Martin Fourcade, qu'est-ce que cela vous inspire de regoûter à l'ambiance du circuit ?
Martin Fourcade. : "Cela fait du bien, je suis là pour mon partenaire (ndlr : Rossignol) et pour participer aux réunions de la commission des athlètes de l'IBU (fédération internationale de biathlon). Je me suis investi après les Jeux olympiques de Pyoengchang (2018) et ce n'est pas parce que ma carrière est terminée que j'allais laisser tomber cette fonction. Je suis très heureux de revoir les visages qui ont habité tous mes hivers durant plus de dix ans. Cela faisait neuf mois que j'étais coupé de ces visages familiers. Il y a un vrai respect et une convivialité entre les équipes, les marques, les journalistes. C'est tout cela qui me manquait. La compétition, j'en ai fait mon deuil. Je n'ai aucune nostalgie et je suis heureux de ça. Je suis plus dans la transmission et je prends un plaisir énorme à voir les Français performer. J'étais comme un dingue devant la course d'Emilien Jacquelin. Il n'y a aucune arrière-pensée, je suis l'ami qui regarde sa course sur son canapé."
Qu'avez-vos pensé de l'exploit d'Emilien Jacquelin et de ses tirs supersoniques ?
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M.F. : "On s'est beaucoup vu avant les Mondiaux parce qu'il était dans une période de doute, notamment sur son tir debout. J'ai essayé de l'accompagner, non pas techniquement mais de par ma sérénité, mon expérience, pour le rassurer. Sur sa course, je n'ai pas été impressionné par la manière mais par le fait d'avoir réussi à mettre ses doutes de côté pour être dans cette dynamique. Je savais qu'il tirait vite, il l'a déjà fait. Un tir moins risqué sera toujours plus compliqué pour lui parce qu'il ne le maîtrise pas. Alors que ce tir attaqué, il le maîtrise. Mais pour reproduire ces exploits, il faudra qu'il étoffe son jeu. Sinon il sera toute sa carrière un athlète de coups".

Et si c'était lui, le successeur de Fourcade ? Laegreid, un mimétisme assumé

Est-ce qu'il y a du Fourcade en Jacquelin ?
M.F. : "On est des athlètes très différents dans la trajectoire. Le jour où j'ai été champion du monde pour la première fois, j'avais déjà remporté trois Coupes du monde. Emilien est double champion du monde mais n'a pas gagné de Coupe du monde, il a peu de podiums. La similitude, c'est le travail qu'il a effectué sur lui cet été et au début de saison. Il avait coché cette course, il avait dit que la saison serait celle de la construction. Ce que j'aime bien c'est qu'il avait fait de cette saison une étape et que la prochaine marche sera de dominer et d'annoncer un titre olympique l'an prochain. J'avais moi aussi besoin de confiance et c'est ce que je suis allé lui apporter avant les Mondiaux pour le rassurer, le conforter et le cajoler, comme le faisait Stéphane Bouthiaux (actuel patron du biathlon français) avec moi."
Comment jugez-vous les résultats des Bleus aux Mondiaux ?
M.F. : "On a un groupe hommes qui se retrouve au meilleur moment mais je n'enterre pas la Norvège. C'est une équipe plus complète et elle a Johannes Boe qui, même s'il n'est pas dominateur depuis le début des Mondiaux, va réussir à nous éclabousser de ses coups de génie."
Quand je ne suis pas pour les Français, je suis pour Johannes
Johannes Boe a dit en début de saison que vous lui manquiez...
M.F. : "Cela m'a touché. Cela a été une rivalité très forte entre nous avec énormément de respect. Quand je ne suis pas pour les Français, je suis pour Johannes. C'est quelqu'un que j'apprécie, c'est un bel athlète. J'aime sa démarche, il travaille avec Siegfried Mazet (ex-entraîneur de tir des Bleus) et il est imprégné du même discours qui m'a façonné."
Cela doit vous rassurer de voir qu'il n'y pas de vide après votre retraite...
M.F. : "Je ne serais pas parti s'il y avait eu un vide derrière moi. C'est ce qui m'a aidé à partir sereinement. Je suis extrêmement heureux d'avoir pu passer ce flambeau. A la fin de ma carrière, je me suis rendu compte que j'avais un héritage à transmettre. Je suis d'autant plus heureux que la transition se fasse en douceur."

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