Il a conquis le premier petit globe de cristal de sa carrière, et c'est presque anecdotique. C'est dire la dimension prise par Quentin Fillon Maillet, en cette saison 2021-2022 qu'il continue de dominer de bout en bout, comme l'a fait avant lui et à de multiples reprises Martin Fourcade. Dimanche, le quintuple médaillé olympique de Pékin a d'ailleurs rejoint son illustre aîné dans la légende du biathlon international en réalisant une performance sensationnelle : gagner sa 6e poursuite consécutive, ce qui lui a donc assuré de s'adjuger le classement général de la spécialité. Mais il en veut plus, bien plus.
Ce n'est qu'une étape, qu'il n'avait d'ailleurs pas vraiment cochée. "L'objectif, c'est la course aux globes, au petit bien entendu même si je l'avais plus loin dans ma tête que le gros. L'enchaînement de ces victoires cette année, c'est surréaliste", a-t-il confié. Sans ses deux moins bons résultats (enlevés pour faire le bilan à la fin de la saison), Quentin Fillon Maillet dispose désormais de 144 points d'avance (726 contre 582) sur son dauphin au général de la Coupe du monde… Emilien Jacquelin et de 185 sur Sebastian Samuelsson, un matelas très confortable à deux manches de la conclusion de l'exercice.
Kontiolahti
Fillon Maillet : "Ma forme n’était pas aussi bonne que celle d’Emilien et quelques autres"
06/03/2022 À 15:51
Aucun d'entre nous ne peut le battre, il ira chercher le gros globe
Avec ce doublé sprint-poursuite à Kontiolahti, il a prouvé plus que jamais qu'il était l'homme fort de la saison. Troisième de la course ce dimanche après un beau sprint face à l'Allemand Erik Lesser, l'Italien Lukas Hofer n'a d'ailleurs pas caché son admiration devant la maîtrise de QFM. "C'est fou. Il a tellement dominé cette saison. Aucun d'entre nous ne peut le battre, il ira chercher le gros globe de cristal", a-t-il reconnu, sans difficulté.
En tête de bout en bout dimanche, le Jurassien aurait pourtant pu se tendre quand il a vu revenir un Jacquelin survolté en début de course sur ses talons. Et ce alors qu'il avait pourtant réalisé un 10/10 après les deux premiers tirs couchés.
"J'avais envie de le titiller, de le pousser un petit peu dans ses retranchements. Mais il a la confiance nécessaire en ce moment, ce sang-froid qui lui permet de rester dans ses standards. Bravo à lui ! C'est super ce qu'il fait. Il le mérite, c'est quelqu'un qui travaille énormément et ça ne m'étonne pas de le voir à ce niveau-là. Ce serait lui manquer de respect que de dire à chaque fois que c'est incroyable, parce qu'il fait du Quentin", a d'ailleurs considéré Jacquelin qui a payé ses efforts sur la fin, terminant finalement 4e.

Mis sous pression par Jacquelin, Fillon Maillet a répondu avec maestria : le résumé

Dans sa bulle et hermétique à la pression de Jacquelin

Mais à aucun moment, Fillon Maillet n'a donc bronché. Pas même quand son compatriote a engagé le premier lors du premier tir debout. Il pouvait alors perdre la maîtrise de la course, mais il a su faire le vide autour de lui pour rester impeccable devant les cibles, alors que Jacquelin commettait lui sa première faute, en voulant trop attaquer. C'est cette capacité à faire fi des éléments extérieurs, en plus de ses qualités physiques et de son côté stakhanoviste à l'entraînement, qui lui permet d'atteindre ce niveau exceptionnel.
"Il est dans sa dynamique à lui, rien ne lui fait peur. Il continue de rester lui-même, malgré tout l'enjeu. Il a cette détermination profonde pour le général qui fait qu'il ne se pose pas de questions quand il est devant. C'est sa grande force. C'est fort ce qu'il fait, il faut s'en rendre vraiment compte parce que la concurrence est rude et les places sont chères", a encore témoigné Simon Desthieux, 10e ce dimanche, et admiratif.

Une saison exceptionnelle de bout en bout et bientôt couronnée

Le principal intéressé a d'ailleurs confirmé l'impression générale au moment de revenir sur sa performance. "Je suis resté dans ma course. Je ne me suis pas laissé perturber par ce que les autres pouvaient faire. J'ai juste essayé de pratiquer un ski régulier, de faire des beaux tirs. Emilien a géré la course un peu différemment, il a essayé de revenir assez vite sur moi et de me mettre la pression. Il l'a très bien fait d'ailleurs, parce que j'ai presque douté à un moment."

Le podium de la poursuite de Kontiolahti 2022 avec de gauche à droite Erik Lesser, Quentin Fillon Maillet et Lukas Hofer

Crédit: Getty Images

Était-ce quand il a senti le souffle de son compatriote sur les skis ou lors de ce fameux 3e tir qui a tout changé ? Toujours est-il que toute la nuance est dans le "presque" prononcé par Fillon Maillet. Il est habité d'une telle confiance désormais qu'il faudrait plus qu'un petit grain de sable de ce style pour le faire dérailler. Car mentalement, il a aussi trouvé la recette qui gagne. Pour désamorcer les enjeux, il s'impose de donner le meilleur de lui-même à chaque fois qu'il s'aligne sur la ligne de départ. Contrairement à ses principaux rivaux, il n'a d'ailleurs pas fait d'impasse cette saison, ce qui en dit aussi long sur son endurance que sur son respect pour sa discipline.
"Je ne suis pas juste là pour assurer mon globe et faire des calculs. Je veux continuer à aller chercher des victoires et des belles courses. Peu importe les conditions, le site, j'avais envie de faire une saison à 100 % et c'est ce qui se passe jusqu'à maintenant. J'engrange encore des beaux points sur mes adversaires donc je suis vraiment très fier." Il peut l'être. Sa saison est d'ores et déjà historique. Et sauf accident, la cerise en forme de gros globe arrivera bientôt sur le gâteau.
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