Giro 2026 - "Ils ont sauté un par un", "impossible de revenir" : Une 15e étape folle, quatre héros et des KO
Mis à jour 24/05/2026 à 19:42 GMT+2
Le Giro est toujours capable de nous surprendre. Alors qu'on imaginait un sprint limpide pour le gain de la 15e étape à Milan, un quatuor s'est joué la victoire au prix d'une résistance héroïque dans le circuit final. Piégé, le peloton et les sprinteurs n'ont pas trouvé d'explication, hormis que les fuyards étaient trop forts. Chez Dversnes Lavik et Uno-X, le plan murissait depuis 2 semaines.
Peloton piégé, Magnier frustré et Dversnes en costaud : les temps forts de l'étape
Video credit: Eurosport
Parfois, le sport se montre magnanime. Il récompense les vaillants, ces attaquants téméraires au pouls affolé, mus par ce défi lancé au peloton, à la meute de limiers. Sur ces profils étalés, sans saillie pour relever le plat, le rêve n'a pas sa place. Ce terrain est propriété des grosses cuisses, des casques effilés, des trains ordonnés. Alors, voir ce quatuor triompher du loup, coincer le peloton dans ses tergiversations, a décuplé le plaisir de la foule. Tant pis si Paul Magnier (Soudal Quick-Step) n'a pas accroché de troisième bouquet, qu'il reste encore menacé par Jonathan Narvaez dans sa quête du maillot cyclamen. La victoire de Fredrik Dversnes Lavik (Uno-X – Mobility) a exhumé ce souvenir chéri et des fois trop jauni des courses excitantes enlevées au prix d'un scénario de folie.
Dversnes Lavik, Mirco Maestri, Mattia Bais (Polti VisitMalta) Martin Marcellusi (Bardiani CSF 7 Saber). Quatre coureurs, quatre héros partis pour un raid insensé de 150 kilomètres en direction de Milan. Le soleil, brutal et zénithal, a accompagné ces quatre fuyards sur un rythme à vous défriser la crinière. Plus de 51 km/h de moyenne. Pour tenir à cette vitesse-là, il a fallu compter sur une coopération de tous les instants, des esprits tournés vers le bien commun, jusqu'aux derniers hectomètres. Beaucoup l'ont expérimenté, peu y ont excellé comme ces quatre-là.
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Dversnes surprend le peloton à Milan : revivez l'arrivée en vidéo
Video credit: Eurosport
Peur du peloton, temps gelés, tension exaltée
Au sein du peloton, les débats fourmillaient autour d'une autre préoccupation. À croire que la victoire, comme beaucoup l'entendaient, allait lui tomber comme baie dans le bec. Anticipant un sprint houleux dans la capitale lombarde, les équipes de leaders, la Visma – Lease a Bike du maillot rose Jonas Vingegaard en tête, ont poussé pour avancer le gel des temps. Une première discussion a débouché sur la banderole des 5 derniers kilomètres. Pour "Vingo" et ses frelons, la ruche n'était pas encore sauve. Le bras de fer engagé, l'organisation, en discussion avec Vingegaard en personne dans le final, a opté pour le dernier passage sur la ligne, à l'entame du dernier tour de circuit (16 km).
Une décision vraisemblablement également nourrie par l'absence de cellule de pointage à 5 km. Au milieu de ces délibérations, les quatre échappés ne faisaient que peu de cas de la supposée dangerosité du circuit urbain, qui a pourtant épargné les coureurs en louvoyant à l'écart du centre historique et de ses routes cabossées et sinueuses. "Il y a toujours des bouches d'égout, quelques trous qui se créent avec l'usure, rappelle Rémy Rochas (Groupama – FDJ United). Le gel des temps a été une très bonne chose. Il faudrait anticiper quand on a des circuits urbains parce que ça a créé énormément de stress. Passer d'une autoroute à un circuit urbain, ce n'est pas anodin. Le premier tour déjà je trouvais que c'était très dangereux."
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Fallait-il geler les temps de l'étape ? "Il n'y avait aucun danger..."
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Des explications qui ne convainquent pas le jeune retraité Philippe Gilbert, qui a connu des parcours autrement plus périlleux. "Ça fait partie du cyclisme, il faut arrêter, s'agace notre consultant dans l'émission les Rois de la Pédale. J'ai fait 20 ans chez les professionnels. Des circuits dangereux, j'en ai connu. Là, ce n'était pas dangereux du tout." Des atermoiements qui ont pu servir d'excuses à certains qui, notamment dans les rangs d'Unibet Rose Rockets, avancent le poids des motos pour expliquer l'allure phénoménale soutenue par les échappés.
Ils ont roulé très vite, derrière on était à fond
Même s'il ne veut pas verser dans les justifications de petits comptoirs, Paul Magnier (5e, Soudal Quick-Step) a du mal à trouver une explication empirique. "Sur un circuit final, on sait que l'échappée a toujours un petit avantage. Après, je ne m'attendais pas à ce que ce soit aussi dur de rentrer, confie le sprinteur français au micro d'Eurosport. Je ne veux pas réagir trop à chaud mais c'est soit les mecs de devant qui ont fait une performance exceptionnelle, soit qu'on n'a pas été très bons derrières. Je pense que tous les sprinteurs ont utilisé tous leurs équipiers dans ce final, mais ça n'a pas suffi. J'ai vu mes coéquipiers sauter un par un."
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Occasion manquée pour Magnier à Milan : "C'est vraiment rageant"
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La sidération a gagné tout le paquet. Toujours fanny sur cette 109e édition, Jonathan Milan (14e, Lidl – Trek) a pourtant envoyé au front tous ses seconds. Même l'infatigable rouleur Derek Gee a rapidement baissé le casque, éreinté par une poursuite que d'aucuns ont jugée perdue d'avance. "Cette échappée était vraiment très impressionnante. Ils ont roulé très vite, derrière on était à fond, a reconnu, presque interdit, l'Italien à notre micro. Il y avait beaucoup d'équipes qui roulaient. C'était pratiquement impossible de revenir. Non il n'y avait pas d'erreur de notre part, nous avons tous bien collaborés."
Le plan d'Uno-X, l'audace insolente de Dversnes Lavik
Au lieu de chercher l'erreur, il fallait surtout dénicher ce qui se tramait dans les rangs d'Uno-X depuis le départ en Bulgarie. "Ça fait deux semaines que Fredrik (Dversnes Lavik) plaisante en évoquant cette 15e étape, qu'il veut jouer avec le peloton avec un petit groupe et qu'il va gagner l'étape, a livré dans un grand sourire le manager de la formation scandinave, Thor Hushovd. Quand il restait 12-13 kilomètres, je sentais que ça pouvait aller au bout."
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Fredrik Dversnes Lavik tout sourire sur le podium de la 15e étape du Giro
Crédit: Getty Images
Le lauréat du jour abonde, toujours pour Eurosport : "Je plaisantais toute la semaine sur le fait qu'on pouvait battre le peloton. Je voulais essayer et je suis très heureux d'être parvenu à le faire. À deux-trois tours de l'arrivée on avait encore 2 minutes d'avance, et je me suis dit que ça allait être dur pour eux de nous les reprendre sur ce circuit. Après vous ne pouvez pas trop y penser non plus pendant l'effort." Un effort titanesque, digne de ces exploits qu'on voit très rarement. Alors, quand on les vit, il faut en profiter pleinement. Piéger le matou reste le plaisir coupable de beaucoup. Surtout en le désossant à la loyale. Dans un sens, les âmes fébriles avaient bien raison de craindre ce satané final.
Plus de détails
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Étape 15 | PlatVoghera → Milano / 157 km
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F. DversnesTerminé
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