Moncoutié, pour le plaisir

David Moncoutié (Cofidis) n'a pas souvent l'occasion de lever les bras. Mais quand il gagne, le Français ne fait pas semblant. Samedi, c'est l'étape reine du Dauphiné qu'il s'est offert dans les Alpes. A 34 ans, son envie demeure intacte. Comme il marche au plaisir, il marche fort.

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Crédit: Eurosport

On a tout dit sur David Moncoutié. Du bien. Et souvent du mal. Nonchalant, pas assez impliqué, dépourvu d'ambition. Mais à l'automne de sa carrière de coureur, le Lotois se taille, mine rien, un palmarès enviable saison après saison. La pauvreté des résultats du cyclisme français depuis le début des années 2000 rehausse même son bilan personnel. C'est vrai, Moncoutié gagne peu. Mais il gagne bien. "Je ne gagne pas souvent mais ce sont des belles victoires", sourit-il. Deux étapes du Tour de France, dont une un 14 juillet, une autre sur la Vuelta, l'an dernier, assortie du maillot du meilleur grimpeur, et désormais deux étapes du Dauphiné Libéré, la seconde en date, samedi, 10 ans après la première.
S'il a rapidement compris qu'il n'avait pas l'étoffe d'un candidat à la victoire sur le Tour, Moncoutié a eu l'intelligence de cibler ses objectifs. Quand il se fixe un but, il n'est jamais très loin du compte. Sa victoire à Saint-François-Longchamp, samedi, ne doit rien au hasard. "Comme j'étais assez loin au classement général, je voulais aller dans l'échappée, pour gagner l'étape", explique le leader de Cofidis, qui avait ciblé cette étape reine du Dauphiné. Frustré de n'avoir pu s'offrir la Montagne de Lure au mois de mars sur Paris-Nice (il avait pris la 5e place d'une étape dominée par Alberto Contador), il est cette fois allée jusqu'au bout de son idée. "J'ai eu un moment d'inquiétude quand j'ai entendu que le peloton roulait avant la Madeleine. Avec 1'30" d'avance dans la montée, ce n'était pas gagné mais ça a suffi" .
Boyer: "Il s'est comporté en leader"
C'était la fête samedi soir chez Cofidis après ce succès bien construit, David Moncoutié ayant bénéficié du gros travail, de Christophe Kern, Rémi Pauriol et Amael Moinard, présents à ses côtés dans l'échappée initiale. Mais lui seul semblait capable de mener cette initiative à son terme. "Il s'est comporté en leader", se satisfait Eric Boyer. Le manager de Cofidis ne doit pas regretter d'avoir conservé son grimpeur. Les rapports entre les deux hommes ont parfois été crispés ces deux dernières années. Mais Boyer sait aussi que sur le marché français, il n'y a pas 50 Moncoutié. Au fil des années, ce dernier est devenu la figure emblématique de l'équipe, surtout après les affaires de dopage qui ont touché la formation nordiste. "A part Moncoutié, je ne suis sûr de personne", avait déclaré le patron de Cofidis, François Migraine, au coeur de la tempête. Quand l'intégrité se double d'un talent certain, il serait dommage de perdre un oiseau pareil, même s'il a ses défauts.
A 24 ans, on ne changera plus David Moncoutié. Tant mieux, d'ailleurs. Eric Boyer en a pris son partie. Il laisse son coureur agir à l'instinct. "Au mois de mai, il devait faire le Tour de Catalogne. Mais il a renoncé, préférant se préparer tout seul dans les montagnes pour le Dauphiné", raconte le manager. Ses bons résultats des 12 derniers mois, pas plus que sa 8e place sur le Tour d'Espagne en septembre 2008 n'ont en tout cas pas fait changer d'avis l'intéressé. Le Tour de France n'est pas pour lui. Le classement général, en tout cas. " L'objectif reste le même, une victoire d'étape et, pourquoi pas, le maillot à pois de meilleur grimpeur comme l'an dernier sur la Vuelta. Je n'ai pas la prétention de viser le classement général. Je préfère me glisser dans les échappées, faire un Tour offensif. "
Sur cette Grande Boucle dont il est devenu un des personnages les plus attachants, il se verrait bien décrocher une troisième étape, après celles de 2004 et 2005. Et après? Il verra. Il fonctionne à l'envie, au plaisir. Moncoutié a fait du vélo parce qu'il aimait ça. Avant d'être un métier, c'est un moyen pour lui de prendre du plaisir. "Je continue d'en prendre aujourd'hui", assure-t-il, laissant entendre que, finalement, il pourrait prolonger sa carrière au-delà de 2009. "J'ai dit que je voulais finir sur une grande année mais comme Cofidis continue un an de plus, je verrai après le Tour de France."
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