C’était, à première vue, une étape taillée pour les sprinteurs. Des puncheurs, il est vrai, auraient aussi pu profiter de la dernière bosse pour tenter de rafler la mise. Mais ni les uns, ni les autres n’ont réussi à l’emporter, ce jeudi lors de la cinquième étape du Critérium du Dauphiné. Celui qui a levé les bras à Saint-Vallier n’appartient à aucune de ces deux catégories. C’est un rouleur redoutable, devenu par la force des choses un grimpeur affûté. C’est, surtout, l’un des grands favoris au général : il s’agit de Geraint Thomas.

La palette à Jacky : Un virage à 180° et INEOS a piégé tout le monde

Resté sagement dans les roues de ses coéquipiers tout au long de la journée, sur un parcours vallonné débuté à Saint-Chamond, le leader des INEOS Grenadiers était idéalement placé au moment d’aborder le final. Juste après avoir passé la flamme rouge, il a profité d’un virage en épingle à cheveux pour placer une attaque et partir, seul, en direction de l’arrivée. Derrière, la Bahrain-Victorious n’avait plus suffisamment de forces vives pour engager la poursuite et Sonny Colbrelli a été contraint de déclencher son sprint de loin. La remontée du porteur du maillot vert a été bluffante, mais insuffisante pour rattraper Thomas, désigné vainqueur à la photo-finish.
Critérium du Dauphiné
Thomas, quel numéro !
03/06/2021 À 13:59
Colbrelli m’a dépassé tellement vite qu’il a failli faire tomber mon casque !
Par ce coup du kilomètre mené de main de maître, l’ancien pistard a rappelé qu’il se sentait à son aise dans l’effort solitaire. Cette victoire est-elle le fruit d’une stratégie mûrement réfléchie en amont ? Absolument pas, jure l’intéressé. "Ce n’était pas planifié, a assuré Geraint Thomas quelques minutes après l’arrivée. Quand j’ai vu que la Bahrain-Victorious n’avait plus personne hormis Jack Haig et comme je savais qu’il y avait des virages à la fin, j’ai senti que mon moment était venu. J’y suis allé."
"Dans l’oreillette, j’ai entendu que j’avais creusé un écart. J’ai tout donné", a poursuivi le lauréat du Tour de France 2018. Qui a avoué avoir eu un gros moment de doute après avoir passé la ligne. "Pour être honnête, je ne pensais pas avoir gagné. Le pauvre Sonny Colbrelli, il m’a dépassé tellement vite qu’il a failli faire tomber mon casque !"

Rebond salutaire après un chrono décevant

Le sprinteur-puncheur transalpin, qui collectionne les deuxièmes places depuis le départ de la course (déjà trois), était forcément frustré. Mais aussi très lucide : "Je dois féliciter Thomas, parce qu’il a attaqué juste au bon moment, a-t-il reconnu. Je n’avais tout simplement plus assez de coéquipiers avec moi. Jack Haig avait déjà abattu énormément de boulot, il roulait devant depuis l’arche des 20 kilomètres et n'avait plus assez d’essence."
Ce succès inattendu tombe en tout cas à point nommé pour le natif de Cardiff, qui était sorti très déçu du contre-la-montre de la veille (10e, à 23" d’Alexey Lutsenko). "Je n’avais pas de très bonnes jambes et je me suis complètement effondré dans la deuxième partie du chrono, là où j’aurais dû être le plus fort," a-t-il soufflé. Désormais, Thomas peut se tourner vers le week-end très montagneux qui l’attend. La victoire finale dans ce Dauphiné 2021 s’y jouera. La première (et dernière) fois qu’il s’était adjugé le général de l’épreuve, il avait remporté la Grande Boucle dans la foulée…

Geraint Thomas (Ineos-Grenadiers) - Critérium du Dauphiné 2021

Crédit: Getty Images

Critérium du Dauphiné
Carr : "Pour lâcher Valgren comme ça, Padun devait être vraiment fort"
07/06/2021 À 18:26
Critérium du Dauphiné
L'impuissance de Froome, Gaudu chef de file des Bleus : Les 5 choses à retenir du Dauphiné
06/06/2021 À 20:45