Départ de Jean-René Bernaudeau chez TotalEnergies : C'est un cyclisme qui se meurt
Eurosport sur GoogleCe jeudi matin, Ouest-France a révélé que Jean-René Bernaudeau allait passer la main à la tête de l'équipe TotalEnergies, celle qu'il avait créée en 1991, il y a bientôt 35 ans, sous le nom de Vendée U. A 70 ans, le patron devrait laisser sa place à Stéphane Heulot. Il faisait partie, avec d'autres, d'un cyclisme d'antan qui, petit à petit, disparaît.
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Ils étaient des visages, mieux, des gueules avec tout ce que cela peut sous-entendre. Jean-René Bernaudeau, l'un des dinosaures du cyclisme français, va, selon Ouest-France, se retirer de la présidence de l'équipe TotalEnergies, son équipe, avant le début de la saison prochaine. Stéphane Heulot pourrait prendre sa place et ce n'est pas tant l'écart d'âge entre les deux (16 ans) que l'image que renvoyaient les Bernaudeau donc, mais aussi Vincent Lavenu et Marc Madiot, qui permet de dire que le cyclisme français tourne, petit à petit, une page de sa grande histoire.
Bernaudeau, avant de devenir un manager d'équipe à succès, partageait avec Madiot d'avoir été un très bon coureur. Lui n'a jamais goûté au bonheur de gagner deux fois Paris-Roubaix mais il avait accompagné Bernard Hinault sur ses premiers grands succès, terminant 3e de la Vuelta 1978 et 5e du Tour de France l'année suivante. Leur après-carrière devait s'écrire dans la transmission, la passion chevillée au corps. Ce serait La Française des Jeux pour Madiot, Chazal pour Lavenu et donc Vendée U pour Bernaudeau, le premier des trois à avoir franchi le pas dès 1991.
Irréductibles Gaulois
De Bonjour à TotalEnergies en passant par Brioches La Boulangère, Bouygues Telecom ou Europcar, Bernaudeau a traversé les années, sauvé son équipe parfois d'un rien et maintenu vivant un esprit très gaulois. Ce petit village d'irréductibles avait résisté aux géants du peloton au cœur d'un Tour de France 2011 que l'on racontera encore dans des dizaines d'années. Preuve que l'argent ne fait pas tout, sorte de crédo que "Jean-René", comme on l'appelait simplement dans le peloton tricolore, faisait sien. La vérité, c'est qu'en cyclisme, l'argent fait presque tout.
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Un jour "lâché" par la FDJ et AG2R, qui s'étaient liés à des partenaires plus imposants (Groupama, Citroën, Decathlon), TotalEnergies s'était un peu rangée, reléguée au deuxième échelon mondial pendant que les petits copains grandissaient. Mais au fond, tout ce beau monde faisait le même cyclisme, celui qui tend à disparaître. Quand Decathlon a pris la main après avoir accompagné AG2R La Mondiale, on a gentiment montré la porte à Vincent Lavenu. Non pas que ce dernier n'avait pas de compétence, plutôt qu'on avait jugé chez ses nouveaux patrons qu'il n'avait pas celles que le cyclisme moderne réclamait.
35 ans d'histoire
Bernaudeau, parce qu'il est un vieux routard du cyclisme, a permis à son équipe, non pas de survivre, mais de vivre, dans un écosystème pourtant bouleversé, en constante évolution et toujours plus concurrentiel. La disparition d'Arkéa ou avant elle, B&B Hôtels, montrait qu'il ne fallait rien prendre pour acquis et surtout pas les trois décennies d'existence qu'affichent les plus grandes équipes françaises (TotalEnergies, Groupama-FDJ, Decathlon-AG2R La Mondiale et Cofidis).
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A 70 ans, Jean-René Bernaudeau a peut-être préféré se retirer, plutôt que de voir un nouveau sponsor soucieux d'embrasser les codes du cyclisme de 2025 lui indiquer la sortie. Dans les années 2000, alors que d'autres se vantaient de révolutionner le cyclisme (on sait comment), Bernaudeau et les autres souffraient qu'on leur répète qu'en France, on ne travaillait ni assez, ni assez bien, mantra qui n'a pas quitté certaines des équipes étrangères, rappelez-vous de Richard Plugge (Visma) et la Groupama-FDJ.
Cyclisme "à la papa"
A mesure que certains coureurs tricolores quittent le cocon, y compris de ces équipes "à la papa", leur progression montre effectivement parfois une différence de méthodes, expliquées en partie par des budgets sans commune mesure. A la performance pour la performance, Bernaudeau répondait par l'humain et qu'il faisait avec ses moyens. Victor Lafay nous confiait récemment qu'il avait discuté avec TotalEnergies, qu'il était conscient qu'il s'y serait bien senti. Il a choisi un autre projet, plus exotique.
Au fond, Lafay savait ce qu'il trouverait chez Bernaudeau, moins ce qui l'attend chez Unibet Rose Rockets. C'est peut-être ça la différence entre le cyclisme français comme il a pu l'être et le reste du monde. Lavenu mis à la porte, Bernaudeau bientôt à la retraite, c'est aussi ce qu'il va perdre, peut-être. Un brin d'humanité dans un monde toujours plus professionnel et impitoyable. Ce sera une bonne chose pour certains, une mauvaise pour d'autres.
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