"J'aime faire plaisir à tout le monde, mais cette fois, du plaisir, j'en prendrai plus que j'en ai pris, car on réalise qu'un an ça passe vite. Surtout, j'aimerais être comme j'étais avant". Quand L'Équipe a demandé à Julian Alaphilippe ce qu'il ferait s'il doublait la mise aux Mondiaux, il a d'abord évoqué les vacances avant d'avoir ces mots. "Si je suis amené à perdre le maillot, ce sera plus un soulagement qu'une déception" a-t-il aussi ajouté. Tout était dans le "si". Avec Alaphilippe, les rêves existent.
Ne ratez rien de la fin de saison de Julian Alaphilippe en vous abonnant à Eurosport
"Il n'a pas menti, il a vécu une année faite de hauts et de bas. Ça a été une année difficile, une année de bonheur mais difficile à gérer avec son maillot, raconte Franck Alaphilippe, son cousin et entraîneur à RMC. C'est sans doute pour ça qu'il a eu envie de l'abandonner. Mais il fait du vélo pour gagner, on savait qu'une fois sur la ligne, il ferait tout pour le faire". Il avait rêvé d'Imola, de ce premier titre de champion du monde sur un profil tracé pour lui au bout d'une année qui l'avait vu perdre son papa. Le rêve s'était transformé en réalité au bout d'une course maîtrisée par les Bleus et de cette banderille à peine croyable dans l'ultime difficulté de la journée.
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Rêvait-il de Louvain, de ce doublé ? L'approche avait été bonne à l'entendre : "Je suis arrivé détendu mais avec beaucoup de motivation, j'avais l'envie de bien faire. Je savais que les jambes étaient bonnes j'ai bien travaillé ces dernières semaines". Assez pour s'imaginer coupant la ligne le premier ? Non. "Au réveil, je ne m'imaginais pas du tout champion du monde", a répondu Alaphilippe quand on lui a demandé ce qu'il avait ressenti au matin d'une course folle disputée sur un rythme dément.

Alaphilippe : "Merci aux supporters belges, ça m'a donné envie d'appuyer encore plus fort"

C'était horrible, horrible, je me suis fait vraiment violence
Il est écrit que les succès d'Alaphilippe doivent se faire au panache. Comme en 2020, c'est un petit trou creusé dans le dernier tiers de la course qui lui a suffi. Mais il a fallu, et là c'est une constante chez lui, résister à la douleur. "Ce n'était pas prévu. Je ne pensais pas que j'étais capable de tenir jusqu'au bout, dit-il. C'était horrible, horrible, je n'ai pas de mots, il faut que je récupère. Je me suis fait vraiment violence, je pensais à mon petit (son fils Nino né en juin) dans le final. J'ai mis toute la rage. Je n'ai pas de mots !"

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Puisqu'il fallait aller plus loin que ce qu'il pensait être capable de faire, "Alaf'" a été chercher la motivation partout où elle était pour tenir sur ces 17,5 kilomètres interminables. "Beaucoup de supporters étaient pour la Belgique et Wout van Aert dans le dernier tour, ils me demandaient de ralentir et ils n'avaient pas des mots très sympas, je les remercie, ça m'a donné encore plus envie d'appuyer fort sur les pédales", a-t-il souligné après la course, ravivant la flamme de la rivalité entre la France et la Belgique.
Fort, Alaphilippe l'a été. Immense même car cette attaque n'était pas la première de sa journée. La cinquième en fait. Cinq fois il s'est levé avec l'envie de faire mal à ses adversaires. Et comme les petites rivières peuvent devenir de grands fleuves… "Alaphilippe était plus fort que tous les autres, il a attaqué plusieurs fois et à un moment c'était impossible de le suivre", a avoué le grand battu, Wout Van Aert. "Je savais qu'il était fort, mais pas à ce point-là", a surenchéri Florian Sénéchal qui le connaît pourtant bien pour courir avec lui depuis trois ans.

Jamais deux sans trois ?

Toutes les victoires ne se valent pas et celles de Julian Alaphilippe figurent souvent dans le (très) haut du panier. Parce qu'elles sont toujours acquises au prix d'un numéro. Ce sont à la fois ses qualités, son talent et l'adversité qui veulent ça. Le leader de l'équipe de France ne pouvait pas arriver avec Van Aert alors il a tout fait pour s'isoler. Quitte à tout perdre. C'est ce qui fait de lui le coureur unique qu'il est.

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En observateur averti, Bradley Wiggins, consultant pour Eurosport, a plus qu'apprécié. "C'était fabuleux. Quel coureur ! C'était phénoménal. C'est un vrai champion de notre sport. Il anime toutes les courses et là il a volé la gloire de la Belgique. Ce n'est pas comme s'il était resté planqué toute la journée. Il a attaqué et attaqué encore. La dernière, il l'a placée quand tout le monde était fatigué."
"L'an dernier c'était déjà vraiment un rêve pour moi. Cela a été très difficile, mais à la fin, c'était une grande émotion. Je sais ce que c'est de faire un an avec le maillot arc-en-ciel." S'il avoue avoir eu beaucoup de pression sur l'année écoulée, Alaphilippe va peut-être apprendre à vivre avec. Ou bien va-t-il être capable de ne pas refaire les mêmes erreurs. Quoiqu'il arrive, il restera un personnage central du peloton. Statut que son maillot irisé lui confère mais qu'il avait peut-être un peu perdu au profil des duettistes Van Aert et Van der Poel entre autres. Et puis Alaphilippe déborde toujours d'ambitions et se projette déjà sur… les Mondiaux 2022 : "Jamais deux sans trois, on ne sait jamais !"
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