On peut être deux ogres des Ardennaises et avoir un palmarès complètement opposés. Ce ne sont pas Philippe Gilbert et Alejandro Valverde qui diront le contraire. Si les deux hommes sont largement les plus titrés sur cette semaine de classiques, avec respectivement six et neuf victoires, difficile de faire plus différent. Le Belge est à l’Amstel ce que l’Espagnol est à Liège.

Un spécialiste, un cador qui connait les moindres mètres de routes, qui sait exactement où attaquer et comment triompher. Un dernier point qui a toujours manqué à Valverde dans sa quête de succès sur la classique néerlandaise, la seule Ardennaise manquant à son palmarès. Si l’Espagnol est le plus grand spécialiste de la Flèche de l’histoire, sur l’Amstel Gold Race, il n’y a pas photo entre les deux hommes.

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Il faut dire que Gilbert est le "Mr. Amstel" du XXIe siècle. Le Belge de la Deceuninck-Quick Step y a remporté quatre de ses six victoires sur les Ardennaises, en 2010, 2011, 2014 et 2017. Qu’importe la position de la ligne finale, qu’elle soit au sommet du Cauberg comme cela était le cas jusqu’en 2012 ou qu’elle soit désormais positionnée 18km plus loin, à Berg en Terblijt.

Qu’importe également la concurrence. De Ryder Hesjedal ou Enrico Gasparotto, celle-ci a basculé peu à peu vers les Joaquim Rodríguez, Simon Gerrans, Jelle Vanendert ou Michal Kwiatkowski mais le résultat est resté le même. Le maitre du Cauberg, c’est Gilbert. A tel point que le Belge est même allé y gratter son titre mondial en 2012 devant Edvald Boasson Hagen et … Alejandro Valverde.

Philippe Gilbert (Quick Step Floors) s'impose devant Michal Kwiatkowski (Sky) sur l'Amstel Gold Race 2017

Crédit: Getty Images

14 ans de déceptions et deux leçons pour Valverde

Ce jour-là, l’Espagnol avait trop tardé à réagir à l’attaque de Gilbert, mal placé qu’il était au pied du Cauberg. Un assez bon résumé des différentes aventures du leader historique de la Movistar sur l’Amstel Gold Race. Alors qu’il a découvert l’épreuve néerlandaise il y a désormais dix-sept ans (!), il n’y a jamais gagné, même s’il a souvent été placé (six top 6). La plupart du temps, il a été piégé dans le final, soit par une tactique d’équipe (Gerolsteiner en 2007), soit par une attaque un peu lointaine à laquelle il n’a réagi assez vite (Roman Kreuziger en 2013, Michael Valgren, Enrico Gasparotto et Roman Kreuziger en 2018).

Il faut dire qu’il a aussi rarement eu une équipe à son niveau, une formation capable de l’aider dans le final. Ses plus gros regrets, l’Espagnol les tient sans doute de l'édition 2015, où il était arrivé au sprint pour la gagne pour la première et unique fois de sa carrière. Cette année-là, Michal Kwiatkowski, l'avait privé du triplé ardennais (l'Espagnol avait gagné ensuite la Flèche et Liège).

Valverde regrettera surtout d’être tombé à la même période que Gilbert, qui aura été son bourreau en 2014 et 2017. Au terme de deux leçons que l’Espagnol n’est pourtant pas habitué à recevoir. Une leçon de force tout d’abord, avec une attaque d’une violence énorme, tout en puissance, dans le Cauberg à laquelle le Murcien n’aura jamais pu répondre, alors qu’il était parfaitement placé.

Une leçon tactique ensuite, trois ans plus tard, lorsque le Belge est sorti dans le Kruisberg, à 38km de l’arrivée, en compagnie de six coureurs, piégeant tous les grands favoris, dont Valverde, avant de s’imposer au sprint face à Kwiatkowski. Une édition 2017 symbole des différences entre les deux hommes sur l’Amstel, dans l’attitude comme dans la réussite.

Alejandro Valverde, Movistar Team, 2019

Crédit: Getty Images

Gilbert vers le record ?

Deux ans après, Alejandro Valverde et Philippe Gilbert pourraient bien se retrouver une nouvelle fois dans le final dimanche. Tous deux annoncés au départ, ils feront encore partis des candidats à la victoire, au même titre qu’Enrico Gasparotto (Dimension Data), vainqueur en 2012 et 2016, Alexey Lutsenko (Astana), champion du monde espoirs sur le Cauberg en 2012, Peter Sagan (Bora-Hansgrohe), Michal Kwitakowski (Sky) ou encore le prodige local, Mathieu Van der Poel (Corendon-Circus). Mais le grand favori est sans nul doute le coéquipier de Gilbert chez Deceuninck-Quick Step, Julian Alapahilippe. Un problème pour le Belge dans sa quête d’un cinquième succès - il égalerait alors le record de Jan Raas - sur l’Amstel ? Pas vraiment.

On connait la capacité de la formation de Patrick Lefevere à tabler sur une course de mouvement en envoyant des cartes solides à l’avant pour forcer les autres équipes à travailler ou à se faire piéger. On l’avait notamment vu sur Liège-Bastogne-Liège l’an passé, avec le succès de Bob Jungels tandis qu’Alapahilippe contrôlait derrière. On l’a surtout vu depuis trois ans avec Philippe Gilbert. C’est ainsi qu’il a gagné le Tour des Flandes 2017, en partant à plus de 50km de l’arrivée avant de rééditer sa performance deux semaines plus tard sur l’Amstel Gold Race.

Il y a une semaine, le Belge a de nouveau profité de la supériorité de la Deceuninck-Quick Step sur Paris-Roubaix. Alors pourquoi pas en faire de même sur la première des classiques ardennaises ? Après tout, il connait la recette. Même si plus personne n’a plus signé un tel doublé depuis Jan Raas, en 1982. Ce jour-là, le Néerlandais signait son 5e succès sur l’épreuve. Alors, quitte à égaler son record de victoires, autant l’imiter.

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