron.
La petite dernière était donc l'aînée
À partir de là, le jeune Fourcade, prenant pleinement conscience de son potentiel, va mettre les bouchées doubles et plus personne ne pourra suivre, pas même les tricheurs. Dans ses jeunes années, à son arrivée chez les bleus, il trainait en effet une petite réputation de dilettante. La caricature de l'athlète ultra-doué qui n'a pas encore compris que sans un travail acharné et constant, il n'exploitera pas son plein potentiel.
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Martin Fourcade en or 16 ans après : "Mes enfants ne m'ont jamais vu sur un podium"
Video credit: Eurosport
"Martin a mis du temps à s'impliquer, mais c'est aussi parce qu'il se sentait fort à l'entrainement face à la concurrence", nous avait expliqué Thierry Dusserre, qui fut son premier entraîneur. "Martin s'est mis au travail assez tard. Mais quand il s'y est mis, il a explosé tout le monde", renchérit Simon, le grand frère. Il peut maintenant rendre sa médaille d'argent au CIO pour donner une nouvelle petite sœur à ses cinq médailles d'or, qui vont découvrir sur le tard l'aînée de la famille restée longtemps cachée malgré elle.
Si revanche il y a, c'est aussi et surtout sur une forme d'injustice. Celle de la médaille mal acquise. Cet aspect-là n'est pas le moins important pour l'ogre Fourcade qui, durant sa carrière, n'avait pas hésité à se mettre en avant dans la lutte anti-dopage, ni à cibler les méthodes russes. Il n'était dupe de rien. On se souvient notamment de lui quittant le podium du relais lors des Mondiaux à Hochfilzen, pour protester contre les soupçons de dopage généralisés autour de l'équipe de Russie. La suspension de Ustyugov finirait par lui donner raison.
"Je ne l'ai jamais fait pour avoir une récompense, je l'ai fait parce que ça me tenait à cœur, assure-t-il. C'était un besoin dans un sport d'endurance où la crédibilité des sportifs est parfois mise à mal. Aujourd'hui, cette médaille, ce n'est pas une récompense, mais c'est un peu une conclusion." Un retour aux sources de sa propre gloire en guise de point final. L'épilogue parfait de son incroyable parcours.
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Martin Fourcade prudent mais confiant sur la suite pour les Bleus
Video credit: Eurosport
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