Je me souviens que Tom Simpson (1965), deux ans avant le Mont Ventoux, était devenu champion du monde devant Rudi Altig.

Je me souviens que Rudi Altig l’avait emporté l’année suivante sur le circuit du Nürburgring, profitant de la rivalité Anquetil (2e)-Poulidor (3e). Et que Jacques Anquetil avait boudé la cérémonie protocolaire, au plus fort de la rivalité franco-française.

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Je me souviens que le Nürburgring a accueilli trois fois les championnats du monde, comme Valkenburg et Colorado Springs. Contre deux fois pour Sallanches, Vérone, Mendrisio, Renaix, Zolder, Berne et Lugano.

Je me souviens que Louison Bobet avait gagné à Solingen en 1954 devant Fritz Schär et Charly Gaul, première incursion en Allemagne après la guerre.

Je me souviens qu’à Renaix (1963), Benoni Beheyt avait grillé la politesse à son leader Rik Van Looy (qui ne le lui pardonna jamais) en le battant au sprint. Et que, toujours à Renaix (1988), Claude Criquielion avait été balancé dans les balustrades par Steve Bauer et, sur chute, avait manqué un second titre, remporté par Maurizio Fondriest.

Je me souviens que Jean-Pierre Monseré (1970) est mort avec le maillot arc-en-ciel sur les épaules, percuté de plein fouet par une voiture lors d’une course en Belgique. Sur les photos, on voit Roger de Vlaeminck, son coéquipier de Flandria, qui appelle du secours alors que le jeune homme à la gueule d’ange gît inanimé sur le bitume.

Je me souviens que Raymond Poulidor est monté quatre fois sur le podium et plus souvent sur la troisième que sur la deuxième marche. Mais jamais sur la première.

Je me souviens que Lance Armstrong (1993) était à peine connu quand il gagna sous une pluie battante et froide à Oslo.

Je me souviens qu’en 2018, Peter Sagan est venu féliciter Alejandro Valverde sur le podium.

Je me souviens qu’à Agrigente (1994) Luc Leblanc (1er) et Richard Virenque (3e) avaient fait triompher, outre le maillot de l’équipe de France, la marque Festina sur le podium. Et qu’en 1986, Charly Mottet s’était intercalé entre le vainqueur Moreno Argentin et Giuseppe Saronni (3e)

Je me souviens des cheveux longs de Laurent Brochard, l’emportant à Saint-Sebastien en 1997.

Je me souviens que Greg LeMond, en 1983, avait battu Adrie Van der Poel alors que le petit Mathieu n’était pas encore né. Et qu’en 1987, l’Américain avait réalisé le doublé Tour-Championnat. Comme Stephen Roche en 1987, lui-même ayant en prime remporté le Tour d’Italie.

Je me souviens qu’on a attendu jusqu’en 1980, avec Bernard Hinault à Sallanches, le successeur de Jean Stablinski, vainqueur en 1962 à Salo, et d’André Darrigade (1959 à Zandvoort).

Je me souviens qu’Eric Zabel, prince du maillot vert en juillet, n’a jamais réussi à devenir champion du monde.

Je me souviens que Peter Sagan (2015-16-17) est le seul à avoir gagné trois années de suite.

Je me souviens que j’ai oublié le visage et jusqu’au nom de Romans Vainsteins (Plouay, 2000).

Je me souviens que de jeunes Français sont devenus champions du monde chez les amateurs sans vraiment confirmer en passant professionnels : Jean Jourden (1961), Jacques Botherel (1965), Régis Ovion (1971). Alors qu’Eddy Merckx, vainqueur amateur en 1964, a récidivé chez les pros dès 1967 puis en 1971 et 1974.

Je me souviens que Jeannie Longo, entre 1985 et 2001, a été sacrée cinq fois championne du monde sur route et quatre fois contre-la-montre.

Je me souviens qu’au palmarès global, la Belgique aligne 26 titres sur route devant l’Italie (19) et la France (8). Mais que l’Italie affiche 55 médailles, contre 49 à la Belgique et 35 à la France.

Je me souviens que ça se passera dimanche à Harrogate ; que la jeune génération (Evenepoel-Van der Poel) a très envie de bousculer le tenant du titre, Alejandro Valverde, et le triple vainqueur Peter Sagan. Et que, les dimanches de championnat du monde, il vaut mieux ne pas me déranger.

Par Béatrice Houchard - auteur de Le Tour de France et la France du Tour, Calmann-Lévy, 2019

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