Eurosport
Interdiction du fluor sous les skis : attention danger ?
Par
Publié 22/11/2023 à 23:59 GMT+1
Après des années d'hésitation, le fluor a été interdit par les Fédérations internationales de ski et de biathlon. Produit hydrophobe utilisé pour favoriser la glisse des skis sur la neige, il était la base de toutes les techniques de fartage. Tant et si bien que c'est d'une feuille blanche que repartent toutes les nations pour l'ouverture de la Coupe du monde ce weekend à Östersund (Suède).
Fillon Maillet sur le changement de staff : "Je n'ai pas de compte à rendre aux fans"
Video credit: Eurosport
Quelque chose va changer sous les skis de Quentin Fillon Maillet, Johannes Boe, Julia Simon et les autres. Imperceptible à l'œil nu et pour le béotien, l'interdiction du fluor pour le fartage des skis va sérieusement rebattre les cartes, au moins pour un temps avant que chacun apprenne à faire sans cette molécule hydrophobe qui garantissait la meilleure glisse aux athlètes. Proscrit pour des raisons de santé et environnementales, le fluor était l'alpha et l'oméga du fartage. Sans lui, comment faire ?
A chaque condition son fart, pour chaque type de neige sa combinaison sous les skis. Chez les techniciens français et ailleurs, on avait ses petits secrets. Grégoire Deschamps, patron de la cellule technique de l'équipe de France, du haut de ses 18 ans de Coupe du monde, connaît tous les sites, leurs particularités et comment offrir aux skieurs la meilleure glisse possible. S'il n'a évidemment pas jeté tout ce savoir précieux à la poubelle cet été, il repart pourtant d'une page blanche. Le tout avec une certaine excitation et une pointe d'inquiétude.
Le weekend dernier, Norvégiens, Italiens ou Allemands avaient rendez-vous à Sjusjoen pour une ultime course de préparation transformée en balade scandinave pendant que les adversaires peinaient à avancer. "Je serais extrêmement inquiet si j’étais un biathlète étranger. C’est à la limite de l’embarras", avait même lâché Johannes Dale à TV2. Selon nos informations, l'équipe de Norvège ne croit pas avoir trouvé un nouveau produit miracle pour faire avancer les skis et mise plutôt sur une méconnaissance totale des conditions par la concurrence. Reste que les mots de Dale prouvent que la saison de Coupe du monde qui débute ce weekend à Östersund ne sera pas comme ses devancières.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2023/11/20/3829210-77817128-2560-1440.jpg)
Fillon Maillet sur le changement de staff : "Je n'ai pas de compte à rendre aux fans"
Video credit: Eurosport
"On s'appuyait sur des années d'expérience, on savait qu'on allait dans 90% des cas être au niveau pour gagner des courses, raconte Grégoire Deschamps. On rebat complètement les cartes, pour tout le monde. Sur les deux premières Coupes du monde, tout le monde va être un peu tendu parce que dans le milieu nordique, si on ne glisse pas, on n'existe pas." Après des années de tergiversations, l'interdiction du fluor a été prononcée en fin d'hiver dernier. Le temps pour chacun de se préparer et de tenter de mieux s'adapter que les autres.
De 30% de fluor à… 1%
Deschamps a ainsi passé un printemps et un été studieux, d'abord en relation avec la Fédération internationale (IBU) pour comprendre les règles, ensuite auprès des fabricants pour être au clair sur le marché du "sans fluor", enfin avec le scanner qui servira à mesurer les skis tout l'hiver et que la Fédération française a acheté de son côté. Investissement total : 100 000 euros pour la FFS.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2023/11/20/3829197-77816868-2560-1440.jpg)
Jacquelin : "J'ai les capacités pour viser très haut et je les assume"
Video credit: Eurosport
"Une paire de ski de courses de l'an dernier, si on la passe au scanner, elle ressort entre 20 et 30% de fluor", explique Deschamps alors que l'IBU a fixé à 1 la limite autorisée et à 1,8 le seuil de tolérance qui entraînera un carton jaune avant interdiction de courir pour le second. Tout l'hiver, l'équipe de France mesurera ses skis avant de les confier aux autorités, le tout pour limiter les risques.
Ainsi, "QFM" et les autres ne devraient pas vivre la douleur de se voir refuser le départ. En revanche, et ils ont été sensibilisés à cela, voir la concurrence se balader pendant qu'eux patinent, pourrait bien arriver. "Il y a une infinie de possibilités, avance Loïs Habert, notre consultant. On va avoir des surprises sur la première Coupe du monde. C'est le seul défaut du choix des Français de préparation sans confrontation. Les nations qui n'ont pas été dans le coup sur la glisse peut-être qu'elles savent pourquoi, ou pas. Mais elles savent qu'elles ne sont pas dans le coup."
Un avantage de plus pour Boe ou Simon ?
"Il y a le risque de passer à côté, forcément, embraye Grégoire Deschamps. Dans un changement comme ça, la grosse difficulté sera d'avoir de la régularité. Avoir des gros passages à vide dans des conditions particulières, ça va arriver à tout le monde." Ce qui devrait parfois accoucher de courses difficilement lisibles même si les meilleurs skieurs, Johannes Boe ou Julia Simon, devraient encore plus tirer profit de cette nouvelle réglementation.
"On peut imaginer que ça change le sens du biathlon, s'avance Habert. L'équilibre ski-tir va bouger. Avec ces nouvelles réglementations, ce sera d'autant plus un concours de skis." Une vision partagée par Grégoire Deschamps : "Le fluor gommait l'écart entre les skis. Les temps vont être plus longs et les athlètes les plus forts feront encore plus de différence." Fluor ou pas, la logique sportive devrait être respectée, à condition de bien aborder ce virage sans fluor pour le biathlon mondial.
Publicité
Publicité