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Critérium du Dauphiné - Daniel Felipe Martinez, le prodige de l’ombre enfin dans la lumière
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Publié 17/08/2020 à 10:07 GMT+2
CRITERIUM DU DAUPHINE – Daniel Felipe Martinez s’est relevé au monde entier en remportant à 24 ans la première course par étapes de sa carrière à l’occasion du Dauphiné, LA course de référence avant le Tour de France. Une surprise à la vue de la startlist mais pas vraiment tant le Colombien a montré des promesses depuis le début de sa carrière. Sans jamais vraiment sortir de l’ombre.
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Crédit: Eurosport
Un Colombien peut toujours en cacher un autre. On aurait dû le savoir depuis l’an dernier, lorsque Egan Bernal était devenu le premier Cafeteros à gagner le Tour, alors que tout le monde pensait que Nairo Quintana serait celui-ci. Et ça a été pareil sur ce Critérium du Dauphiné que les deux Colombiens abordaient en position de favori. Mais c’est bien Daniel Felipe Martinez qui est sorti de son chapeau le dernier jour pour coiffer sur le fil Thibaut Pinot et s’offrir la plus belle victoire de sa carrière. Un succès surprenant, au moins autant en raison de la discrétion du Colombien le reste de la semaine, qu’en raison de son manque d’exposition jusqu’ici. Mais ce dernier témoigne mal des résultats prometteurs que Martinez a réussi depuis le début de sa carrière.
Un premier Giro à 20 ans
Passé par le Centre Mondial du Cyclisme, à l’instar de Christopher Froome évidemment, mais aussi de Shane Archbold, Jarlinson Pantano ou Merhawi Kudus, le Colombien est arrivé très vite sur le circuit professionnel en signant dès ses 18 ans, sans même passer par les Espoirs, au sein de la formation Colombia. Comme Esteban Chavès ou Nairo Quintana avant lui. Et pas question de le ménager puisque Martinez, dès sa première année professionnelle, participe au Tour de Catalogne et au Tour de Lombardie et réussit ses premiers résultats, en toute discrétion : meilleur grimpeur de la Route du Sud, 8e du Tour de l’Utah ainsi que la 13e place du Tour de l’Avenir. Le tout, à 19 ans simplement ! Très précoce alors, mais dans l’ombre logique des Rigoberto Uran ou Nairo Quintana qui jouent la gagne sur les Grands Tours, il mettra pratiquement deux ans à confirmer les promesses entrevues en 2015, malgré deux participations au Tour de l’Italie (89e en 2016 !)
Mais sa fin de saison 2017 est à nouveau digne de son potentiel avec des top 10 sur les Trois Vallées Varésines (9e) et Milan-Turin (7e) avant de réussir son premier top 5 sur une épreuve World Tour avec la 4e place du Tour de Turquie. De quoi signer au sein de la formation EF Education-First à l’intersaison. Un transfert en World Tour qui va définitivement faire passer un cap au natif de Soacha. Loin de l’éclosion ultra rapide d’un Egan Bernal, d’un Remco Evenepoel ou d’un Tadej Pogacar, aux éclats et aux victoires immédiates, Daniel Felipe Martinez a progressé mois après mois, enchaînant les performances de qualité (7e en Catalogne, 12e en Romandie). Sans jamais prendre la lumière.
Dans l’ombre de Bernal
Ses résultats sont plus qu’intéressants, attention, mais le Colombien a le malheur de les signer en même temps qu’Egan Bernal explose, à un niveau supérieur. Quand il signe en mai 2018 son premier podium sur une épreuve World Tour à l’occasion du Tour de Californie (3e) - là où ses compatriotes plus “hypés” Egan Bernal (vainqueur cette année-là) et Sergio Higuita (2e en 2019 derrière Pogacar) s’étaient eux aussi montrés aux yeux du monde - personne ou presque n’en parlera. La faute au succès final de Bernal, plus jeune et dont la performance marque plus. Et la situation se répète quelques mois plus tard à l’occasion de Paris-Nice. Souverain, Egan Bernal s’impose devant Nairo Quintana et personne ne fait véritablement attention à leur compatriote d’EF Education First. Pourtant, Daniel Felipe Martinez réalise une superbe fin de semaine en prenant la 5e place du chrono, avant de s’imposer au sommet du Col de Turini. Son premier succès en World Tour, la seule fois de sa carrière où le Colombien a levé les bras.
Sa deuxième place sur le Tour de Guangxi fin 2019 ? Une épreuve de fin de saison à laquelle personne ou presque ne s’intéresse. Sa deuxième place sur le Tour de Colombie en février dernier ? Le général revient à son équiper Higuita, qui prend toute la lumière. Et ce Critérium du Dauphiné aurait dû être dans la lignée ces derniers mois, avec un Daniel Felipe Martinez au service des compatriotes Rigoberto Uran et Sergio Higuita. Initialement troisième leader de la formation EF Pro Cycling, il a fini par devenir la carte principale de l’équipe américaine après la défaillance d’Uran et la chute d’Higuita pour s’imposer à la suite d’une défaillance de Pinot. Un scénario qui n’est pas sans rappeler celui qui a permis le sacre d’Egan Bernal sur le Tour de France l’an dernier, même si les conditions sont bien sûr différentes. Mais, comme son compatriote, il sera attendu dans deux semaines au départ de la Grande Boucle. Pour Daniel Felipe Martinez, l’ombre, c’est terminé. Ses résultats méritent mieux. Et il était temps.
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