Il y avait cette histoire de "scotch sur les mains" pour laquelle Alaphilippe s'est forcé à préciser au départ ce dimanche que "c'était une blague", lassé qu'on lui en parle, sans doute. Quand Julian Alaphilippe a déboulé Quai des Ardennes flanqué de quatre coureurs, les images de 2020 filaient dans les têtes. Comme en 2020, le champion du monde a pris la tête du sprint, comme en 2020, un Slovène l'a remonté. Cette fois, pas de vague, pas d'erreur, pas de photo ridiculement historique. C'est sa classe qu'Alaphilippe a fait parler en félicitant son bourreau, Tadej Pogacar. Il y aurait pourtant de quoi être déçu. Il en rêvait tellement.
Dans un article paru dans L'Equipe samedi, Marion Rousse, la compagne du champion du monde avait eu ces mots en évoquant l'édition 2020 : "Il avait envie d'honorer le maillot, de gagner tout de suite avec... C'est la raison principale de cette grosse bêtise dans le final". En creux, on comprenait : Alaphilippe voulait tellement ce succès, ce jour-là avec ce maillot-là qu'il en avait, quelque part, perdu un peu (beaucoup ?) de lucidité. Ce désir brûlant avait pris le pas sur tout le reste. Six mois plus tard, Alaphilippe a digéré. La déception, la charge supplémentaire du maillot arc-en-ciel. Tout. Et sa manière de courir ce dimanche l'a prouvée.

Alaphilippe est resté sage, très sage

Liège - Bastogne - Liège
Alaphilippe y était presque, la gloire pour Pogacar
25/04/2021 À 14:58
Combien de fois Julian Alaphilippe a-t-il attaqué pendant cette édition de Liège-Bastogne-Liège ? Zéro. Un chiffre peu banal pour un coureur qui renvoie l'image d'un attaquant hyperactif, pourtant plus souvent enclin à faire un seul mouvement juste au bon moment. Ce n'est pas un hasard si La Flèche Wallonne lui va à merveille ou, si par deux fois, il a pris le maillot jaune en début de Tour. Une attaque, la bonne.
Cette fois, il a laissé les autres faire et n'a jamais paniqué. Le peloton aborde la côte de la Redoute à moins de 40 kilomètres de l'arrivée ? Le champion du monde est bien au chaud au cœur du peloton. Et tant pis si les Ineos secouent la course dans ce qui fut pendant de longues années le moment décisif de la Doyenne. Tant pis s'il est un temps piégé dans un second groupe. Tout allait rentrer dans l'ordre se disait-il sans doute.

Et Pogacar a coiffé Alaphilippe sur la ligne : le final haletant à Liège en vidéo

Le scénario s'est répété dans la Côte des Forges ? Pas de panique. Toujours pas. Alaphilippe n'était pas mieux placé. Le peloton arrive au pied de La Roche-aux-Faucons à 15 kilomètres de Liège ? Là, il se montre, dans la roue de James Knox qui mène la meute. Il va attaquer, c'est sûr. Comme en 2020. Non ? Non. Le Français suit l'accélération de Formolo puis celle, décisive, de Woods. "J'avais l'ambition de faire le meilleur résultat possible. J'ai essayé de gérer au mieux mais ça a vraiment été difficile quand la sélection s'est faite", a-t-il reconnu après coup.

Alaphilippe le sait : il reviendra pour gagner à Liège

Les jambes, la seule explication ? Elle ferait écho aux doutes nés de sa performance sur l'Amstel Gold Race quand il n'avait pas pu relancer au sommet du Cauberg et que le bon groupe était parti sans lui. C'est plutôt tactiquement qu'il faut aller chercher pour comprendre l'attentisme du leader de Deceuninck-Quick Step. "Je n'avais pas envie de partir seul ou de faire un coup de bluff à laisser partir un coureur. Pour moi c'était important qu'on arrive groupés", a-t-il assuré. Et si le sprint s'est "bien lancé", Tadej Pogacar a été le plus malin en partant de l'arrière. "Il a pris beaucoup de vitesse, bravo à lui, c'est une superbe victoire", l'a félicité Alaphilippe.
Déçu le Français ? Un peu mais il préfère retenir une belle semaine après sa victoire de la Flèche Wallonne. Il reste sur deux défaites à Liège mais en six mois les sentiments ont évolué. Car ce maillot de champion du monde, cette bourde d'octobre 2020 et la pression qui l'entoure depuis l'ont fait mûrir en tant que coureur et d'homme. S'il refuse de dire que Liège-Bastogne-Liège sera son objectif principal l'an prochain, Alaphilippe le sait : il reviendra. Après tout, il n'était plus monté sur le podium depuis sa première participation en 2015 (2e derrière Valverde). Quand on pensait que tôt ou tard, il dompterait la Doyenne. La certitude est toujours tenace, reste à la transformer en fait indiscutable.
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