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La folle ascension de Schachmann

La folle ascension de Schachmann

Le 15/03/2020 à 19:36

PARIS-NICE – Rouleur à ses débuts, Maximilian Schachmann a peu à peu fait évoluer son registre pour devenir l’un des coureurs les plus complets du peloton. Capable de tout faire, l’Allemand a encore accroché une flèche à son arc en remportant un Paris-Nice certes amputé mais qu’il aura dominé. Au point de viser plus haut ?

Lorsqu’il avait fallu établir la liste des favoris en début d’épreuve, j’avais pensé à citer l’Allemand mais, je dois l’avouer, plus pour sa forme récente que pour sa capacité à remporter l’épreuve. Force est de reconnaître que j’ai eu tort. Maximilian Schachmann aura construit son succès tout au long de la semaine, sur tous les terrains, étape par étape. Comme il est en train de le faire avec sa carrière. Si sa victoire sur la 78e édition de la Course au soleil semble aussi logique, c’est aussi parce que le coureur de la Bora-Hansgrohe n’a cessé de s’adapter et d’évoluer depuis ses débuts.

Les promesses de la Klein Constantia

À ses premiers pas en juniors, en 2011, personne ne l’aurait imaginé en vainqueur de Paris-Nice. Non pas que Schachmann n’avait pas de talent ou de potentiel, loin de là, mais il ne semblait pas du tout en avoir le profil. Pur rouleur (3e des Mondiaux Juniors en 2012), l’Allemand est à cette période très loin de briller sur n’importe lequel des autres terrains. Et son passage chez les Espoirs semble ainsi confirmer ce profil typé, malgré des résultats certes de haut niveau (5e puis 2e des Mondiaux espoirs). Au moment de rejoindre Klein Constantia, réserve de la formation Quick Step, à l’intersaison 2015-2016, il ne compte alors pas le moindre top 10 sur une course par étape en cinq années de carrière, juniors et espoirs confondus.

Maximilian Schachmann (Paris-Nizza)

Maximilian Schachmann (Paris-Nizza)Getty Images

"Beaucoup de gens doutaient que je puisse être un coureur de classement général, avouait-il encore après sa victoire sur Paris-Nice. Mais c’était mon rêve". L’Allemand décide alors de perdre du poids pour mieux résister en montagne et les résultats se font de suite ressentir. Toujours performant dans l’exercice solitaire (2e des Mondiaux), il se montre enfin à son avantage dans les cols, gagnant ainsi sur les pentes de Piani di Tavagnasco (7e du Tour du Val d’Aoste) mais surtout à Lac Blanc, à l’occasion du Tour d’Alsace. Sa toute première victoire au classement général. Le début, surtout, d’une folle progression. Lors de sa première saison professionnelle, Schachmann souffre logiquement mais, plus important, il sème malgré tout de belles promesses, à l’image de sa 19e place sur le Tour de Romandie et de sa 15e sur le Tour de Californie.

Briller de plus en plus, sur tous les terrains

Même alors, l’Allemand n’est pas vraiment vu comme un candidat pour les courses par étapes. Pas assez bon grimpeur, trop typé rouleur … Il se met pourtant à briller de plus en plus sur tous les terrains. Septième du Tour d’Algarve, il s’impose ensuite sur le Tour de Catalogne en réglant son compagnon d’échappée au sprint avant d’entrer dans le top 10 de la Flèche Wallonne (8e), de gagner au sommet de Prato Nevoso sur le Giro et de finir 4e du BinckBank Tour !

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Encore plus performant en 2019, le Berlinois continue de se rapprocher de son rêve de classement général (12e du Tour de Catalogne, 10e du Pays Basque et en Californie), tout en multipliant les victoires (6). Il confirme au passage son profil de puncheur (top 5 des trois classiques ardennaises) mais peine toujours en montagne. Il serait cependant idiot de penser que Maximilian Schachmann sera un jour au niveau des purs grimpeurs en haute montagne. L’Allemand n’a tout simplement pas le même profil physique (1,83m pour 70kg) que les Bernal ou Quintana (1,70m pour 60kg environ).

Attendu sur tous les terrains

Cette différence de gabarit lui a d’ailleurs valu quelques minutes de souffrance lors de l’ascension de La Colmiane samedi. "C’était très, très dur, expliquait-il après la course. Les 3 derniers kilomètres c’était comme rouler en enfer tellement je me suis fait mal". Mais le Berlinois a toujours su repousser ses limites pour évoluer, progresser et se rapprocher de son rêve. Il l’a enfin atteint, au terme d’une semaine qui l’aura vu maitriser les bordures, s’imposer au sprint, repousser ses rivaux en contre-la-montre et résister en montagne. Une gestion tout terrain à la base de son premier grand succès de référence. "Maintenant, c’est le paradis, savourait-il une fois la victoire assurée. C’est mon plus gros succès en quatre ans. C’est mon rêve et j’ai montré que je pouvais le faire sur une course d’une semaine… et sur la plus prestigieuse de toutes".

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Bien sûr, il convient de ne pas oublier que l’épreuve aura été tronquée, par le nombre de cadors qui se sont désistés comme par l’absence de la dernière étape où sa courte marge (18’’) sur Benoot aurait pu remettre en cause sa victoire. Qu’importe. L’histoire se souviendra que c’est sur Paris-Nice que Maximilian Schachmann est devenu un coureur de classement général. Et qu’il ne faudra désormais plus le suivre uniquement sur les classiques, en vallon, en contre-la-montre ou en cas d’arrivée en petit comité. Non, désormais, l’Allemand sera un homme à suivre à chacune de ses sorties. Et ça aussi, ça change tout.