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Milan-SanRemo, ce mythe qui se refuse aux Belges

Ce mythe qui se refuse aux Belges
Par Eurosport

Le 16/03/2018 à 17:48Mis à jour Le 16/03/2018 à 17:49

MILAN-SANREMO – Pourtant une des nations dominantes du cyclisme, surtout lorsque l’on évoque les classiques, la Belgique traverse une période moins faste en ce qui concerne la Primavera, avec un seul succès depuis 1980, par le moins Belge des Belges, Andreï Tchmil.

18/20. Voilà qui satisferait bon nombre d’élèves dans n’importe quelle discipline. Mais, en matière de classiques, la Belgique est une perfectionniste et voir son bilan en World Tour garni, depuis 2000, de 18 des 20 classiques actuellement au calendrier World Tour est d’une intense frustration. Seuls la Classique de Francfort (dernier succès en 1992) et Milan-SanRemo échappent encore à sa soif de perfection.

Mais si la course allemande ne fait partie du gratin mondial que depuis l’an dernier, la Classicissima est, elle, un des cinq Monuments. L’une des classiques références du calendrier. Le premier grand rendez-vous du printemps. Et pourtant les "Blue Birds" ne comptent que cinq podiums au cours des dix-huit dernières éditions, une vraie anomalie compte-tenu de la densité et de la qualité des coureurs du plat pays. Pourtant, les explications existent.

Des coureurs plus spécialisés qu’autrefois

Il fut certes une époque pour la Belgique archi-dominait Milan-SanRemo, où la "Primavera" pouvait lui revenir 11 fois sur 17 comme ce fut le cas entre 1966 et 1981. Mais c’était alors le temps des coureurs complets, capables de gagner sur tous les terrains, à l’image du grand Eddy Merckx bien sûr mais aussi Roger De Vlaeminck (vainqueur des cinq Monuments), Alfons De Wolf (Milan-SanRemo mais aussi 9e de la Vuelta) ou encore Hermann Van Springel (2e du Tour de France et vainqueur de l’Het Nieuwsblad en 1968).

Mais le cyclisme moderne a fermé la porte à cette polyvalence devenue si rare, à l’exception peut-être d’Alejandro Valverde et Michal Kwiatkowski. L’heure est à l’hyper spécialisation des coureurs et cela conduit forcément à des scénarios de courses plus prévisibles, plus fermés qu’ils pouvaient l’être autrefois. Et à une liste de vainqueurs potentiels bien plus réduite que par le passé, regroupant uniquement des sprinteurs de niveau mondial que la Belgique a rarement eu (à l’exception de Tom Boonen, jamais vainqueur sur la Via Roma) et des puncheurs audacieux rapides au sprint que les Belges n’ont jamais bien exploités, à l’image de Philippe Gilbert (3e en 2011) ou Greg Van Avermaet (5e en 2016, 9e en 2011).

Le podium de l'édition 2011 de Milan-SanRemo : Matthew Goss (au centre), Fabian Cancellara (à gauche) et Philippe Gilbert (à droite).

Le podium de l'édition 2011 de Milan-SanRemo : Matthew Goss (au centre), Fabian Cancellara (à gauche) et Philippe Gilbert (à droite).Getty Images

La Cipressa, cet ajout qui fait si mal

Mais, si les coureurs se sont spécialisés, ils ne sont pas les seuls à avoir évolué. Si le dernier succès de la grande époque belge, par Alfons De Wolf, date de 1981, ce n’est pas un simple hasard. La saison suivante, Milan-SanRemo connaissait une modification majeure de son parcours avec l’ajout des différents Capi : Capo Melle, Capo Cervo et Capo Berta et surtout la Cipressa, avant-dernière ascension de l’épreuve actuelle, 22 ans après celui du Poggio.

Une difficulté supplémentaire censée ouvrir un peu plus la course et offrir plus de possibilité aux puncheurs de décanter la course. Mais n’a-t-elle jamais réellement joué ce rôle ? Depuis 2000, lorsque la décision ne se fait pas au sprint, les attaquants font toujours la décision dans le Poggio, pas avant. Oui, bien sûr, la Cipressa durcit clairement la course mais elle dessert plus les sprinteurs qu’elle n’avantage réellement les sprinteurs. Surtout, elle a tendance à bloquer la course, les coureurs attendant systématiquement ce moment pour bouger.

Un passage majeur ? Oui. Un objectif ? Non

Surtout, on s’aperçoit également que, contrairement à bon nombre de nations, la Belgique a très peu de leaders dont Milan-SanRemo est véritablement le premier objectif de la saison. Souvent considéré à juste titre comme la meilleure carte du siècle pour les "Blue Birds", Tom Boonen y venait plus par nécessité – c’est le premier Monument de la saison – et par souci de se tester sur une longue distance – c’est la plus longue classique du calendrier – avant les Flandriennes. Deux éléments qui expliquent au moins en partie l’absence de "Primavera" au palmarès de Tommekke, tombés deux fois sur un Oscar Freire irrésistible (3e en 2007 et 2e en 2010).

Un constat également valable en ce qui concerne toutes les autres stars belge sur les courses d’un jour. Tandis qu’Olivier Naesen, Tiesj Benoot et Sep Vanmarcke préparent les classiques pavées, Philippe Gilbert, Dylan Teuns et Tim Wellens sont généralement là en prévision des Ardennaises. Seul finalement Greg Van Avermaet a jusqu’ici toujours considéré Milan-SanRemo comme un objectif à part entière. Peut-être parce qu’il court toutes les classiques, un peu à l’ancienne. Sans doute plus car il tourne depuis sa première participation en 2008 (cinq top 20, 5e en 2016). Une vision adoptée depuis peu par Philippe Gilbert en quête de deux derniers Monuments qui lui manquent : Paris-Roubaix et Milan-Sanremo. Et ce, pourquoi pas, dès samedi.

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