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McNulty, la relève américaine

McNulty, la relève américaine

Le 23/04/2019 à 11:12Mis à jour Le 23/04/2019 à 12:17

FLÈCHE WALLONNE - Pour son 21e printemps, Brandon McNulty (Rally UHC Cycling) découvre les Ardennes après avoir affirmé son immense talent en Sicile, autre terre historique du cyclisme. Le kid de l’Arizona doit ramener la bannière étoilée au sommet. Portrait.

"Évidemment, le Tour. Et peut-être un titre de champion du monde du contre-la-montre ? Ce serait le rêve, expliquait-il en février, lorsque je l’invitais à se projeter sur ses ambitions cyclistes dans un hôtel de Mascate, à l’occasion du Tour d’Oman (il a terminé 9e de l’épreuve, dont il était le plus jeune participant). Mais l’an dernier, j’ai fait les courses World Tour au Canada, et ça fait partie des moments où je me suis le plus amusé. Donc ça m’a donné envie de m’y essayer, plutôt que de ne faire que du chrono et de la montagne."

Au-delà du "fun" dont le jeune garçon de Phoenix a profité, cette expérience canadienne s’est traduite par de jolis résultats (16e puis 24e sur les Grands Prix de Québec et Montréal). McNulty se permet ainsi d’élargir sa palette de jeune talent, identifié depuis plusieurs années comme "The Next Big Thing" aux États-Unis et couvé depuis trois saisons par Rally UHC Cycling, structure qui monte quand le reste du cyclisme américain tire la langue.

"Quand je me suis dressé sur les pédales, je me disais simplement : ‘Wow!’"

L'Américain Brandon McNulty (Rally UHC Cycling Team) à l'occasion du Tour d'Oman 2019

L'Américain Brandon McNulty (Rally UHC Cycling Team) à l'occasion du Tour d'Oman 2019Getty Images

Début 2018, à même pas 20 ans, il fraye pour la première fois au milieu des coursiers World Tour à l’occasion du Tour de Dubaï. On le retrouve à l’avant dans la 4e étape vers Hatta, mais, depuis les tentes climatisées installées sur le barrage d’arrivée, les observateurs sont sûrs de leur fait : ces échappés n’ont rien à espérer face au peloton qui rugit derrière eux à l’approche d’une arrivée spectaculaire, sur une rampe de moins d’un kilomètre mais avec des passages flirtant avec les 20%. Dernier rescapé, McNulty n’est repris que dans les 100 derniers mètres...

L’Américain a semé ses promesses au Moyen-Orient, en Espagne, en Alsace… Mais c’est bien aux États-Unis qu’il avait signé sa performance la plus notable avant de glaner ses galons siciliens ce printemps : 7e de son premier Tour de Californie, malgré une crevaison dans le chrono, en prenant la 4e place de l’étape-reine à South Lake Tahoe. "La course la plus difficile que j’avais jamais disputée, une étape de montagne de 200 km et au sommet de la dernière ascension, j’avais encore les jambes pour attaquer, se souvient-il. Alors quand je me suis dressé sur les pédales, je me disais simplement : ‘Wow!’"

La génération d’après les Armstrong Boys

Avec pareilles références, McNulty est une cible de choix dans la chasse aux jeunes talents que les grandes écuries se livrent de plus en plus férocement. "Plusieurs équipes du World Tour étaient intéressées, mais…" Le jeune Américain laisse sa phrase en suspens. Il a déjà étayé sa volonté de "ne pas aller trop vite. Je pense que beaucoup de talents avancent très vite, en tout cas sur la scène américaine beaucoup de juniors étaient très forts, sont partis directement en Europe, avec un gros programme, et ils se sont cramés. Je veux éviter ça."

Brandon McNulty

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Ses idoles de jeunesse lui ont montré qu’il était possible de s’élever très vite au sommet du cyclisme. "Je pense que les premiers coureurs qui m’ont inspiré sont Cavendish, quand il gagnait le maillot vert et était juste le meilleur, et puis les Schleck et Contador, se souvient-il. L’année où ils se retrouvent en duel sur le Tourmalet (2010), j’adorais. Ensuite, tu apprends certaines choses, et peut-être qu’il n’aurait pas fallu les apprécier autant… Pas forcément Cavendish, mais tout le monde était un peu… On va dire que c’est une époque où tu ne sais pas."

Pour les années précédentes, on sait clairement, mais Brandon McNulty n’était qu’un marmot lorsque Lance Armstrong décrochait ses succès viciés sur le Tour de France. Il ne fait pas partie de tous ces jeunes inspirés par le grand méchant du cyclisme, et peut-être rejoindra-t-il un jour Greg LeMond parmi les Américains figurant au palmarès de la Grande Boucle (et peut-être même y restera-t-il), son entourage y croit dur. Il lui reste beaucoup à apprendre, mais McNulty a quelques coups d’avance.

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