Il y a des jours comme ça, où absolument tout vous sourit et où rien ne peut vous arriver. C’est ce qui est arrivé ce dimanche à Emilien Jacquelin sur la poursuite des Mondiaux de Pokljuka. "On n’avait aucune chance face à Emilien aujourd’hui, a d’ailleurs avoué Johannes Boe au micro de la chaine L’Equipe. Je suis vraiment impressionné par sa course, une des plus solides que j’ai vues". Eblouissant de bout en bout, le Tricolore ne s’est pas caché dans la défense de son titre de champion du monde acquis l’an passé. "Pour moi le 14 février depuis 2004, c'est la mort de Marco Pantani et Pantani c'était le panache, explique-t-il. Il fallait oser. Je suis quelqu'un qui marche aux sentiments. On peut avoir une grosse dépression ou une grosse envolée et aujourd'hui, c'était une grosse envolée".

Un festival au tir et sur les skis : Jacquelin a éclaboussé la poursuite de toute sa classe

Désormais double champion du monde de la discipline, il devient simplement le deuxième Tricolore de l’histoire à conserver son titre en poursuite après l’inévitable Martin Fourcade. Une course que le Grenoblois avait en tête depuis un long moment. "Je l'ai cochée depuis l'an dernier, avouait-il sur la chaine L’Equipe. C'était un rêve d’enfant de garder son titre et c'est d'autant plus beau. Je savais que ça allait être quelque chose de très dur. La poursuite c’est peut-être la course la plus difficile à aller chercher parce qu’il faut aussi être bon sur le sprint donc ça nécessite deux belles courses et ça a été le cas. J’ai mis mes doutes de côté et j’ai fait ce que je sais faire, tout simplement. Je ne me suis pas posé de question, je suis allé la chercher et je suis très fier de ça". Et il y a de quoi car, non seulement le voilà champion du monde, mais il a en plus mis la manière.
Mondiaux Pokljuka
"Un comportement typiquement français" : Jacquelin très critiqué pour son attitude sur la mass-start
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Je préfère une course où j’ai pu attaquer, quitte à finir 2e
Leader de l’épreuve dès le premier tir, Jacquelin n’a plus quitté les avant-postes pour dominer la concurrence de la tête et des épaules, au terme d’un véritable festival. Une course magnifique à l’image de son tir, absolument historique. Auteur d’un des deux seuls 20/20 de cette poursuite, avec celui de son dauphin suédois Sebastian Samuelsson, le Français n’a pas seulement été précis, il a aussi – et surtout – été supersonique, en ne passant, au total des quatre tirs, que 1’25 sur le pas de tir, en tirant les deux fois en moins de 20’’ sur les debouts.

Le dernier tir en mode mitraillette de Jacquelin, stratosphérique jusqu'au bout

Une performance hallucinante qui a soulevé l’admiration de ses adversaires et notamment de Johannes Boe. "Attaquer sur un ou deux tirs, c’est faisable mais attaquer comme il l’a fait sur un dernier tir, c’est incroyable, peinait à croire le Norvégien. Vous pouvez faire des tirs rapides à l’entrainement sans effort auparavant. Parfois en 1’20 mais, souvent, vous faites des fautes. Réussir à tirer aussi vite, aussi bien, en course, c’est impressionnant. C’est probablement le plus beau tir que l’on n’ait jamais vu en biathlon". Mais qui d’autre que le Français pouvait parvenir à réaliser ça ? Surtout aux Mondiaux.
Attaquer sans arrière-pensée, sans réfléchir aux possibles conséquences en cas de raté, est une seconde nature chez Emilien Jacquelin. Voire la première tant le Français a plus tendance à performer quand il se lâche que quand il veut assurer. Une particularité dont le Tricolore est bien conscient. "Je l’ai toujours dit : je préfère une course où j’ai pu attaquer, prendre du plaisir et faire le spectacle, quitte à finir 2e, qu’une course où je suis bridé et où je ne fais pas les choses à ma manière, racontait-il sur la chaine L’Equipe. C’est comme ça que je prends du plaisir". Et qu’il blanchit les cibles comme Lucky Luke dégaine sur son ombre. "Les tirs étaient engagés mais naturels, il n'y a pas une seconde où j'ai eu peur, explique le double champion du monde de poursuite. Je ne me suis jamais dit que je prenais des risques. C'est une grande leçon. Je dois rester moi-même plutôt que d'imiter Martin (Fourcade, ndlr) en faisant un tir plus calme". Une vraie nouveauté pour le Tricolore, souvent dans le dur au tir cette saison.
Quasi en dépression cet été
"Parfois, ça me fait manquer de régularité et ça peut ressembler à quelque chose de dangereux, avouait-il sur la chaine L’Equipe. Mais, parfois, à vouloir freiner mon côté naturel, je m’y perds. C’était le cas fin janvier à Antholz, c’était le cas sur plein de courses… Parfois quand on laisse faire le naturel, il le fait mieux que quand on a envie de bien faire les choses". Et, si ça tombe le bon jour, ça peut vous offrir un titre de champion du monde. Quand bien même le Français ne se sentait pas très bien sur les skis. "L’an dernier, avec l’excitation et l’émotion, je n’avais même pas senti mes jambes dans le dernier tour mais ce n'était pas le cas cette fois-ci, raconte le Grenoblois. J'étais très stressé pour régler ma carabine, je me suis juste échauffé 20 minutes et donc sur les skis c'était très compliqué".

Emilien Jacquelin s'installe pour un tir couché, lors de la poursuite des Mondiaux de Pokljuka, dimanche 14 février 2021

Crédit: Getty Images

Mais rien ne pouvait priver Emilien Jacquelin d’un second sacre mondial. Ni le stress, ni Johannes Boe, ni même son moral, son plus grand adversaire de la saison. "J’ai du mal à réaliser dans le sens où je suis passé par tellement de moments difficiles, avoue le Français. Je n’ai pas peur de le dire, c’était quasi la dépression cet été. Je tiens vraiment à remercier ma famille, mes proches qui m’ont aidé dans ces moments compliqués. Cette victoire est pour eux". Elle aussi pour lui, auteur d’un début de Mondiaux idéal pour aborder la suite avec les espoirs de succès que son talent autorise et la décontraction que son titre lui permet. Et pourquoi pas dès mercredi prochain à l’occasion de l’individuel ? Absent de l’épreuve l’an dernier, il a tout pour y briller. Surtout avec un tir de cette qualité.
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