Fléche Wallonne - Jean-Baptiste Quiclet (Decathlon CMA CGM) sur l'OVNI Paul Seixas : "On s'interdit de le catégoriser"

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Ce mercredi, Paul Seixas partira à l'assaut du Mur de Huy dans la peau d'un outsider. Le vainqueur du Tour du Pays basque enchaînera ensuite avec Liège-Bastogne-Liège pour les retrouvailles avec Tadej Pogacar. Jean-Baptiste Quiclet, directeur de la performance de Decathlon CMA CGM, se penche sur l'évolution du coureur de 19 ans et assure que pour le Tour de France, tout est encore possible.

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Que s'est dit Paul Seixas quand il a découvert le Mur de Huy ce mardi matin ? Que l'effort violent qu'il faut s'infliger pour triompher de la Flèche Wallonne n'était pas tout à fait ce qu'il appréciait le mieux ou que, comme partout ailleurs, il allait encore une fois surprendre et dégainer une nouvelle flèche à son arc ? Mardi, c'est Jean-Baptiste Quiclet, le directeur de la performance de Decathlon CMA CGM, qui a pris soin de parler pour lui. C'est qu'autour de Seixas, l'actualité brûle avec en point de mire le Tour de France.
De l'extérieur, Paul Seixas semble plus fort à chaque fois qu'il vient en compétition. Les chiffres le confirment-ils ?
Jean-Baptiste Quiclet : À chaque nouvelle situation, il a souvent dépassé et bien dépassé les attentes. Comme il y a différentes allures, différents types d'ascension, différents types de courses, c'est compliqué de faire une synthèse assez claire en disant qu'il n'y a pas eu de rupture dans sa progression, mais c'est clair qu'à chaque fois qu'il arrivait en course, il était plutôt opérationnel.
Vous a-t-il bluffé sur ce début de saison 2026 ?
J.-B. Q. : Je ne suis pas super à l'aise de dire qu'il a bluffé, mais comme on le connaît depuis les cadets 2 (16 ans, ndlr) et qu'on a toujours écrit son projet à long terme et imaginé différents scénarios, je peux dire qu'on est sur le scénario le plus optimiste dans sa progression. Quand on est en contact tous les jours avec lui, on ne peut pas deviner, mais on a plutôt le sentiment de valider étape par étape. Il est sur une courbe haute dans le développement. Il n'y a pas eu de blessures, de maladies, ça permet d'aborder les choses sans interruption. Son plan d'évolution est aussi en fonction de ses ambitions. Par exemple, il voulait donner une place importante aux courses d'un jour, son calendrier s'est adapté. Il ne fallait pas faire l'erreur de courir après tout.
Parlons du Tour du Pays basque, l'équipe avait ciblé les deux premières journées comme celles qui devaient lui permettre de faire une différence au classement général. Il y avait tout de même du très beau monde sur cette course, et pourtant, Paul a survolé ces deux premières journées…
J.-B. Q. : On avait clairement identifié le contre-la-montre individuel qui était un temps de passage, un exercice de développement interne à sa carrière. Un exercice sur lequel on investit depuis ses jeunes années. C'était important de tout mettre en place pour être vraiment bien. On a fait le travail avec l'innovation, la préparation et les entraîneurs. Sur la deuxième étape, il a attaqué là où la course offrait un parcours proche de sa spécificité. Et ensuite, il y avait l'idée d'un développement collectif avec l'envie de contrôler la course. C'était un apprentissage. C'est dur à percevoir pour le grand public mais c'est extrêmement difficile. C'était aussi un marqueur de progression que l'on s'était fixé. On n'a pas vu ça comme une contrainte, mais plutôt comme une opportunité de faire progresser le groupe.
Aujourd'hui, si l'on devait définir Paul Seixas, que dirions-nous ? Qu'il est un grimpeur-rouleur ?
J.-B. Q. : On s'interdit de le catégoriser. La Flèche Wallonne pourra nous donner encore d'autres indices. On est vraiment curieux de le voir au milieu des meilleurs puncheurs du monde. Ce qui semble évident, c'est qu'il arrive à reproduire les performances qu'il fait en montagne sur le vélo de chrono. C'est vraiment une qualité rare, donc effectivement grimpeur-rouleur, ça serait sa signature. Mais on demande encore à voir sur d'autres situations et d'autres types d'efforts.
Ce mercredi, ce sera la Flèche Wallonne et le Mur de Huy. On entend que le punch pourrait être son point faible. Qu'en pensez-vous ?
J.-B. Q. : C'est ce qu'il pourrait laisser percevoir. Il y a la notion de force et la notion d'explosivité qui ne sont pas exactement les mêmes. Paul est fort mais peut-être pas ultra-explosif. Une chose est sûre, c'est quelqu'un de très résistant à la fatigue. Peut-être pourrait-il perdre quelques mètres sur les purs puncheurs, mais compenser après quelques secondes. Là encore, on est dans l'interdiction de le catégoriser.
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Donc sur La Flèche, un peu comme au Pays basque pour l'équipe, c'est aussi une manière d'en savoir plus tout simplement ? 
J.-B. Q. : Exactement. Tant qu'on n'a pas bouclé la boucle de tous les formats de courses, on est toujours dans l'envie de découvrir et surtout de ne pas être affirmatif sur les choses parce que ce qu'il se passe en entraînement est une chose, mais ce qu'il se passe en course est encore différent. On veut aller de découverte en découverte et quand les choses seront très claires sur les points forts et les points faibles, on passera dans une deuxième phase d'optimisation.
Finalement, c'est peut-être sur l'enchaînement des grands cols sur les plus grandes courses avec le stress mental et physique qu'elles génèrent que vous manquez d'informations…  
J.-B. Q. : Les grands cols interviennent sur les plus grandes courses. C'est compliqué de se projeter mais ce ne serait pas logique d'être fort sur 20 minutes et pas sur 45. Après, c'est l'environnement qui évolue, la haute montagne, les conditions météorologiques.
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Vous nous voyez venir : est-ce qu'il est prêt physiquement, au-delà de toutes les autres considérations, même si justement elles ont au moins autant d'importance, pour une course de trois semaines ? 
J.-B. Q. : Sur ça honnêtement, je ne peux pas me prononcer. C'est tellement particulier que personne n'a vraiment la réponse mis à part lui peut-être. Nous, on prend secteur par secteur, physique, mental, la nutrition et on voit comment les choses évoluent. Des choses vont plus vite, d'autres moins et c'est la synthèse de tout ça qui permettra d'émettre un avis.
Si vous avez un plan avec lui, difficile de considérer qu'il n'a pas validé toutes les étapes jusqu'ici…
J.-B. Q. : Oui, mais il y a des choses qui sont perceptibles en course et d'autres qui sont des axes de progression, des éléments qu'on a identifiés en dehors des courses. C'est une partie non visible, ce qui est complètement normal, du grand public ou des observateurs. On est toujours obligé de remettre les choses dans leur contexte avant d'émettre un avis et encore plus particulièrement sur un jeune coureur à l'abord d'un grand tour.
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Récemment, il s'est dit que Paul pourrait prendre le départ du Tour de France et l'abandonner au bout de deux semaines. Quel crédit donnez-vous à cette idée ?
J.-B. Q. : Là-dessus, je n'ai pas vraiment de commentaire à faire. Prendre le départ d'une course pour déjà imaginer l'abandonner, je ne suis pas sûr que ce soit le meilleur mécanisme pour tous les coureurs. Aujourd'hui, comme ça, schématiquement, ça ne me paraît philosophiquement parlant pas adapté.
L'an dernier, vous évoquiez la possibilité que Paul Seixas ne fasse aucun grand tour en 2026. Est-ce encore d'actualité avec ses performances actuelles et tout le bruit qui l'entoure ? 
J.-B. Q. : Tous les scénarios restent possibles. On reste fidèle à l'écriture de son plan. Liège et la Flèche vont nous donner des indications mais ce n'est pas directement corrélé aux résultats sportifs. C'est aussi corrélé à de multiples axes physiologiques ou psychologiques. Forcément, sa progression et ses résultats appellent au commentaire, mais on se sent obligé de rien et la décision qui sera prise sera la meilleure puisqu'elle sera une décision commune. Tous les scénarios sont sur la table. 
Est-ce facile de garder la tête froide dans cette séquence ?
J.-B. Q. : On a l'avantage, je dirais, dans l'équipe d'avoir une solide expérience. On a vécu les années Romain Bardet, Jean-Christophe Péraud. Sur les années Bardet, on s'est battu plusieurs années de suite pour le podium du Tour de France donc les enjeux d'un coureur charismatique français, on les a déjà vécus. On connaît Paul depuis qu'il a 16 ans, et quand il est avec nous dans la vie de tous les jours ça reste un jeune coureur en progression. Alors, il faut faire un exercice intellectuel pour faire abstraction de cette effervescence qui est la bienvenue, qui est intellectuellement stimulante. On sait plutôt bien gérer tout ça. Dominique Serieys (le manager général de Decathlon CMA CGM) a gagné sept fois le Dakar, il a managé les meilleurs pilotes du monde. Il y a une accoutumance à la réussite dans le staff de l'équipe.
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