Cyclisme - "Un paquet de tarés" mais pas seulement : Coureurs, fabricants, organisateurs et UCI, tous responsables de la sécurité

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Ces derniers mois, les chutes choquantes aux conséquences graves se sont multipliées, remettant sur le devant de la scène le débat piquant de la sécurité des coureurs. Si les instances et les organisateurs sont souvent pointés du doigt, parfois à juste titre, il faut aussi regarder du côté des coureurs eux-mêmes et des fabricants qui repoussent les limites d'un matériel toujours plus efficace.

Adieu chicane : voici la nouvelle approche de la Trouée d'Arenberg

Video credit: Eurosport

Des vélos enchevêtrés, des coureurs au sol agonisant, dont Jonas Vingegaard et Remco Evenepoel. Il y a un an presque jour pour jour, le cyclisme professionnel vivait des moments choquants lors du Tour du Pays basque, un an après le décès de Gino Mäder dans la descente de l'Albulapass sur le Tour de Suisse en mai 2023. En Espagne, lancé à pleine vitesse dans la descente d'un col, le coureur de la Lidl-Trek Natnael Tesfatsion a glissé dans le virage, entraînant un carambolage impressionnant dans le peloton, laissant craindre le pire pour les coureurs touchés dans leur chair. Tout le monde avait alors appelé à une prise de conscience. "Trop c'est trop", laissait-on entendre chez les acteurs de la petite reine. Alors en un an, qu'est-ce qui a changé ?
Eh bien, pas grand-chose, à vrai dire. Douze mois plus tard, toujours les mêmes images de chaos et de coureurs qui prennent des risques inconsidérés pour leur sécurité et celle des autres. À la même période, on compte quasiment autant de blessures sur chute que l'an passé. Au 9 avril, 129 coureurs professionnels ont été victimes de blessures, selon le décompte de Pro Cycling Stats, l'an passé à la même époque, ils étaient 135.
Entre temps, les coureurs ont réclamé à cor et à cri des ajustements parfois ubuesques. Dans la précipitation, quelques jours avant Paris-Roubaix 2024, le syndicat des coureurs avait exigé que l'entrée sur la Trouée d'Arenberg ne se fasse plus à pleine vitesse, comme c'était le cas jusqu'à lors. En ultime recours, les organisateurs avaient dégainé une chicane, qui avait largement fait polémique, mais passée sans encombre lors de la course. Cette année, l'Enfer du Nord a pu préparer son coup et empruntera une déviation pour faire ralentir les coureurs. L'UCI (Union Cycliste Internationale), quant à elle, a introduit un système de cartons jaunes pour sanctionner les coureurs au comportement dangereux. Voilà pour l'actualité. Et les acteurs dans tout ça ?

Les coureurs : "Il y a un paquet de tarés"

Selon l'expression consacrée : "ce sont les coureurs qui font la course", il faut donc forcément évoquer la responsabilité des coureurs eux-mêmes dans la dangerosité moderne. Pour prendre un exemple très récent : la classique Bruges-La Panne du 26 mars dernier. Lancé à pleine vitesse sur un circuit urbain qui ne laissait pas de place à tout le monde, le peloton a connu trois chutes d'une rare violence dans les cinq derniers kilomètres, qui ont relancé un débat récurrent récemment. 
Ulcéré par ce à quoi il assistait, Steve Chainel, alors aux commentaires sur Eurosport n'avait pas épargné les acteurs de la course. "Les mecs ont fait n'importe quoi ! On peut critiquer tout ce qu'on veut, là les coureurs ont vraiment fait n'importe quoi, avait-t-il lancé. Au lieu de freiner et d'anticiper… T'es trentième à la flamme rouge pourquoi tu forces le passage en bourrinant depuis derrière ? Ta course est finie, tu ne gagneras pas. C'est sûr qu'il y a un paquet de tarés dans le peloton."
Dans le flou général, les coureurs ont tous voulu se placer avant un rétrécissement entraînant la chute d'une quinzaine de coureurs à haute vitesse. Après la course, le jury des commissaires a sévi en sanctionnant d'un carton jaune Michael Swharzmann (Israel-Premier Tech), Alexander Kristoff (Uno-X Mobility) et Jonathan Milan (Lidl-Trek), deuxième de l'épreuve. Bis repetita sur le Grand Prix de l'Escaut, ce mercredi. Une chute collective a été causée par Warre Vangheluwe (Soudal-Quickstep) qui a eu l'imprudence de se retourner alors qu'il était en tête de peloton et a été sanctionné d'un carton jaune pour ce comportement dangereux. Pour poser une autre pierre dans le jardin des coureurs, on pourrait évoquer leurs difficultés à lire des panneaux et à ne pas se tromper de parcours, comme sur la Faun-Ardèche Classic ou le Tour d'Algarve, en février.
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Une erreur d'attention qui coûte cher : grosse chute à 12 km de l'arrivée

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Les fabricants : "Ils mettent gravement en danger les coureurs"

Aller toujours plus vite, être toujours plus aéro, avoir le vélo le plus léger possible. Cette course au moindre watt a des effets délétères sur la sécurité. Toujours plus rigides et légères, les montures des coureurs leur font effacer des tablettes tous les records. "Les gens qui mettent ce matériel à disposition mettent gravement en danger les coureurs, déplore Thierry Gouvenou, directeur technique d'ASO dans Bistrot Vélo. Il faut quand même s'en rendre compte. On atteint des vitesses incroyables, notamment dans les descentes de col. On passe les 100 km/h dès la moindre ligne droite. Ça va trop vite."
L'ancien coureur de la Bigmat préconise d'agir sur le matériel pour ralentir les coureurs au lieu d'attendre "des cartons tragiques". "J'en appelle, notamment à l'UCI, de faire des choses, de prendre des mesures.(...) Il faudrait faire attention aux pneumatiques, aux jantes, à la largeur des guidons. Il faut enlever de l'aérodynamisme pour freiner les coureurs. Après, certains parlent de braquet, mais si déjà on remet quelque part du vent face aux coureurs, on va les ralentir et on aura beaucoup moins de problèmes."
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Gouvenou "ne voit pas Pogacar vainqueur" : "Il va atteindre ses limites, sentir la douleur"

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Les organisateurs et l'UCI : "La sécurité des coureurs est une priorité"

Les organisateurs doivent composer avec des contraintes de plus en plus nombreuses. "On essaie de passer dans des endroits où les maires voudraient que les automobilistes passent à 30 à l'heure. On essaie de passer à 60, 65. Forcément, à un moment donné, ça clashe", explique celui qui dessine notamment le parcours du Tour de France. Les coureurs pointent souvent du doigt la dangerosité des tracés. Benjamin Thomas (Cofidis) s'est indigné du circuit final de la 1re étape du Région-Pays de la Loire Tour à La Baule en story Instagram. "Préoccupé par la dangerosité du circuit", a écrit le rouleur français au sujet du circuit urbain et sinueux proposé par les organisateurs.
Il est vrai qu'il n'est pas rare d'être surpris par la dangerosité et la teneur des parcours proposés aux pelotons professionnels. Par exemple, cette arrivée du Tour de la Provence à Arles où Pascal Ackermann (Israel-Premier Tech) a été surpris... par un dos d'âne alors qu'il était lancé à pleine vitesse dans son sprint. Ce genre d'arrivée ne devrait plus exister, une initiative d'un contrôle indépendant des parcours par un ancien coureur est actuellement à l'étude.
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Quelle frayeur : la chute spectaculaire d'Ackermann en plein sprint

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Quand ce ne sont pas les arrivées, c'est le parcours en lui-même. Sur la 3e étape du Tour du Pays basque, les organisateurs et les commissaires ont remis une pièce dans la machine du "on n'y comprend plus rien". Alex Aramburu avait fait fi des panneaux et des signaleurs pour s'adjuger l'étape, en être déclassé ensuite, puis se la voir réattribuer par les commissaires qui ont jugé que le coureur de la Cofidis n'avait commis aucune erreur. Un cas intéressant. Faut-il suivre ce qu'il y a écrit sur le papier ou faire attention à ce qui se trouve sur la route ?
Du côté de l'UCI, on indique travailler sur de nombreuses pistes via sa Commission SafeR qui réunit les organisateurs, les équipes, les coureurs et l'UCI pour trouver des solutions. Avancée majeure : le système de cartons jaunes introduit, qui est censé sanctionner les coureurs pour des comportements dangereux pour la sécurité de la course. Selon le nombre de cartons reçus, les coureurs peuvent être suspendus en cas de récidive.
Ainsi, depuis le début de la saison, 48 cartons ont été distribués. Kaden Groves (Alpecin-Deceuninck) et Danny van Poppel (Red Bull-Bora-hansgrohe) sont les deux seuls à avoir été sanctionnés par deux fois. "La sécurité des coureurs est une priorité. Nous sommes tous unis pour cette cause et continuerons de progresser dans ce sens en 2025 et au-delà", déclairait son président David Lappartient, en janvier. Mais dans les faits... Le temps presse et le consensus difficile à trouver.
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