Championnat d'Europe 2025 - Sacré Tadej Pogacar : Il a attaqué de loin... pour jouer la sécurité
Par Laurent Vergne
Publié 05/10/2025 à 19:05 GMT+2
S'envoler seul loin de l'arrivée, voilà qui s'apparente généralement à une prise de risque maximale. Voire à un possible suicide cycliste. Mais pas pour Tadej Pogacar. Dimanche, si le Slovène a démarré à 75 kilomètres de l'arrivée, c'est parce que cela lui a semblé constituer l'option la plus sûre pour aller chercher le titre de champion d'Europe. Promis, ce n'était pas prévu. Il a improvisé.
Pogacar, toujours raid dingue : son triomphe européen après 75 km en solitaire
Video credit: Eurosport
Tadej Pogacar est intouchable. Il est aussi impayable. Sans le vouloir, le Slovène n'est pas loin d'être drôle, même si son humour en fera sûrement rire jaune quelques-uns. Dimanche, lors du Championnat d'Europe, il a fait ce qu'il sait faire de mieux : gagner. Et il l'a fait à la sauce Pogi : en partant de très loin, tout seul, pour écraser tout le monde. À vrai dire, on voit mal pourquoi il se priverait et encore moins pourquoi il changerait une tactique payante à tous les coups ou presque. De Kigali à la Drôme-Ardèche, il applique sa recette et le reste du peloton déguste.
Pourtant, promis, juré, et c'est là que la chose devient presque amusante, c'est que, cette fois, Pogi ne voulait pas agir ainsi. Parce qu'il se méfiait. Du parcours, plus que de lui-même ou de la concurrence. Son inquiétude, toute relative, certes, tenait au positionnement sur le tracé de la redoutable Côte de Saint-Romain-de-Lerps. Intrinsèquement, avec sa pente longue de 7km à 7,2%, elle s'apparentait presque à un petit col, plutôt très pentu, de nature à offrir au quadruple vainqueur du Tour de France un terrain de jeu dont il raffole. Sauf que le dernier passage au sommet était situé à 70 kilomètres de l'arrivée.
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Le moment où Pogacar a lâché Evenepoel pour attaquer un raid solitaire de 75 km
Video credit: Eurosport
"C'est assez loin, et il reste encore les petits tours avec des ascensions plus courtes, avait jugé la superstar de chez UAE dimanche matin, au départ. C’est possible d’attaquer tôt, mais partir seul de loin sera très difficile." Sur le papier, il envisageait donc plutôt de jouer sa carte un peu plus tard, dans les dernières montées du parcours, plus brèves mais de nature à porter l'estocade, elles aussi. "J'aime bien ces deux types d’ascension, avait-il confié. Mais ce que je n'aime pas, ce sont les portions plates entre les deux."
Je me suis dit que c'était mieux d'attaquer plutôt que de me retrouver avec tous ces Belges
On peut croire à sa sincérité. Il ne bluffait sans doute pas. "Non, ce n'était pas prévu", jure-t-il. Pourtant, partir de loin en solitaire, c'est exactement ce qu'il a fait, à l'endroit concerné, dans l'ultime ascension de ladite côte. Il restait alors environ 75 kilomètres d'ici l'arrivée. Pogi est parti, personne n'a suivi et ne l'a revu. Un grand classique, en somme. Même quand il ne le veut pas. Tadej Pogacar s'est "simplement" adapté aux circonstances. La stratégie d'avant-course est une chose. La faculté d'activer le plan B en est une autre.
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Pogacar : "J'étais tout seul avec tous ces Belges, c'était mieux d'attaquer"
Video credit: Eurosport
"J'ai vu que j'étais en train d'y perdre mes coéquipiers, a-t-il justifié. Ça montait très fort. Collectivement, c'était difficile. Les Belges avaient roulé fort dans la deuxième ascension, et j'ai commencé à perdre des coéquipiers. Ensuite, dans la dernière montée, il y avait quatre ou cinq Belges qui étaient là et moi, j'étais tout seul de l'équipe. Je me suis dit que c'était mieux d'attaquer plutôt que de me retrouver avec tous ces Belges. Alors j'ai essayé, et ça a marché. Il valait mieux passer à l'attaque pour éviter de m'exposer à celles des autres."
La suite a tourné à la formalité. En apparence, tout du moins. "Je savais que j'étais capable d'avoir un écart confortable, mais je savais que Remco était très fort derrière moi et que je ne pouvais pas me relever. Il a fallu que je pousse jusqu'au bout", précise-t-il. Malgré tout, personne n'a eu le sentiment que Pogacar était sur le point de finir à l'agonie. Et même s'il estime, sans ironie, qu'il a "eu de très bons adversaires qui n'ont cessé de chasser derrière moi", il est vite devenu évident que les autres luttaient pour les places d'honneur et rien d'autre. Pour Pogi, c'était la p'tite routine du dimanche...
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