Emilien Jacquelin et ses nouveaux skis, avec fixation particulière : une petite révolution pour un grand pari

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Une histoire de fixation. Emilien Jacquelin a changé de skis, et de chaussures avec, à l'intersaison. Pourvu d'un matériel innovant sur le circuit, le voici amené à modifier sa technique, avec des conséquences musculaires. "L'accroche est plus sous le pied, comme une chaussure de vélo", résume le Français de 29 ans, en verve ce week-end, et en lice ce mardi à Kontiolahti (individuel court, 16h20).

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L'image la plus marquante d'Emilien Jacquelin faisant admirer ses qualités de fondeur, ce week-end à Kontiolahti, n'est pas des plus glorieuses. Samedi, le Français de 29 ans s'est fait croquer par Vebjoern Soerum dans la dernière ligne droite du relais mixte, deuxième place rageante à la clef. Cet instantané est trompeur, indépendamment de la victoire obtenue le lendemain en relais masculin. Le double champion du monde de poursuite (2020, 2021) est en forme.
Jacquelin a signé le 2e temps de ski lors des deux courses auxquelles il a participé. Devancé de seulement 2 secondes par Soerum à l'issue de leur duel, il l'a ensuite été par un autre Norvégien, et non des moindres : Johannes Boe. Lequel a fait mieux que lui pour 14 secondes, ce qui n'est pas un monde, eu égard à ce dont le boss du circuit est capable. Cet écart est en prime à relativiser, tant l'ultime relayeur des Bleus a savouré leur succès dans les derniers hectomètres.
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Analogie cycliste

L'entrée en matière convaincante d'Emilien Jacquelin, en termes de vitesse de déplacement, est d'autant plus intéressante qu'il a changé de matériel durant l'intersaison. Exit Rossignol, bonjour Madshus, qui équipe notamment les Norvégiens Sturla Laegreid et… Vebjoern Soerum. Bonjour, surtout, un système de fixation chaussure-ski – développé par la marque Rottefella (partenaire de Madshus) – qui détonne depuis février 2024 et influe sur la manière de skier.
"Normalement, il y a une barre perpendiculaire aux skis, qui vient s'ancrer dans une fixation située à l'avant des orteils, et fait point de pivot/point de bascule, décrit Loïs Habert, concernant le dispositif traditionnel. Là, ce point de pivot se trouve sous les métatarses", soit un peu plus proche de la voute plantaire (voir illustration ci-dessous). "L'accroche est plus sous le pied, comme une chaussure de vélo", appuie Jacquelin, dans une analogie effectuée avec un sport qu'il apprécie.
Chaussure de Jacquelin en 2023-24 (à gauche - Getty) | Chaussure de son nouvel équipementier (à droite - Instagram)

Chaussure de Jacquelin en 2023-24 (à gauche - Getty) | Chaussure de son nouvel équipementier (à droite - Instagram)

Crédit: Eurosport

Je vais skier un peu plus avec les cuisses et non pas avec les mollets
Ces quelques centimètres d'écart suffisent à "changer les groupes musculaires" plus ou moins sollicités, selon notre consultant. "Ces athlètes sont tellement à l'écoute de leur corps, qu'à peine cela brûle quelque part où ils n'ont pas l'habitude, ils le sentent", ajoute-t-il. Interrogé par nos confrères de L'Equipe, il y a deux semaines à Sjusjoen (12e d'un sprint de pré-saison), Emilien Jacquelin résume : "Je vais skier un peu plus avec les cuisses et non pas avec les mollets".
Visuellement, Habert perçoit un redressement, à confirmer dans le temps : "L'empilement est différent. De mes premières impressions, l'an dernier : les biathlètes ainsi équipés sont assez droits sur les skis, moins engagés vers l'avant, vraiment au-dessus de leur centre de gravité." Après avoir passé l'étape de "l'adaptation en termes de souplesse, d'équilibre", cela offre la perspective d'"une posture avec moins de déséquilibre avant, donc moins de tension dans le dos."
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Attraction dans l'univers du nordique

"Il me semble que [Ole Einar] Bjoerndalen développait ça quand il était encore athlète, dans les années 2006-2008, se remémore celui qui était confronté à la légende scandinave à cette époque. Ça a dû tomber dans un carton, avant de ressortir, avec de nouveaux matériaux, quelques moyens." Pour ce qui est de la conception opérationnelle, "Madshus se lance dans une vraie nouveauté et il n'y en a pas eu beaucoup dans le monde du nordique durant la dernière décennie."
Emilien est dans la vie comme on le voit à la télé, il aime le panache
"C'était intéressant pour lui d'utiliser cette fixation dès cet été en skis roues", poursuit notre spécialiste, au sujet des bienfaits que Jacquelin pourrait y puiser. Alors, premières sensations ? "J'en ai parlé avec Emilien. Il dit qu'il y a des neiges dans lesquelles cela lui apporte, d'autres dans lesquelles c'est un peu moins valorisant." Une façon de rappeler que cela reste un coup de poker… surtout après une saison solide (6e mondial, 5e en performance à ski, d'après l'IBU).
Mais ce pari d'un matériel peu usité lui ressemble, selon Loïs Habert : "Emilien est dans la vie comme on le voit à la télé, il aime le panache. Il a 29 ans. Il avait besoin de renouveau, de mouvement. Je pense que c'était une belle opportunité pour lui." Jacquelin aura une première occasion de faire briller ses nouveaux skis en Coupe du monde, en solo, ce mardi à Kontiolahti. L'individuel court (15km) est prévu à 16h20. Dossard 50, il sera fixé à partir de 16h45.
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