Antonin Guigonnat et Julia Simon n’avaient jamais goûté à l’or. Et ils ne pensaient sans doute pas en découvrir la saveur ce jeudi. Stéphane Bouthiaux, le patron du biathlon français, ne s’en est d’ailleurs pas caché : ”On n’osait pas trop en rêver (de l’or), mais on espérait la boîte, a-t-il confié à L’Equipe. Donc là, c’est vraiment la cerise sur le gâteau.” Il avait auparavant précisé : ”On connaît les qualités d’Antho et Julia sur ce genre de format. On n’avait pas beaucoup de doutes sur leur capacité à bien faire.” Mais pas de là à en faire des favoris vu la concurrence. Loin s’en faut.
D’un côté, Julia Simon n’était que l’ombre d’elle-même depuis le début des Mondiaux (28e du sprint, 22e de la poursuite, abandon sur l’individuel), à des années-lumière du niveau qui lui avait permis de remporter deux mass-starts le mois dernier. De l’autre, Antonin Guigonnat est le cinquième Français au classement de la coupe du monde (21e). Si son explosivité sur les skis et sa rapidité d’exécution face aux cibles en font un concurrent de grande qualité sur ce format particulier du relais mixte simple, difficile pour autant d’en faire l’option numéro un devant Emilien Jacquelin ou Quentin Fillon-Maillet.

Antonin Guigonnat donne le relais à Julia Simon

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Au milieu des armadas

Emilien Jacquelin avait d’ailleurs été aligné lors du relais mixte simple victorieux d’Oberhof (avec Julia Simon), le seul qui s’était disputé cet hiver avant les Mondiaux. Mais il a été laissé au repos ce vendredi. Tout comme Fillon-Maillet, pourtant en forme stratosphérique la veille sur l'individuel (2e temps de ski). Sur la liste de départ, Guigonnat avait donc un peu l’impression de faire figure d’intrus puisque toutes les autres nations avaient sorti leur équipe type. Y compris la Norvège (Johannes Boe et Tiril Eckhoff) et la Suède (Sebastian Samuelsson et Hanna Oeberg).
"Ce format de single mixte, quand il a récemment débarqué sur le circuit (depuis 2019 aux Mondiaux), il était un peu critiqué, même un peu boudé par les leaders, relève Antonin Guigonnat. Et aujourd’hui, à part moi, il n’y avait quasiment que des leaders sur cette course. Tout le monde a aligné la dream team. Et on finit devant Tiril et Johannes, nous, la Team pochette surprise. Et ça c’est très, très bon.”

"Je ne suis pas champion du monde tous les jours"

Ce titre revêt une forme d’apothéose dans la carrière atypique du Haut-Savoyard de 29 ans. Déjà argenté sur le plan individuel, sur la mass-start en 2019, le voilà champion du monde. Un destin assez inespéré quand il y a trois ans, il s’apprêtait à disputer sa course de la dernière chance”, au Grand-Bornand. "Avec Julia, on a déjà fait un podium ensemble en coupe du monde (en janvier 2019, 3e du relais mixte de Soldier Hollow), rappelle Guigonnat. En IBU Cup, il n’y’a pas si longtemps que ça, on a eu aussi quelques victoires. Sauf qu’aujourd’hui, il y a un titre, une médaille. Quand j’ai vu écrit “la France championne du monde” sur le retour écran : je me suis dit, c’est quoi ça, c’est quel sport ? C’est difficile à croire. Je ne suis pas champion du monde tous les jours !

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J’avais besoin de cette course pour me relancer, savoure de son côté Julia Simon, qui n’avait jamais décroché de médaille aux Mondiaux malgré un palmarès déjà fort de trois victoires individuelles en coupe du monde. On peut en retirer une grande fierté et de la confiance pour la suite.”
Son dernier tour à la bagarre avec Tiril Eckhoff, puis son démarrage au sommet de la bosse du circuit resteront dans les mémoires. "Antho a fait un sacré job (il lui a passé le dernier relais en tête). Quand je suis ressorti du dernier tir avec Tiril (Eckhoff), je me suis dit olala... Tiril, je sais comment elle est. C’est une petite pile électrique sur la piste. On avait à peu près la même stratégie car quand je l’ai passé dans la dernière bosse, elle s’est mise aussi à accélérer. J’étais en confiance pour la descente, je sais que c’est mon point fort. Je savais que ce serait terminé pour elle si je passais devant avec quelques mètres."

Au bon souvenir de l’alpin

Antonin Guigonnat est lui aussi particulièrement habile sur les skis. Une qualité cruciale sur un format aussi explosif que le relais mixte simple, avec une boucle courte, surtout sur le tracé très accidenté de Pokljuka. L’ambassadeur de Morzine-Avoriaz, la station d’où est originaire sa mère, ne manquait pas de relever ce point commun avec son binôme doré : “Si on descend bien, c’est aussi parce que depuis l’âge de 2 ans - et je pense que Julia c’est pareil - on fait du ski alpin. Nous venons de stations qui font de l’alpin (Les Saisies pour Simon). On a toujours tenu debout sur les planches. Et quand on s’est mis au ski de fond, on avait déjà l’avantage d’avoir cet équilibre et d’être capable d’engager des descentes à fond. C’était un avantage aujourd’hui.

Antonin Guigonnat et Julia Simon lors du relais mixte des Mondiaux de biathlon d'Ostersund en 2019

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Il recadre quand même : ”Mais avant la descente, il fallait faire la montée et ne pas se trouer complètement au tir.” Un domaine où les Français ont été particulièrement performants avec cinq pioches concédées sur les 8 tirs, soit deux fois moins qu’aux Mondiaux d’Ostersund en 2019, où ce même duo avait terminé 7e. A Pokljuka, les Bleus ont cette fois signé le 2e meilleur score parmi les 14 premières équipes au classement.
Pourtant, l’affaire avait mal débuté comme l'a rappelé Guigonnat à l'Equipe : “J’ai fait des petites erreurs, et ça s’est vu sur le premier tir (deux pioches). Mon ski s’est un peu bloqué (en arrivant sur le pas de tir). Le temps de le remettre en place et de m’installer, j’avais perdu déjà de précieuses secondes. Mais je suis resté calme, et Julia l’a été aussi quand elle a eu des pioches à faire (2). C’est une course qui est hyper palpitante et stressante. Mais on a réussi à gérer pile poil pour engager en gardant le petit truc pour ne pas faire l’erreur de trop, et rester au contact tout le long.” Avant de rafler l’or sur un dernier tour d’anthologie.
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