Depuis le temps qu’elles le réclament, et qu’on commence à le leur promettre, les amoureuses de Paris-Roubaix ont eu le temps de mettre leurs roues sur les pavés de l’Enfer du Nord, histoire d’être prêtes pour la grande première. Ce devait être à l’automne 2020, puis au printemps 2021. Ce sera samedi : à 13h35, le peloton féminin s’élancera de Denain pour affronter 116,4km de course, dont 29,2km de secteurs pavés. Au bout de l’effort : le mythique vélodrome qui les a longtemps fait frissonner par procuration, en regardant les garçons. Cette fois, une pionnière va écrire l’histoire, 125 ans après la victoire de Josef Fischer dans la première édition de Paris-Roubaix (Hommes, cela allait sans dire).
“J’en ai déjà la chair de poule en pensant aux derniers pavés, ceux qui ne sont ‘pas trop durs’, dans Roubaix juste avant d’entrer dans le vélodrome”, se projette Lisa Brennauer (Ceratizit-WNT Pro Cycling). À 33 ans, l’Allemande aux cinq maillots arc-en-ciel (1 dans le contre-la-montre individuel et 4 dans les épreuves par équipes) a déjà accompli de nombreux exploits sur les routes et pistes du monde. En août, elle battait le record du monde de la poursuite par équipe pour devenir championne olympique, et elle sera de retour à Roubaix fin octobre pour les Mondiaux sur piste.
Mais avant, il y a Paris-Roubaix, un rendez-vous "légendaire", et Brennauer fait partie d’une foule de prétendantes qui se mettent sur leur 31 pour la classique mythique. La toute nouvelle championne du monde Elisa Balsamo (Valcar-Travel & Service) y étrennera son maillot arc-en-ciel décroché sur les pavés flamands. Ellen van Dijk (Trek-Segafredo), sacrée dans le contre-la-montre, portera la tunique étoilée de championne d’Europe. Et leurs rivales déçues cherchent sur la route de Roubaix une belle opportunité de se faire une grande place dans l'histoire de leur sport.
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Emma, idiote, tu ne sais vraiment pas dans quoi tu t’engages
“Les Mondiaux ne se sont pas déroulés aussi bien que j’espérais, mais je veux juste me tourner vers Roubaix. C’est une course que j’ai attendue toute la saison. J’ai tellement envie de bien faire”, assure Emma Norsgaard (Movistar), dont la jeune voix se teinte à la fois d’une excitation de plus en plus difficile à contenir et d’une appréhension sincère. “J’ai demandé à mon frère Mathias, qui a couru Roubaix chez les jeunes, comment c’était. Il m’a regardé en me disant : ‘Emma, idiote, tu ne sais vraiment pas dans quoi tu t’engages’. Maintenant je sais”, raconte-t-elle après avoir reconnu à l'entraînement les secteurs qu'elle affrontera en course.
La Danoise de 22 ans a pris la direction de Roubaix dès lundi, depuis les Flandres. Samedi, elle sera accompagnée au sein de la Movistar par une championne bien plus aguerrie, mais moins à l’aise sur les pavés. “Je suis plutôt une grimpeuse”, se justifie Annemiek van Vleuten au moment d’expliquer qu’elle n’est pas une prétendante à la victoire, au bout d’une saison qui l’a vue décrocher 12 succès.
Même s’il lui manque quelques watts et kilogrammes pour peser sur Roubaix, Van Vleuten ne pouvait pas manquer cette première : “C’est une étape importante à mes yeux, d’organiser cette course pour les femmes, pour montrer que nous sommes des filles solides qui peuvent aussi rouler sur les pavés de Roubaix. Avoir tous les Monuments dans le cyclisme féminin est quelque chose de très haut dans ma liste de souhaits. Il reste la Lombardie [en parallèle de Milan-Sanremo, le peloton féminin dispute le Trofeo Alfredo Binda]!” Et puis, avec Annemiek, on ne sait jamais, prévient Norsgaard : Elle peut attaquer au km 0 et aller jusqu’à Roubaix !
C'est tellement beau, presque magique
Championne du monde en 2017, deux ans avant Vleuten, Chantal van den Broeck-Blaak (SD Worx) se veut plus ambitieuse et plus prudente. Après avoir accroché le Tour des Flandres, la Néerlandaise ne cache pas ses ambitions à Roubaix, un rendez-vous pour lequel elle se préparait déjà au printemps : “Pour moi, c’est la classique qui manquait, et elle me correspond.” Mais elle prévient : “Ce n’est pas un secret, vous n’attaquez pas dès le départ si vous voulez gagner à Roubaix !”
Pour Van den Broeck-Blaak, le peloton féminin s’apprête à plonger dans l’inconnu - “c’est la première fois, on ne peut pas dire ce qui va se passer, et je pense que ça n’a aucun sens de copier la course des hommes”. Forte de ses multiples reconnaissances, la Néerlandaise espère avoir le bon instinct au bon moment et elle mise sur une course éprouvante pour faire la différence dans le final.
Elle pourra compter sur le soutien d’Anna van fer Breggen, fraîche retraitée mais bien présente pour cette grande première, en tant que directrice sportive pour l’équipe SD Worx. Cette semaine, on a pu les voir rouler sur les pavés aux côtés du spécialiste Lars Boom (9 participations à Paris-Roubaix, 4e en 2015).
Au sein de la Jumbo-Visma, leur compatriote Marianne Vos peut s'appuyer sur l'expertise de l'équipe masculine, emmenée par Wout van Aert, et sur son immense stature de surdouée sacrée sur la route, la piste et en cyclo-cross. Médaillée d’argent à Louvain, c’est elle qui a eu la présence d’esprit d’ajuster la tenue de Balsamo pour faire briller les couleurs italiennes de toute leur splendeur sur le podium mondial. Quand on lui demande quelle course elle aimerait encore accrocher à son palmarès de Cannibale, la réponse fuse sans y réfléchir à deux fois : Paris-Roubaix.
“Quand vous faîtes la reconnaissance et que vous arrivez à Roubaix, vous vous dîtes : ‘C’est bon, on y est presque.' Et le moment où vous entrez sur la piste, avec toute cette histoire cycliste, c'est tellement beau, presque magique", décrit la star Oranje. Depuis ce vélodrome, 125 ans d'histoire cycliste contemplent les pionnières de l'Enfer du Nord.
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