Eurosport
Au bord de la crise
Par
Publié 05/10/2004 à 08:00 GMT+2
Les grands noms du cyclisme français sont d'accord : la France est en perte de vitesse par rapport aux autres Nations. Au lendemain d'un sombre championnat du monde, où le premier Français, Jérôme Pineau, a terminé à la 32e place, le temps est au bilan et
Eurosport
Crédit: Eurosport
Premières accusées: les compétitions de jeunes. "Il existe un bon vivier en France mais nos catégories juniors et amateurs tirent l'ensemble vers le bas, pointe l'ancien coureur Laurent Jalabert. Nos courses de jeunes n'ont pas le même niveau qu'en Italie par exemple".
Le son de cloche est identique chez Marc Madiot: "Il manque du travail dès le plus jeune âge. Aujourd'hui, on ne sait plus à quel niveau les jeunes se situent, corrobore le directeur sportif de Fdjeux.com. En France, il y a 25 000 catégories: on veut faire plaisir à tout le monde. Les structures sont archaïques. La solution serait de mettre les bons ensemble. En faire de même avec les mauvais, et oublier la notion de catégorie. C'est le rôle des élus".
L'ancien double vainqueur de Paris-Roubaix en veut pour preuve les éléments qu'il déniche, ça et là. "C'est simple, un mois suffit à un étranger pour se mettre dans l'allure d'une compétition là où il faudra trois ans à un Français pour un résultat identique, souffle-t-il. C'est pitoyable" .
Manque de compétitivité évidente
Le mode de préparation des coureurs hexagonaux n'échappe pas, non plus, aux critiques. "Si l'on reste habitué à des courses de 200 kilomètres, pourquoi se faire violence pour trois ou quatre compétitions dépassant ce cadre qui obligeraient à des sorties de sept heures, s'interroge Laurent Jalabert. Nous avons, en fait, perdu la culture du cyclisme. Nous n'accordons plus l'attention méritée aux grands rendez-vous".
Mais "Jaja" a une idée sur la recette appropriée. "Je sais bien ce qu'a fait Oscar Freire ces derniers temps, affirme-t-il. Il a tout simplement multiplié les sorties de cinq heures sur route, suivies d'une heure derrière moto". Chacun reconnaît qu'il a manqué une trentaine de kilomètres aux tricolores sur l'éprouvant circuit de Vérone qui, cinq ans auparavant, avait déjà souri à l'Espagnol.
"C'est normal, analyse Bernard Thevenet. Les formations françaises n'étaient pas toujours toutes invitées dans les Coupes du monde de 250 bornes. Voilà pourquoi on ne voit plus personne dans les deux derniers tours".
"La situation est certes grave mais pas désespérée"
Le mal pourrait aussi venir du choix des courses. "Pour connaître la réussite aux championnats du monde, il faut tout simplement participer à la Vuelta (le Tour d'Espagne)... comme les Espagnols, martèle l'ancien directeur des équipes de France Charly Mottet. Quand ceux-ci avaient lieu en août, les Français parvenaient encore à figurer. Parce ce qu'ils sortaient depuis peu du Tour de France et qu'ils pouvaient encore rester sur leurs acquis avec un peu d'entraînement".
Bernard Hinault, quintuple vainqueur du Tour de France, demeure en revanche plus terre à terre. "Le chapitre physique doit être pris en considération, explique le Blaireau. Force en effet est de reconnaître que nos gars sont plus petits et moins costauds que les autres. Ce manque de puissance nous dessert. Ne sont-ils pas également trop gâtés? La situation est certes grave, mais je ne pense pas qu'elle soit désespérée" .
Monument d'expérience avec neuf directions d'équipe à son palmarès, Rafaël Géminiani pointe enfin le doigt sur la mondialisation. "A l'exception de Jean-René Bernaudeau, il y a maintenant une fâcheuse tendance à aller recruter en Australie ou dans les pays de l'Est , s'indigne le Grand Fusil. Tout ceci se fait, bien sûr, au détriment des Français. En conséquence, il va bientôt falloir naturaliser les garçons comme on le fait en football. C'est la seule solution". Radicale mais est-ce vraiment la meilleure solution ?
Sur le même sujet
Publicité
Publicité