Emilien Jacquelin a fini ces Jeux de Pékin comme il les avait commencés : en traînant sa misère. Deux fautes dès le premier tir couché l'ont vite condamné. Loin de la bagarre pour le podium, voire pour l'Histoire concernant Johannes Boe et Quentin Fillon Maillet, Jacquelin a fini à une anonyme 22e place. "Je n'avais pas les armes qu'il fallait aujourd'hui, ça met fin au calvaire de ces Jeux", a-t-il commenté sans se cacher.
De par son statut de double champion du monde de poursuite et de sa deuxième place au classement général de la Coupe du monde, Jacquelin était espéré comme un médaillable, voire un multi-médaillable en Chine. Il repart certes avec deux médailles, toutes deux en argent, grâce aux deux relais, mixte et masculin, mais difficile pour lui d'avoir le sourire. "J'ai passé 15 jours compliqués avec quelques rayons de soleil, ces deux médailles en relais. Je suis déjà très content d'avoir deux médailles d'argent c'est presque inespéré vu mon état du moment", résume-t-il.
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Après un mois de janvier très compliqué, où il était apparu très en retrait, il n'a pas réussi à se remettre dans le sens de la marche. A vrai dire, il avait compris dès son arrivée que ces Jeux ne s'annonçaient pas au mieux pour lui. "J'ai essayé de faire avec ce que j'avais, mais en arrivant ici, je voyais bien que ça n'allait pas forcément, que je n'avais pas ce qu'il fallait, a-t-il confié, les yeux rougis, au micro d'Eurosport. Alors il y a toujours l'espoir que tout se passe comme dans un rêve, mais la réalité m'a rattrapée."

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Sa façon de voir le haut niveau et de percevoir ses échecs doit changer
Dès le relais mixte, Emilien Jacquelin avait inquiété, avec un tir debout plus que suspect. Quarante-huit heures plus tard, l'individuel n'avait pas davantage rassuré. Ses Jeux ont mal démarré, mal continué et sont logiquement mal terminés. "Je me suis accroché à chaque course, j'ai essayé de remettre les compteurs à zéro à chaque course, plaide-t-il. J'ai donné mon maximum mais le maximum du moment ne suffit pas pour peser sur la course."
"Après, le pourquoi du comment..., s'interroge-t-il lui-même. Est-ce que c'est la blessure (fracture du poignet gauche en août) ? Est-ce que j'en ai trop fait à un moment donné ? Je ne sais pas mais je me sens cramé autant physiquement que mentalement." Alors que son souci estival avait effectivement laissé penser qu'il serait moins présent en début de saison pour atteindre son pic de forme aux Jeux, c'est tout l'inverse qui s'est produit. Jacquelin a surpris en performant d'emblée dans cette campagne 2021-2022. A-t-il eu le tort de ne pas savoir s'économiser ?
Pour Sandrine Bailly, là n'est pas le problème. A ses yeux, ce n'est pas tant physiquement que mentalement que le biathlète de Villard-de-Lans a coincé. "Le plus gros progrès qu'il puisse faire, c'est de travailler dans sa tête", estime la consultante d'Eurosport. Selon elle, Jacquelin a un problème avec son approche du plus haut niveau, et notamment sa façon de gérer les moments plus délicats, comme s'il se laissait gagner trop souvent, et trop facilement par une forme de frustration.
"Il a parfois tendance à lâcher, et ça, ce n'est pas physiquement. Au tir, quand il voit que ça tourne mal, il y aura toujours une excuse, assène Sandrine Bailly. C'est quelqu'un qui aime la gagne, qui aime briller, être sur le devant de la scène et c'est très bien. C'est un showman, c'est une rockstar, mais si on veut gagner le classement général de la coupe du monde, il faut s'habituer parfois à moins glisser, peut-être à trembler sur le pas de tir un jour et à s'adapter. Ça fait partie du jeu, tous les athlètes connaissent ça. Donc, sa blessure, je ne pense pas que ce soit son problème sur ces Jeux. C'est plus sa façon de voir le haut niveau et de percevoir ses échecs qui doit changer."

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La fin de saison ? "Pas envie que ce soit un supplice"

Mais Jacquelin insiste, à Pékin, il n'avait plus rien dans le moteur. Pour l'illustrer, il nous fait une confidence : "Ça fait un mois, chaque fois que je cours, j'ai une petite voix qui me dit 'Stop, rentre, prends du temps pour toi, fais autre chose'. C'est dur de se l'avouer. Ce n'est pas ce que j'aimerais en fait, mais c'est ce que je ressens."
Son seul coin de ciel bleu, en dehors des deux relais, aura été l'atmosphère au sein du groupe. Même si ça n'a pas suffi. "L'ambiance avec les autres m'a a fait du bien, on est un groupe qui est soudé, qui passe des sacrés bons moments, on rigole énormément, mais c'est mon ambiance intérieure qui m'a pesé, regrette-t-il. C'est le plus dur à changer finalement, c'est ce qu'on ressent intérieurement."
Compte tenu de ses dispositions d'esprit, quand le reverra-t-on sur le circuit ? "Je ne sais pas, je vais réfléchir", on verra, souffle-t-il. Deuxième du classement général de la Coupe du monde derrière Quentin Fillon Maillet, il a un rang à défendre, lui qui n'a jamais terminé plus haut que 5e en fin de saison. "Il y a une partie de moi qui n'a pas envie d'être abattu et qui a envie de courir toute cette fin de saison, mais je n'ai pas envie que ce soit un supplice", conclut-il.

Emilien Jacquelin lors de la mass-start des Jeux de Pékin.

Crédit: Imago

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