Warren Barguil : "Suiveur, ce n'est pas ma place"

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DAUPHINÉ - Après un début d'année "frustrant", Warren Barguil (Fortuneo-Samsic) veut monter en puissance vers le Tour de France, où il espère à nouveau enflammer la montagne. "Maintenant, cap sur le Tour, et ça va le faire", promet-il.

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Crédit: Eurosport

Oui, la première partie de saison 2018 a été parfois "difficile à vivre" pour Warren Barguil. De retour en Bretagne (et en deuxième division) pour incarner le projet Fortuneo-Samsic, le grimpeur n'a pas encore montré le coup de pédale agressif qui avait fait de lui le héros français du dernier Tour de France (deux victoires d'étape, notamment le 14 juillet, et le maillot à pois). Mais l'apprenti leader de 26 ans assure "comprendre" ce qui s'est passé et, si le doute a pu l'affecter, il est de nouveau prêt à passer à l'offensive. C'est ce qu'il nous expliquait il y a deux semaines, à l'occasion d'une reconnaissance de la 6e étape du prochain Tour, à Mûr-de-Bretagne, organisée par le Prix Antargaz de la Combativité, qui l'avait désigné super combatif du Tour en 2017.
Où en êtes-vous dans votre saison ?
Warren Barguil : Je suis le 17 mai, il est presque 5 heures…
Dans un peu moins de deux mois, il y a le Tour…
W. B. : C'est ça. Mais tout va bien. J’ai coupé comme d’habitude, j’ai pris des vacances. Ma mamie a eu quelques soucis de santé, et ça m’a un peu perturbé parce que je tiens beaucoup à ma famille. C’est super important pour moi, c’est aussi mon équilibre. Mais à deux mois du Tour, je suis bien dans ma tête, bien dans mon équipe et tout va bien pour le moment.
Quelles sont les prochaines étapes pour monter en puissance en vue de juillet ?
W. B. : C’est exactement ça, il faut monter en puissance. Je ne veux pas être trop vite en forme. Donc il va falloir aussi garder du jus et ne pas trop en faire à l’entraînement. Là, je suis plus dans une période où je fais du fond et pas trop d’intensité. Je vais faire Plumelec et le Dauphiné, qui vont me permettre de construire une très bonne base pour arriver sur le Tour.
Vous ressentez une obligation de résultats sur le Dauphiné après votre début de saison ?
W. B. : J’ai fait un début de saison moyen. Je n’étais pas non plus à la rue. Je n'ai pas bâché, je me suis battu tout le temps pour essayer d’obtenir un résultat qui, au final, n'était pas super. Mais non, je ne vais pas au Dauphiné pour accrocher un top 10 ou un top 15 et puis après passer complètement à côté de mon Tour. Dans ma tête, c’est vraiment tout pour le Tour, et au Dauphiné, on verra bien. Si je fais 20e ou 30e, ce ne sera pas une catastrophe. L’an passé, je n’étais pas super au Dauphiné, je m'étais blessé et j'avais peu d'entraînement, et au Tour j’étais super bien donc il va aussi falloir garder ça dans la tête et ne pas se démobiliser si le Dauphiné n’est pas très bon. Et s’il est bon, bien se reposer entre le Dauphiné et le Tour pour ne pas faire une erreur.
Tout pour le Tour, ce n’est pas se mettre trop de pression ?
W. B. : C'est sûr que ce n'est pas facile. Je sais que je vais être attendu, mais le Tour me fait plaisir et j'ai envie de m'y faire plaisir. L’avantage, c’est qu’il y a 21 étapes pour le réussir. Après, ce n’est pas exactement tout pour le Tour. Cette année j'ai visé Paris - Nice et Catalogne, et ensuite les classiques, et c’est vrai que je suis passé… Je suis passé… Ouais, je suis passé à côté de mes classiques. Mais sur Paris - Nice et Catalogne, j’étais quand même assez présent. Maintenant, il y a le Tour mais il y a aussi d'autres courses après. J'espère faire les Championnats du monde. C’est une chance unique dans sa vie d'avoir la chance d’avoir un parcours aussi dur, et qui peut correspondre à mes qualités, que ça soit en tant qu’équipier ou comme électron libre.
Il y a plusieurs étapes de montagne courtes. C’est un format qui vous plaît ?
W. B. : J’ai gagné l'année dernière à Foix, donc ça doit bien m’aller ! Je pense que ce sont de bonnes étapes. C’est complètement différent d’une étape où tout se joue sur une dernière montée. Il faut faire plusieurs fois une montée à bloc et c’est là qu’on a parfois les plus gros écarts et les plus grosses défaillances. Si on est dans un jour sans dès le début, on perd énormément de temps. L’an passé, l’étape de Foix, c’était un peu bim-bam-boum au départ, jusqu’à ce que le peloton soit explosé de partout. Même devant la télé, je pense que c’est plus passionnant à regarder qu’une étape de 200km où rien ne se passe.
Quelle est l’étape clef en troisième semaine ?
W. B. : L’étape courte, de 65km, qui arrive au Portet. Je pense que c’est vraiment une étape très très dure. J’ai déjà fait ce col à l’entraînement, il n'est vraiment pas facile. Et c’est juste magnifique. En haut, les vaches elles sont un peu libres. Je sais pas si elles seront libres ce jour-là…
Vous avez des souvenirs avec les vaches sur le Tour…
W. B. : Oui (rires). On l’a peut-être mangée depuis celle-là. Non, je rigole !
Le Tour passera aussi chez vous, en Bretagne, et vous êtes désormais dans une équipe bretonne. Vous vous projetez ?
W. B. : Je vais voir ce que ça donne, mais ça fait déjà envie. C’est juste exceptionnel. C'est quelque chose que je n’aurais pas forcément imaginé quand je suis passé pro.
Ce serait quoi un Tour de France réussi cette année ?
W. B. : Ce sera déjà, comme d’habitude, de le terminer. Avoir pris du plaisir et ne pas avoir de regrets en passant la ligne sur les Champs-Élysées, ne pas se dire “si j’avais su” ou “ici j’aurais pu attaquer”. Si je me dis à Paris “t’as fait un bon Tour”, même s’il n’y a pas de victoire, ça veut dire que j’aurai tout donné pour tirer le meilleur.
Le Tour 2018 peut sourire aux Français comme celui de 2017 ?
W. B. : On ne se met pas de barrière. Je pense que c’est comme ça qu’il faut vivre le vélo. Et ce sont de plus en plus des opportunistes qui gagnent. On voit des mecs qui attaquent de loin qui vont au bout. Ce n’est plus millimétré comme avant, c’est de plus en plus ouvert et ça nous permet nous, Français, de mieux nous exprimer.
Le fait qu’il y ait un coureur de moins par équipe, ça peut jouer ?
W. B. : Ça joue, il y a plus de place dans le bus (rires). Mais il y a des gens qui sont au chômage aussi. Sur certaines courses, ça fait un peu limite. Quand ils sont six au départ, s’il y a quelqu’un qui tombe malade au départ le premier jour et un autre qui tombe, ça ne fait plus que quatre mecs. Je suis assez mitigé. Des fois je me dis que c’est bien, des fois je me dis que ça fait bizarre parce qu’on n’est plus beaucoup dans le peloton et on se retrouve vite derrière. Il faudra voir ce que ça donne sur une course de trois semaines. Je ne peux pas juger avant mais sur certaines courses je pense que ça serait bien de revenir à huit coureurs. Et inviter une équipe en plus. Je pense que ça peut être le bon compromis.
Comment se fait-il que l’équipe n’ait pas gagné depuis le début de saison ?
W. B. : Pfff… Il y a plusieurs raisons. On est là, mais on n’est jamais à la gagne. C’est frustrant et on espère qu’on va basculer de l’autre côté sur la deuxième partie de saison. On serait nul, on comprendrait… Mais là, quand on joue avec les meilleurs et qu’on n’arrive pas à gagner, c’est vraiment frustrant et ça crée une spirale où on a peur de prendre des risques et c’est peut-être ça aussi qui fait qu’on ne gagne pas. Personnellement, je ne suis pas le mec qui gagne 15 courses à l'année. Je n’ai que quatre victoires chez les pros, c’est deux victoires à la Vuelta et deux victoires au Tour. L'équipe le savait très bien en me prenant et on a d'autres coureurs pour briller.
Vous avez pris du plaisir depuis le début de saison, même si les victoires ne sont pas là ?
W. B. : Oui, j’ai pris du plaisir. Mais il y a des fois où j’avais de la frustration, parce que j’étais là en tant que spectateur. J’étais suiveur et pas acteur, et pour moi ce n’était pas ma place. C’était difficile à vivre. Au Catalogne, j’étais là sans être là. À la dernière étape, j'ai trop hésité à un moment parce que j’étais rentré dans cette phase là, de juste suivre, suivre. Et je n’ai pas assez cru en moi pour attaquer. Du coup à la fin je fais huitième et c’était un petit peu frustrant parce que je pense que j’avais des jambes pour faire mieux que ça et au moins attaquer et tenter le tout pour le tout. Mais là c’est bon. J’ai coupé. Je sens que l’agressivité est là.
Il y a des leçons à tirer de cette première partie de saison dans un nouveau projet ?
W. B. : J’ai fait beaucoup de changements, et ça prend du temps. Paris ne s’est pas faite en un jour, comme on dit, et là c’est un peu pareil. Je comprends ce qui s’est passé. Et maintenant cap sur le Tour et ça va le faire. J’en ai connu des belles galères donc je suis bien mûr, peut-être même périmé (rires). Je sais aussi être patient, ne pas se prendre la tête. Tout peut venir d’un seul coup, il faut juste ne pas paniquer. C’est le problème, si on panique, ça n’ira jamais.
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