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Paris-Roubaix : Wiggins, vingt ans après Lemond

Tiens, revoilà un vainqueur du Tour sur Paris-Roubaix
Par AFP

Le 11/04/2014 à 13:17Mis à jour Le 12/04/2014 à 14:03

Pour la première fois depuis deux décennies, un vainqueur du Tour de France, le Britannique Bradley Wiggins, se risque sur les pavés de Paris-Roubaix sans s'embarrasser de la prudence habituelle des coureurs de grands tours.

1994. Voilà la dernière année où un ancien vainqueur du Tour de France avait pris le départ de Paris-Roubaix. C'était un Américain. Trois fois couronné dans la Grande Boucle (1986, 1989 et 1990), Greg Lemond avait un faible pour la "reine des classiques" qu'il avait terminée en bon rang dans la première partie de sa carrière (4e en 1985), avant d'être présent dans ses dernières années aux côtés du Français Gilbert Duclos-Lassalle, double vainqueur en 1992 et 1993.

Vainqueur du Tour de France en 2012, Bradley Wiggins (Sky) connaît lui aussi l'importance de la course. Pour l'avoir disputée à six reprises, la dernière fois en 2011, il sait le degré de fascination qu'elle suscite. cette saison, le britannique en a même fait son objectif principal de la saison, rayant de son esprit tout volonté de regagner un Grand Tour dans l'immédiat. Même si "l'Enfer du Nord" ne lui a jamais souri pour le moment, sa meilleure place restant une 25e place en 2009. "Je ne serais pas autrement surpris qu'il fasse une très belle performance", apprécie Christian Prudhomme, à la fois directeur du Tour de France et de Paris-Roubaix. "Si le mot outsider a un sens, c'est pour lui, ajoute-t-il. Au Tour des Flandres, il n'était pas si loin que ça (32e à 1 min 43 sec). Quand il se fixe des objectifs, en général il les atteint, on l'a vu aux JO et au Tour". Le directeur du Tour se dit "très sensible" à l'intérêt de Wiggins pour Paris-Roubaix, mise à l'écart par les coureurs de grands tours depuis la fin des années 1980.

2010 montre que pavés et classements généraux sont compatibles

La course, incontestablement, possède une légende noire, injustifiée par la réalité de ces dernières éditions. "Il y a eu plusieurs accidents spectaculaires, notamment dans la trouée d'Arenberg, à la charnière des années 1990 et 2000", reconnaît Christian Prudhomme. "C'est, bien sûr, une sente pavée et un sacré terrain à affronter. Mais les organisateurs n'ont aucune envie d'envoyer les coureurs au casse-pipes", assure-t-il. Quant à l'ultra-spécialisation, le directeur du Tour pense qu'"elle n'est pas irrémédiable". "On a connu le même phénomène dans le ski puis on est revenu à des champions capables de briller dans toutes les disciplines. Pourquoi pas dans le vélo ?", s'interroge-t-il.

Cadel Evans et Andy Schleck affrontent les pavés de la 4e étape, Tour de France 2010

Cadel Evans et Andy Schleck affrontent les pavés de la 4e étape, Tour de France 2010Panoramic

La réintroduction de secteurs pavés dans le parcours du Tour en 2010 (lors de la quatrième étape remportée par le Norvégien Thor Hushovd) a même relancé le sujet. "J'avais aimé ce jour-là voir ensemble dans l'échappée les spécialistes de pavés et les coureurs de grands tours, comme à l'époque d'Eddy Merckx et de Bernard Hinault, avoue Prudhomme. Evidemment, on a très envie de retrouver ça dans le Tour, quand il y a des pavés, et chaque année dans Paris-Roubaix". Entre Wanze (Belgique) et Arenberg-Porte du Hainaut, beaucoup de favoris à la victoire finale dans le Tour de France avait perdu du temps ce jour-là mais certains, comme Andy Schleck (futur vainqueur officiel en 2010), Cadel Evans (victorieux du Tour en 2011), Ryder Hesjedal (Giro 2012) avait terrminé dans le top 5 de l'étape ! Comme quoi, il est possible de disputer les classements généraux et de passer habilement les pavés.

Mais d'ici à voir les Contador, froome et autre Nibali sur Paris-Roubaix, il y a un pas qui n'est pas prêt d'être franchi. Pour autant, les organisateurs se refusent catégoriquement à dénaturer la "reine des classiques". Pas question de supprimer les secteurs les plus durs pour attirer (éventuellement) les réfractaires. A cette hypothèse, le directeur de Paris-Roubaix répond d'un seul mot: "Non."

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