Pour être aimé, gagner encore et encore est rarement une bonne idée. Les exemples sont nombreux et Primoz Roglic ne déroge pas à la règle depuis qu'il est devenu le glouton du peloton (8 courses à étapes remportées sur 11 depuis 2019 quand même !). Pire pour le Slovène, chacune de ses défaites, et elles sont aussi rares que cruelles, est l'occasion de se réjouir pour une partie des suiveurs du cyclisme. La rançon de la gloire ? Pas seulement.
Tour de France 2020, Paris-Nice 2021. Deux courses et deux scénarios terribles. Sans doute, avec Liège-Bastogne-Liège 2020 (qu'il a remporté) et l'erreur de Julian Alaphilippe, les deux renversements de situation les plus inattendus de ces quelques dernières années en cyclisme. A chaque fois, Primoz Roglic dans le mauvais rôle. Et à chaque fois l'impression que sa défaite est célébrée comme une victoire pour "le reste du monde". Pourquoi ? Pour la simple et bonne raison qu'il y a lui et les autres depuis deux ans.

Un scénario dingue et le calvaire de Roglic : le résumé de l'ultime étape

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Pogacar, Carapaz, Nibali, tombeurs privilégiés

Depuis 2019 (et avant Paris-Nice), ils sont trois à avoir terminé devant lui une course par étapes. Tadej Pogacar bien sûr (Tour 2020) mais aussi Richard Carapaz et Vincenzo Nibali (Giro 2019). Bernal, Dumoulin, Valverde, Quintana, Lopez, Thomas, Yates… La liste des déçus est immense. Si le cyclisme a connu des ères de dominations, rares sont celles qui s'étalaient sur l'ensemble d'une saison. Sans aller jusqu'à Eddy Merckx, Bernard Hinault, Miguel Indurain et Chris Froome étaient parfois battus sur des courses de préparation. Roglic prend un malin plaisir à détruire la concurrence dès qu'il le peut. C'est à la fois impressionnant et inquiétant dans un sport traumatisé par le dopage et qui ne peut s'empêcher de douter.
Le style Roglic n'a pas le dixième du panache de celui d'un Alberto Contador ou plus proche de nous d'un Julian Alaphilippe. "S'il veut me suivre jusque chez moi, je lui montrerai mes trophées", taquinait Nibali sur le Giro 2019 à propos de l'attentisme de son adversaire. Il n'est pas non plus un bon client dans les médias. Taiseux, Roglic ne sort jamais du cadre. Celui qu'il s'est fixé. Il trace sa route, faisant fi autant des critiques que des conseils. On l'exhorte à mettre une bonne fois pour toute un grand coup sur la tête de Tadej Pogacar sur le Tour ? Roglic ne le fait pas, sûr de lui. Une erreur ? Sans doute au vu du résultat final mais il est "mort" avec ses idées.

Une "vilaine victoire" devant Mäder

On pense qu'il va offrir la victoire à Gino Mäder sur la 7e étape de Paris-Nice ? Les traditions cyclistes le voudraient mais Roglic n'a pas baigné là-dedans. Chaque victoire compte quitte à crucifier un jeune coureur. S'il avait une seconde imaginé ce qu'on allait dire de lui, Roglic aurait levé le pied. "Une vilaine victoire. Ce n'est pas comme ça que ça marche, dans le peloton professionnel", a jugé Chris Horner, l'ancien coureur vainqueur de la Vuelta 2013 sur sa chaîne Youtube. Mais s'il y a bien une chose qu'on ne peut pas lui reprocher, c'est sa constance dans l'attitude.

Il a gobé le pauvre Mäder juste avant la ligne : Roglic est vraiment impitoyable

Au fond, que devrait faire Primoz Roglic pour être aimé ? Son tort, peut-être, c'est de ne pas venir du sérail, d'être sorti de nulle part, d'être la tête qui dépasse de la nouvelle superpuissance du peloton. Quand il calcule, comme sur le Tour 2020, on trouve matière à critiquer. Quand il ne le fait pas et qu'il gagne à outrance, on le montre encore du doigt. Laisser gagner Mäder à La Colmiane, c'était faire preuve de mansuétude, c'était la possibilité, aussi, de trouver dans l'équipe du Suisse, la Bahrain-Victorious, un allié pour plus tard. Sa destinée s'inscrit peut-être dans une défiance permanente. "L'arrogance se paye un jour", disait à Libération un coureur anonyme à propos de la Jumbo-Vista en août dernier.

"Cette défaite, ils l’ont bien cherchée"

Il n'y a qu'à voir les réactions après son terrible échec sur La Planche des Belles Filles. Qu'a-t-on entendu ? Que c'était cruel oui mais que c'était surtout bien fait pour lui, qu'il n'avait qu'à courir autrement. "Cette défaite, ils l’ont bien cherchée", éructait Eddy Merckx pour La Dernière Heure. Le matin même, l'immense majorité, pour ne pas dire la totalité, des suiveurs estimaient pourtant le Tour de France joué. Pire encore sur Paris-Nice ce dimanche. Roglic a beau avoir pointé ses propres erreurs, c'est avant tout la malchance (deux chutes !) qui lui a fait tout perdre. Même blessé - il a avoué s'être démis l'épaule et avait le cuissard déchiré des deux côtés -, même condamné à la défaite, Roglic n'a rien lâché, continuant sans relâche dans une opération vaine.

Pogacar a mis Roglic K.O. ! Le dénouement historique de la 20e étape

A-t-on entendu un seul coureur saluer son panache ? Non. Pas plus qu'il n'a été question de s'apitoyer sur son sort. Maximilian Schachmann, héros malgré lui, a bien dit du bout des lèvres qu'il aurait aimé gagner d'une autre façon mais il a surtout rappelé que son équipe ne pouvait pas tout le temps attendre le leader de la course : "Quand Roglic a chuté la première fois nous avons attendu et la deuxième fois un écart s’est creusé, nous étions alors aussi engagés dans la bataille pour l’étape". Même s'il perd, Roglic ne sera qu'un loser à qui on n'accorde que peu d'empathie. Les choses sont ainsi et puisque Roglic ne changera pas, les regards sur lui ne devraient pas non plus évoluer. Ainsi va sa carrière.
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