Flèche Brabançonne - "Après deux chutes, on a envie de tout plaquer" : Remco Evenepoel face à son plus grand défi pour son retour en course

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Tout aurait pu prendre fin en décembre, lorsqu'il a chuté à l'entraînement. Remco Evenepoel a traversé une convalescence difficile qui l'a même fait douter de son avenir en tant que coureur. De retour ce vendredi sur la Flèche Brabançonne, il va chercher à trouver des repères et à reprendre confiance, avant tout. Récit et analyse d’une convalescence douloureuse et d’un retour à tâtons.

"Sur cette photo, Evenepoel incarne tous les coureurs sur lesquels Pogacar a marché"

Video credit: Eurosport

Elle est la pire ennemie du coureur cycliste. Elle envoie tout par terre - littéralement -, réduit à néant tous les efforts consentis, les sacrifices, les heures loin de la maison à empiler les kilomètres et à accumuler les coups de pédales. La chute fait partie intégrante du vélo, et même peut-être de la vie (mais ce n'est pas le sujet). Il faut savoir l'appréhender et s'en relever, même si parfois les blessures subies ne sont pas anodines et laissent des stigmates durables. Remco Evenepoel pourrait en parler pendant de longues heures. Le Belge, arrivé tardivement au cyclisme, goûte (trop ?) souvent au bitume, mais sa chute en décembre dernier à l'entraînement aurait bien pu être celle de trop.
Le double champion olympique de Paris 2024 a heurté à pleine vitesse la portière d'un véhicule de la poste belge alors qu'il s'entraînait, peu de jours avant de s'envoler pour l'Espagne et le stage en équipe qui devait l'emmener vers la saison de la confirmation. Et quelques mois après avoir été durement touché dans la chute au Tour du Pays basque qui avait marqué le peloton en avril 2024. Cette fois-ci, le bilan paraît léger à première vue, "seulement" une fracture de l'épaule droite.

Une convalescence douloureuse

Pour autant, les nerfs ayant été touchés, la guérison a été très compliquée et a pris énormément de temps. Sur son compte Instagram, il s'est ouvert et a avoué être passé par des moments très compliqués. "Le chemin pour arriver là où je suis aujourd'hui a été très dur et éprouvant, a-t-il écrit lundi dernier. Sans aucun doute, c'est le combat le plus difficile de ma vie jusqu'à présent. Mentalement et physiquement, je peux honnêtement dire que j'ai touché le fond. J'étais sous terre. J'ai vraiment douté de mon avenir." Lourds de sens, ces mots illustrent aussi tout ce que de dangereux a le métier de cycliste.
Patrick Evenepoel, le père du coureur de la Soudal Quick-Step a vu de près les conséquences de cette épreuve sur le mental de son fils. "Ce n'est pas toujours tout rose. Il faut garder en tête que ça peut se finir un jour", a-t-il rappelé sur le plateau de nos confrères belges de RTL. Malgré des moments très sombres à 25 ans, Evenepoel va retrouver la route pour la semaine des Ardennaises, ces courses qu'il aime tant et qui ont participé à construire sa légende. Pour autant, il va falloir être patient avec lui.
Quand on connaît deux grosses chutes, on a envie de tout plaquer
Comme un rappel que la chute n'épargne personne, le Belge va croiser la route de Wout van Aert, ce vendredi sur la Flèche Brabançonne, lui aussi pas épargné par les gamelles ces derniers temps. En février dernier, notre consultant Steve Chainel tirait les conséquences de la reprise du coureur de la Visma-Lease a bike sur le Tour d'Algarve. "On sent qu’il y a un changement d’attitude par rapport aux chutes qu’il a eues la saison passée", pointait l'ancien coureur professionnel. Dans le cas de Remco Evenepoel, nul ne sait encore comment il va s'en remettre dans la tête et dans son attitude.
David Moncoutié, ancien coureur de la Cofidis et consultant pour Eurosport, a lui aussi connu des moments difficiles avec deux chutes enchaînées en très peu de temps à 32 ans. "J'étais un peu dans la même situation que lui (Evenepoel). Quand on connaît deux grosses chutes, on a envie de tout plaquer. On se dit qu'on est maudit, que c'est un sport dangereux. On travaille énormément et tout peut être anéanti pour une chute. Au niveau mental, c'est compliqué à traverser", confie l'ancien meilleur grimpeur de la Vuelta en 2005.

Un retour prudent ?

La convalescence enfin passée, il est l'heure de retrouver les pelotons. Car malgré la chute, il faut toujours savoir se relever, selon les multiples expressions que l'on retrouve sur ce sujet. Là où en temps normal, on pourrait voir en Remco Evenepoel un candidat pour concurrencer la suprématie de Tadej Pogacar, le contexte de reprise fait qu'il ne va pas falloir s'attendre à des miracles dès cette semaine. Le rouleur belge ne se berce d'ailleurs pas d'illusions. "Je n'y vais pas avec des objectifs précis, le plus important est de retrouver le rythme de la course après tout ce temps", a-t-il déclaré sur le site de son équipe. Au-delà du rythme et de la condition, il va falloir surmonter des appréhensions.
"Quand on reprend la compétition, on a tendance à moins aller frotter. Sur les classiques ardennaises, ça peut être un souci. Après, il faut peut-être attendre des jours de course, reprendre confiance dans un peloton et que tout se déroule bien pendant quelques temps", poursuit notre consultant, qui ne voit pas le Belge jouer un premier rôle sur ses courses de reprise. Mais plutôt l'occasion de relancer sa saison qui doit culminer en juillet prochain, au Tour de France, grand objectif de 2025 après sa 3e place l'an passé.
Remco ne vient pas pour finir 34e
Mais l'essentiel est sûrement ailleurs. L'aspect sportif paraît bien dérisoire à côté du bien-être mental d'un homme. "Pour moi, le plus important c'est qu'il est de nouveau bien dans la tête, de nouveau la personne que l'on connaît. On a quand même vécu pendant deux ou trois mois pendant lesquels on ne le reconnaissait pas", s'est réjoui son père, qui ne voulait pas mettre la pression sur son fils. Ce vendredi, Remco Evenepoel retrouvera les pelotons non loin de chez lui dans la banlieue de Bruxelles.
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Remco Evenepoel avait pris la 6e place sur la Flèche Brabançonne en 2022, sa seule participationn à ce jour

Crédit: Getty Images

"Il est compétitif. Ses blessures font partie du passé. Il est totalement rétabli, a confié son entraîneur Koen Pelgrim à la Dernière Heure. Mais si nous considérons 100% comme étant sa meilleure forme, il est évident qu'il n'y est pas encore." Malgré cela, le champion belge ne se contentera pas de rester dans les roues. "Remco, c'est Remco, il ne vient pas pour finir 34e", a tenu à rappeler son coach. A vrai dire, même une 34e place serait une victoire à nos yeux, à la vue des épreuves qu'il a surmontées. Roule Remco, roule.
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