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Romain Bardet, le Monsieur régularité du cyclisme français

Bardet, Monsieur régularité

Le 11/06/2018 à 11:25Mis à jour Le 11/06/2018 à 21:33

DAUPHINÉ - Saignant sur les routes du Dauphiné, à un mois du Tour de France, Romain Bardet a une nouvelle fois montré sa grande constance au plus haut niveau. De bon augure avant le rendez-vous de juillet, où il vise un troisième podium consécutif… et “pourquoi pas” mieux.

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Il serait simpliste de dire que la figure émaciée de Romain Bardet est de retour avec les premiers frissons sportifs estivaux (le calendrier a beau dire qu’on est toujours au printemps, le Dauphiné, Roland Garros et le Mondial de foot disent le contraire). C’est vrai, le leader d’AG2R - La Mondiale sort d’un très bon week-end dans les Alpes, annonciateur de belles performances en juillet ; c’est aussi réducteur, tant l’Auvergnat réalise un exercice 2018 accompli depuis ses premiers tours de pédale de la saison. Troisième du Dauphiné, animateur de la course, Romain Bardet était en fait bien présent, là où on l’attend, surtout face à une concurrence limitée, surtout depuis qu’il s’est imposé avec une régularité impressionnante dans les hauteurs des classements.

Vidéo - Bardet : "J’ai été un peu trop généreux dans la dernière montée"

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Sur le podium de Liège ou celui du Dauphiné, Bardet se montre et montre surtout qu’il est l’un des tout premiers prétendants à un autre podium sur le prochain Tour de France. Et même, dans une année pleine d’incertitudes, un des coureurs offrant les plus solides garanties pour une victoire finale, bien que ce pur grimpeur ne soit pas un grand moissonneur de bouquets. En 2018, il a levé les bras une fois (à la fin de l’hiver, sur la Classic de l’Ardèche). Une victoire, c’est le score qu’il atteint chaque année depuis qu’il a ouvert son compteur pro, sur le Tour de l’Ain en 2013, à l’exception de 2015, où il avait fait mouche aussi bien sur le Dauphiné que sur le Tour de France.

La constance dans l’excellence

Depuis son triomphe en solitaire à Saint-Jean-de-Maurienne, sur la 18e étape du Tour 2015, Romain Bardet a pris un rendez-vous avec la Grande Boucle qui le voit conclure à chaque coup : coup de force à Saint-Gervais l’année suivante, coup d’éclat à Peyragudes l’été dernier. Ces deux dernières victoires d’étapes ont été les joyaux de Tours parfaitement accomplis, avec deux places sur le podium consécutives au classement général. À 27 ans, c’est déjà un vétéran aguerri aux cérémonials protocolaires de juillet : membre de la meilleure équipe du Tour en 2014, supercombatif l’année suivante, il est le seul coureur à s’être présenté sur le podium des Champs-Élysées à chaque année depuis 2014.

Une par une, les performances de Bardet en font un champion émérite - il signe là des exploits inédits pour le cyclisme tricolore depuis le changement d’ère marqué par l’affaire Festina il y a 20 ans. Avec son émergence parallèle à celle de Thibaut Pinot, on a souvent voulu opposer les deux champions qui, finalement, évoluent sur des routes toujours parallèles. Bardet s’illustre par sa constance au plus haut niveau quand Pinot brille par des exploits plus ponctuels. Ces dernières années, l’Auvergnat est, en dehors d’un Froome hors concours, le coureur le plus régulier sur le Tour (voyons si le condor Quintana déploie à nouveau ses ailes cet été).

L’opus de 2018 réserve un bon lot de pièges mais les pavés ne l’avaient sanctionné ni en 2014, ni en 2015, il saura y faire sur les petites routes bretonnes et nul doute qu’il se voit déjà renouveler ses exploits dans les Alpes et les Pyrénées avant un dernier contre-la-montre où la fraîcheur primera sur les qualités de rouleur. Bardet approche de la maturité physique et il semble tactiquement et mentalement plus que jamais en mesure d’exploiter au mieux ses capacités - c’est le constat qu’il faisait après son podium à Liège. Il nous a habitués à répondre présent… et son équipe n’est pas en reste pour l’accompagner vers les sommets.

Romain Bardet devant Geraint Thomas sur les routes du Dauphiné

Romain Bardet devant Geraint Thomas sur les routes du DauphinéGetty Images

Gagner le Tour, "pourquoi pas" ?

Lorsque j’ai discuté avec lui en début d’année à Abou Dabi, Stéphane Goubert disait bien que, oui, la formation AG2R - La Mondiale voulait “faire encore mieux” cette année, notamment en juillet : “On a goûté deux fois au podium du Tour, on veut y goûter une troisième fois. Et qui dit podium dit trois marches. On a déjà fait la deux, la trois, on n’est jamais monté sur la première, pourquoi pas ?” Mais le directeur sportif mettait surtout en avant une “cohérence dans la démarche, dans le travail”, qu’on retrouve aussi bien dans le parcours de Romain Bardet que dans celui de l’équipe autour de lui.

Cette semaine sur le Dauphiné, les AG2R représentaient la principale force collective d’opposition au rouleau-compresseur Sky. Cela pourrait encore être le cas sur le prochain Tour, en fonction de l’équilibre que parviennent à trouver les Movistar entre Quintana, Landa et Valverde. Romain Bardet peut aborder l’échéance de juillet avec de toutes autres certitudes, appuyé par la garde rapprochée qui s’est imposé ces dernières années (Chérel, Domont…), un nouveau lieutenant polyvalent en la personne de Tony Gallopin, et un Pierre Latour que la régularité de son leader semble inspirer (3e en Catalogne, 7e du Dauphiné et 8e en Romandie).

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