La jeunesse flamboyante n’a pas encore tout emporté. Mercredi, on comptait bien deux coureurs de moins de 20 ans dans le peloton de la Flèche Wallonne, et chacun a pris date sur le Mur de Huy : Marco Brenner (18 ans, 24e à l’arrivée) et Ben Tulett (19 ans, 12e) ont toutes les qualités pour y briller pendant les 10 ou 15 années à venir. On trouvait également un quadragénaire : Alejandro Valverde, troisième sur ce sommet des puncheurs, mais qui devrait tout de même prendre sa retraite avant d'attaquer les années 2030.
Dimanche, l’Espagnol fêtera ses 41 ans sur les routes de Liège-Bastogne-Liège. Et, après des saisons 2019 et 2020 plus compliquées, il s’avance à nouveau en prétendant naturel à un cinquième succès liégeois pour parfaire sa collection ardennaise, en plus de ses cinq victoires sur la Flèche.
Les années passent, Valverde impose toujours sa classe. Ironie de l’histoire : si son expertise du Mur lui a permis de gérer au mieux son effort, il faut aussi constater qu’il était terriblement mal placé et privé d’équipiers mercredi dans le final. La Movistar a usé ses cartouches tôt sur un parcours plus musclé que lors des éditions précédentes. Valverde a dû consentir un effort précoce en empruntant un trottoir pour remonter le peloton dans la première partie de l’ascension. À l’arrivée, il ne lui manquait pas grand chose.
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"Il est clair que je suis en grande forme", s’est-il réjoui après avoir félicité Alaphilippe, que le maître espagnol a depuis longtemps identifié comme son successeur au royaume des puncheurs. "Je me sens bien depuis la Catalogne et je l’ai encore montré en étant tout près de Primoz et Julian, je suis très content." Et l’Espagnol de prendre rendez-vous pour dimanche : "À Liège, le placement n’est pas aussi important."

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Plus incontournable que jamais

Dimanche, il devrait retrouver sur sa route quelques habitués, à commencer par ses compagnons de podium mercredi, Julian Alaphilippe et Primoz Roglič. Si le Covid-19 ne s’en mêle pas, il bataillera aussi avec les prodiges Tadej Pogačar et Marc Hirschi (UAE Tam Emirates). À 22 ans, ils peuvent être les plus jeunes vainqueurs de la Doyenne depuis Bernard Hinault (1977) et Steven Rooks (1983). À l’autre extrémité des palmarès, Valverde est déjà le vainqueur le plus âgé à Liège - ou plutôt à Ans, où il a signé chacun de ses quatre succès entre 2006 et 2017, avant que l'arrivée retourne dans la Cité ardente en 2019.
Encore plus jeunes que Pogačar, Mauri Vansevenant et Tom Pidcock (nés en 1999, à une époque où le jeune Valverde faisait déjà ses gammes avec la Banesto) attisent les espoirs belges et britanniques de triomphe historique. La France est amoureuse d’Alaphilippe et attend des merveilles de David Gaudu (24 ans). Le Portugal mise sur Joao Almeida (22 ans) et on comptera une quarantaine de coureurs de moins de 25 ans dans le peloton de la Doyenne. L’Espagne, elle, n’a d’yeux que pour son quadragénaire étincelant.
"Alejandro Valverde reste la référence principale du cyclisme en Espagne, aussi bien en termes de résultats que de répercussions", constate David Garcia, journaliste pour la chaîne Youtube A Pie de Puerto et animateur sur le canal Twitch de La Vuelta. La longévité du Murcian a même ouvert de nouveaux horizons : "En Espagne, on a toujours plus parlé des Grands Tours que des classiques et ça a pu affecter la couverture d’Alejandro Valverde quand il partageait le peloton avec des coureurs comme Purito, Contador ou Samuel Sanchez. Mais ces dernières années, le public espagnol est de plus en plus intéressé par les classiques et a su apprécier les résultats d’Alejandro, en plus de ce qu’il a obtenu en se battant chaque saison sur La Vuelta. Le public qui vient voir une étape espère toujours recevoir un salut de Valverde ou prendre une photo avec lui, et je pense que c’est la meilleure illustration de l’importance de Valverde pour le cyclisme espagnol."
La Vuelta a également lancé son podcast en début de semaine. Naturellement, il fallait un invité de luxe pour marquer le coup et, naturellement, Valverde s’est prêté au jeu. Une demi-heure d’échange sur une vingtaine d’années de carrière : l’occasion pour les deux animateurs de célébrer celui qui a remporté La Vuelta en 2009 (sur les images d’archive, il porte le maillot or de leader, devenu rouge en 2010) et pour Valverde de s’amuser de son âge : "Mes sensations ne me disent pas que j’aurai 41 ans dimanche, on dirait un mensonge ! C’est comme si j’en avais 30. Je vais profiter d’être à 100%."

Alejandro Valverde (Caisse d'Epargne), vainqueur de la Vuelta 2009 devant Samuel Sanchez (Euskaltel-Euskadi) et Cadel Evans (Silence-Lotto)

Crédit: Getty Images

Les petites habitudes de "l'abuelo" Valverde

Fort de son immense palmarès, débarrassé de l’aura de l’Affaire Puerto qui lui a valu une suspension il y a une dizaine d’années, Valverde affiche volontiers sa décontraction. "Aujourd’hui, j’ai fait une heure et dix minutes en deux séances, et je me sens bien, tranquille, avec ma petite bière", racontait-il dans les colonnes d’ElPais en fin de saison 2018, lui-même surpris de sa fraîcheur mentale au bout d’une saison qui l’avait consacré champion du monde, 15 ans après son premier podium à Hamilton, dans la foulée d’un premier podium sur La Vuelta.
Le monde du cyclisme découvrait alors les talents d’un jeune prodige dont on ignorait qu’il garderait si longtemps une si belle condition. Aujourd’hui, les Espagnols connaissent leur "Bala" par coeur. Ils s’amusent des histoires de la "grupeta de Valverde", ce petit peloton d’amateurs qui se constitue lorsqu’il sort s’entraîner près de chez lui. Inlassablement, ces compagnons de route tentent de le lâcher et à chaque fois Valverde les ramène à la raison. Ça lui fait travailler ses intensités. Ensuite, il peut profiter d’un café ou d’une bière.
Les capteurs de puissance, ce n’est pas vraiment sa culture, même s’il en tire parti, surtout à l’entraînement. "El abuelo" ("papy", comme il s’est lui-même décrit) a ses habitudes. "N’importe qui vient me voir et me demande un autographe ou une photo, je le fais sans problème. Enchanté ! Ce que je n’aime pas, c’est être toute la journée sur Twitter", expliquait-il au printemps 2015 à Ciclo 21.
À l’époque, on se demandait déjà combien de temps il continuerait. "J’ai de très bonnes sensations donc je ne sais pas combien de temps je vais continuer", répond-t-il désormais à ceux qui veulent mettre une date sur sa retraite.
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