La retraite de Julian Alaphilippe : Juste un gamin… jusqu'au bout
Eurosport sur GoogleDans les quelques mots qu'il adresse au public dans le communiqué d'annonce de sa retraite à 34 ans, Julian Alaphilippe rappelle d'où il vient. De Saint-Amand-Montrond au sommet du cyclisme mondial, sa trajectoire fut singulière à plus d'un titre. Loin des talents que l'on voit éclore de loin, le Français ne s'attendait à rien, sinon à s'amuser en faisant ce qu'il aimait le plus au monde.
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Julian Alaphilippe était-il prédestiné à une telle carrière ? A l'écouter, absolument pas. "Je suis un gamin de Saint-Amand-Montrond qui a débuté par le cyclo-cross et la batterie dans les bals musette aux côtés de son père. Si l’on avait dit à cet enfant qu’il porterait un jour le maillot jaune pendant quatorze jours et deviendrait double champion du monde, il ne l’aurait jamais cru." Ce gamin-là ne l'a jamais vraiment quitté.
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Il est parfois difficile de comprendre pourquoi un coureur reçoit plus d'amour que les autres. Dans le cas de Julian Alaphilippe, la cause est évidente puisqu'il recevait en miroir l'amour qu'il distribuait au public. Sans ce dernier, sa carrière n'aurait pas été la même, peut-être n'aurait-elle d'ailleurs pas existé tant celui que l'on a fini par communément appeler "Loulou" en avait besoin. "Rien de tout cela ne m’était dû. C’était un cadeau", confie-t-il encore dans le communiqué de l'annonce de sa retraite. Alaphilippe était un enfant qui a mérité chacun des cadeaux que la vie a mis sur son chemin de coureur cycliste.
Pour lui, calculer c'était déjà avoir perdu
Dieu et ses coéquipiers savent quel homme il était quand il portait l'uniforme de l'Armée de terre et le maillot de son équipe cycliste. "Alaf" était avant tout un bon vivant et un excellent camarade. Nourri au biberon du cyclo-cross, il en a conservé l'agilité, le style - ces attaques nucléaires qui ont fait sa réputation et plus tard celle d'un Mathieu Van der Poel - mais aussi et surtout le tempérament. Pour Alaphilippe, calculer, c'était déjà avoir perdu.
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Pour collectionner ses plus grands succès, il lui a fallu apprendre la patience qui lui manquait dans ses premières années mais c'est par nécessité qu'il s'est parfois transformé en tueur clinique plus que par envie. Puisqu'il était le meilleur du monde dans son domaine, Alaphilippe a accepté de faire ce qu'il fallait pour gagner Milan-Sanremo, les Strade Bianche et plusieurs étapes du Tour de France mais il était réellement lui-même seulement quand il lançait la course de loin avec pour seul objectif de la finir cramé, vidé tel un gamin qui avait besoin de se faire mal pour occuper son esprit.
Pourquoi arrête-t-il sa carrière si brutalement ? Car il n'en a plus envie, tout simplement. Parmi toutes ses qualités, la sincérité figure en bonne place et il ne voulait ni mentir aux autres, ni se mentir à lui-même. "J'ai toujours couru à l'instinct, attaqué quand mes jambes me brûlaient déjà et que les chiffres disaient le contraire, dit-il. J'ai pris ma décision de la même manière en me réveillant un matin en stage et en me disant que c'était terminé".
Le lien avec le public, ciment de sa carrière
Ce qui manquera à Alaphilippe, il l'a confié mais on aurait pu le deviner, ce sera la camaraderie, les amis qu'il s'est fait tout au long de la route et ces heures à passer entre coéquipiers avant ou après la course, bref tout ce qui fait que la vie cycliste a un sens. A ses yeux, son titre mondial acquis à Imola aura toujours une place particulière parce qu'il fut dédié à son père mort quelques mois plus tôt mais à Louvain, l'année suivante, il a pu célébrer comme il le voulait, débarrassé du Covid et des restrictions. Rien ne pouvait plus embêter Alaphilippe que les limites.
Ce qu'il retiendra, ce sera donc tout ça mais aussi et surtout le public, celui qui ne l'a jamais abandonné, qui lui a offert un grand moment de communion pour ce qui restera sa dernière course, à Montmartre dans Paris sur le dernier Tour de France. Comme un gamin, il avait besoin de cet amour, le cherchait où il pouvait, soit en gagnant, soit en étant un perdant exemplaire, de ceux qui donnent tout ce qu'ils ont, qui tentent tout ce qui est possible. Ne cherchez pas plus loin la raison pour laquelle il était encore parmi les plus encouragés en juillet dernier.
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Au fil des années, le Français pouvait de moins en moins mais il n'a jamais arrêté d'essayer parce qu'il ne concevait pas le cyclisme autrement. Il avait avec lui le rapport qu'ont les gamins avec leur passion. Ce lien pouvait être un brin dévorant et, on l'imagine, il a connu autant de bas que de hauts, surtout ces dernières années, à l'image d'un ultime Tour de France traversé avec le cœur mais sans les jambes.
Même ses défaites furent symboliques. Au moment de retenir un regret, Alaphilippe rigole et évoque Liège-Bastogne-Liège 2020 et ce sprint complètement raté. "J'ai célébré trop tôt. Cela m'a coûté un Monument. Mais c'est aussi ça, ma nature : je courais avec le cœur sur la main, avec les erreurs que cela implique. Je préfère perdre dix fois en attaquant plutôt que de gagner une fois parce que la voiture de l'équipe m'a dicté ma façon de courir." Julian Alaphilippe n'a, au fond, jamais changé et plus encore que ses victoires, c'est évidemment ce qui restera.
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