C’est la course de ses rêves et la remporter est devenu un objectif légitime. Florian Sénéchal va s’aligner dimanche au départ de Paris-Roubaix dans la peau d’un prétendant au sacre. Lauréat de l’épreuve dans la catégorie "juniors" en 2011, le coureur français de 28 ans a depuis confirmé ses bonnes dispositions dans l’exercice des classiques pavées, et les performances qu’il réalise depuis un mois donnent du crédit à sa candidature.
Jugez plutôt : vainqueur d’étape le 27 août lors de la Vuelta (une première pour lui en Grand Tour), précieux lanceur de Fabio Jakobsen (maillot vert) durant le reste de ce Tour d’Espagne, gagnant de la Primus Classic le 18 septembre et 9e des Mondiaux, dimanche dernier en Belgique. Qui plus est en tant que bras droit de luxe du champion du monde, Julian Alaphilippe, dont il a protégé les arrières avec brio.

"Ils savent que c’est un gros client"

Cyclisme
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26/04/2022 À 08:32
Wout van Aert et Mathieu van der Poel n’ont pas pu bouger une oreille dans le final, sans être suivis comme leur ombre. "Ils se trimbalaient un boulet, avec Sénéchal dans la roue, relate notre consultant Nicolas Fritsch. Et ils s’en méfiaient. Je pense qu’il y a encore un an ou deux, cela n’aurait peut-être pas été le cas… mais là, c’est fini. Ils savent que c’est un gros client." Un client affûté - "il a le visage creusé" - et suffisamment fort, physiquement, pour être juste, tactiquement.

Sénéchal sur Alaphilippe : "Quand je l’ai vu attaquer… c’est lui qui m’a fait mal aujourd’hui"

Le fruit d’un plan mûri minutieusement par celui que Fritsch décrit comme "un ultra-perfectionniste". Le 3 mai dernier, Sénéchal racontait ainsi dans Bistrot Vélo sa réaction, à l’annonce du report de Paris-Roubaix, intervenue le 1er avril : "J’avais déjà les Championnats du monde dans le coin de ma tête… et là, une semaine après les Mondiaux : Paris-Roubaix ! Cela m’a motivé pour cette période de l’année et j’ai dit : ‘On ne pense pas au Tour de France, on va se focaliser sur le Tour d’Espagne’."
Objectif ? Accumuler les bornes dans le bon timing pour être prêt à briller sur ces deux épreuves d’un jour, taillées pour lui. "Avec les effets des trois semaines de course, j’espère être à 110% pour les Mondiaux et Roubaix, se projetait-il alors. Avec deux belles occasions de faire quelque chose de grand." Depuis, tout s’est donc bien déroulé pour lui. Au sortir de la Vuelta, il avait d’ailleurs prévenu : "C’est le Grand Tour (sur six) où j’ai le moins souffert depuis le début de ma carrière."

Un déclic… individuel et collectif

"Ce qui m’impressionne, c’est sa lucidité, pointe Fritsch. Quand il gagne son sprint (lors du Tour d’Espagne, où il avait le costume d’équipier, NDLR), il comprend tout de suite qu’il doit jouer sa carte, alors que ça se joue en une fraction de seconde." Sénéchal respire la quiétude selon lui : "Il est serein. Même lors des Championnats du monde. Il a couru à la perfection. Il n’a pas fait un effort de trop." Le témoin d’un cap qu’il a passé, "parce que ça a toujours été une énorme bête", au point d'être surnommé "l'Animal".

Quand Jakobsen flanche, Sénéchal assure : le résumé de la 13e étape

"Il a gagné de la confiance, à titre personnel, et il a gagné la confiance de son équipe. C’est peut-être le plus important, estime le 3e du Tour de Suisse 2002. S’imposer chez Deceuninck-Quick Step, dans le groupe des classiques flandriennes, l’ADN de l’équipe, ce n’est pas rien". Consultant pour la RTBF, Cyril Saugrain salue également le défi relevé : "Chez Quick-Step, obtenir sa sélection, c’est déjà presque une victoire. Sénéchal progresse d’année en année depuis qu’il a quitté Cofidis (fin 2017, NDLR). Je pense qu’il y a une culture qui fait que le coureur va chercher plus loin. Se donne plus. On attend beaucoup plus de lui aussi."

Pas perdant au sprint… mais pas leader unique

Résultat : "Le Sénéchal que l’on a aujourd’hui est, je pense, capable de gagner Paris-Roubaix dimanche, avance Saugrain. Il n’était pas en mesure de le faire il y a de cela deux, trois ans." Fritsch poursuit : "Asgreen, Stybar, Lampaert… ils peuvent tous gagner. Mais Sénéchal autant que les autres, il n’est pas en-dessous. Ils savent tous dans son équipe que s’il arrive pour la gagne. Il peut le faire. Sur un sprint en vélodrome, il ne part pas perdant face à Van Aert ou Van der Poel."
Florian Sénéchal et ses coéquipiers auront, probablement, la force du nombre, en guise d’avantage (collectif) susceptible de se muer en inconvénient (individuel). Comme souvent concernant la grosse écurie belge. Le Français, 6e de la dernière édition de l’Enfer du Nord, en 2019, et 9e du Tour des Flandres cette année, n’aborde ainsi pas en grand favori la Reine des Classiques. C’est peut-être encore dans le rôle du chien de garde prestigieux qu’il favorisera les desseins de sa formation. Mais ces dernières semaines, quand il a fallu conclure, il a répondu présent.

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