L’année arc-en-ciel de Julian Alaphilippe a commencé comme un ouragan. Les félicitations ont plu de toutes parts pour Loulou, champion et roi du monde, le sprint manqué de Liège a montré que le Français est un animateur sans égal, la Flèche brabançonne a très vite marqué un premier succès irisé et le Ronde l’avait placé au coeur du jeu flandrien, sur le terrain de ses grands rivaux Mathieu van der Poel et Wout van Aert. Rien ne semblait devoir se dresser sur sa route conquérante, si ce n’est la moto qu’il est venu percuter en Belgique et qui l’a renvoyé à la maison pour préparer 2021, sa (première) saison en arc-en-ciel.
On ne dira pas de Julian Alaphilippe qu’il est rentré dans le rang depuis cet automne météorique. Une accélération par ci, un clin d’oeil par là, des succès occasionnels (4 en 2021) et une communion perpétuelle avec un large public, notamment lorsqu’il a décroché le premier maillot jaune du Tour 2021 quelques jours après la naissance de son premier enfant : le panache irisé de Loulou en fait immuablement un coureur à part. Un champion digne de ce maillot arc-en-ciel hautement symbolique à ses yeux.
"La poursuite d’une victoire aux Mondiaux est devenue un rêve à un très jeune âge et ça n’a fait que s’intensifier lorsque je suis entré dans le peloton professionnel, explique-t-il dans un texte publié par Cyclingnews qui le voit explorer ses sensations de maître du monde dont le mandat touche à son terme. Je regardais toujours le coureur avec le maillot parce qu’il se distinguait toujours, et parce qu’il courait toujours comme un champion."
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Une pression qu’il s’est imposée lui-même

Alors Alaphilippe a mis un point d’honneur à courir en champion. Il a changé de programme, en s’investissant encore plus sur les courses pavées. Début avril, sur le Tour des Flandres, il ne se sentait pas en mesure de gagner, mais il a flanqué son compagnon de meute Kasper Asgreen (Deceuninck-Quick Step) vers le triomphe. Un champion du monde n’a pas le droit d’être neutre, selon la conception d’Alaphilippe. "Quand je parle de pression, il ne s’agit pas forcément du monde extérieur", écrit-il aujourd’hui sur Cyclingnews :
"C’est la responsabilité que je me suis mise sur les épaules. Je veux toujours faire une différence en course et montrer mes qualités, et en même temps je veux toujours progresser. Mais quand vous avez le maillot, c’est juste différent. C’est difficile à expliquer mais vous finissez par vous mettre un peu plus de pression. […] Cette saison m’a demandé tellement d’énergie et de concentration, aussi bien pour être à la hauteur de mon statut de champion du monde qu’au niveau de mes performances."
Toujours au cœur du jeu, Julian Alaphilippe y a peut-être perdu ce petit quelque chose qui fait qu’il n’en est plus forcément le maître. Il a aussi vu émerger deux immenses rivaux, qu’il a un temps contenus avant de plier lui aussi devant les tempêtes Van der Poel et Van Aert.

Pourquoi Voeckler ne mise pas tout sur Alaphilippe (et a bien raison)

Au printemps, on s’enthousiasmait devant ce trio fougueux, en se demandant quels facteurs, selon les circonstances, pouvaient favoriser l’un ou l’autre de ces trois porte-étendards d’un cyclisme flamboyant. Dans les faits, ces affrontements à trois ont souri deux fois au Français (et bien plus à ses adversaires) : sur la 2e étape de Tirreno-Adriatico, en filou sur une arrivée certainement plus favorable à WVA et MVDP, et sur la 1re étape du Tour de France, lorsque ses jambes et son audace l’ont amené à sortir à 2km du but pour résister à ses rivaux dans la côte de la Fosse-aux-Loups.
Sous la pression slovène, Alaphilippe a également repris sa couronne de prince des Ardennes sur les pentes du Mur de Huy auxquelles ni Van Aert ni Van der Poel ne se sont mesurées. Mais sur le Tour, dont il est un héros chaque année depuis 2018, Alaphilippe a rapidement cédé le devant de la scène aux deux "Van", alors même qu’il avait frappé le premier et laissé Van der Poel en larmes à Landerneau. Le Français s’est ensuite démené, sans réussite, pendant qu’on invoquait des légendes comme Raymond Poulidor ou Bernard Hinault pour donner tout leur relief aux exploits de MVDP et WVA.

Alaf’ a fait deux rêves

S’il conservait son maillot arc-en-ciel dimanche, on manquerait de références pour prendre toute la mesure d’un tel accomplissement. Jamais un Français n’a remporté deux titres mondiaux consécutifs (dans la course en ligne masculine Élite) et lui le ferait sur deux circuits très différents, des bosses d’Imola aux monts flandriens qui déchirent les plaines autour de Louvain. Alaphilippe a "ses chances", comme l’a toujours répété le sélectionneur Thomas Voeckler, même s’il éloigne la pancarte en assurant que son poulain n’est pas un favori.
En 2020 déjà, les Bleus et leur leader s’avançaient vers Imola avec une certaine modestie avant de passer à l’action en course. Au bout d’une saison tronquée, Alaphilippe ne comptait qu’une seule victoire, et on l’avait déjà vu buter sur Van Aert, flamboyant pendant l’été mais finalement maté par l’accélération foudroyante du Français dans la côte de la Gallisterna.

Alaphilippe : chute, victoires, duels... dix grands moments avec le maillot arc-en-ciel

Peut-être ne le reverra-t-on jamais aussi dominateur qu’au printemps et à l’été 2019, mais Alaf’ est un diable qui peut toujours sortir de sa boîte. Et quand il coche un rendez-vous, il trouve généralement le moyen de répondre présent, même sans être au meilleur de sa forme, à l’image de ses succès sur le Tour de France en 2020 et 2021. Dès le printemps, au moment d’annoncer son forfait aux Jeux Olympiques, il se projetait sur le rendez-vous de Louvain, en exprimant sa fierté de porter le maillot de l’équipe de France, tout en rêvant de conserver l’arc-en-ciel.
"Je serai bientôt aux Championnats du Monde avec un état d’esprit différent de celui que j’avais à Imola, écrivait-il encore à la veille de sa dernière course en arc-en-ciel, la Primus Classic, avant de prendre la direction de Louvain. Peut-être que je suis un peu plus détendu cette fois, mais j’y vais avec une grande motivation et une équipe forte. Mais ce soir, ce soir je rêve. Mon temps avec le maillot arc-en-ciel est bientôt fini mais j’en ai rêvé une fois, et le rêve est devenu réalité. Peut-être que si je rêve encore une fois…"
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