Red Bull, timing et transferts : Wout Van Aert (Visma I Lease a Bike), les dessous d'un contrat révolutionnaire
Par Vincent Bregevin
Mis à jour 19/09/2024 à 18:42 GMT+2
Mercredi, la Visma I Lease a Bike a annoncé la prolongation de contrat de Wout van Aert jusqu'à la fin de sa carrière de cycliste. Il y a des raisons qui ont poussé l'écurie néerlandaise à offrir ce bail inédit à la star belge, sponsorisée personnellement par Red Bull, et à annoncer la poursuite de leur collaboration dans ce timing. Mais ce CDI pourrait aussi changer la face du cyclisme.
Des Flandres à l'Espagne : 2024, année noire de van Aert
Video credit: Eurosport
Il y avait de quoi être surpris. Au point de relire deux fois le communiqué publié mercredi par la Visma I Lease a Bike. L'écurie néerlandaise a pris une décision inédite en annonçant la prolongation de Wout van Aert, avec un contrat "à vie" à la clé. Enfin, pas tout à fait. "Ce contrat est seulement pour sa carrière de coureur, pas sur sa carrière quand il sera retraité, nous a confié Sander Kleikers, chef de la communication chez Visma I Lease au Bike. Nous n'avons pas parlé de ça et nous verrons ça dans le futur." Le terme de CDI serait plus approprié. Mais ce contrat n'en est pas moins unique. Et révolutionnaire.
Le moment de l'annonce avait déjà de quoi interpeller. Pas forcément parce que Van Aert a dû mettre un terme prématurément à une saison assez délicate après une grave blessure au genou droit, sur une chute terrible lors de la 16e étape du Tour d'Espagne. Surtout parce que WVA était sous contrat jusqu'en 2026. A priori, il n'y avait pas d'urgence à sceller son avenir. Mais si, justement. "Beaucoup d'équipes étaient intéressées par Wout, ce n'est pas un secret, reconnaît Sander Kleikers. On parlait déjà de prolongation et on a décidé de concrétiser cet été, et de réaliser ce contrat très fort, sans date d'expiration."
"Le casque Red Bull n'a pas eu d'effet sur le contrat"
Une équipe, notamment, pouvait inciter la Visma I Lease a Bike à sécuriser rapidement le contrat de Van Aert. L'hypothèse de voir le Belge rejoindre la Red Bull – Bora Hansgrohe commençait sérieusement à prendre de l'épaisseur. D'autant plus que WVA est déjà engagé avec la célèbre marque de boissons énergisantes par le biais d'un contrat de sponsoring personnel. S'il porte le maillot de la Visma I Lease a Bike, son casque est aux couleurs de Red Bull. Le caractère unique de ce CDI signé avec la Visma pouvait ainsi être un moyen de rappeler que van Aert est d'abord une tête d'affiche des abeilles avant d'être celle du taureau.
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Wout van Aert a signé un contrat "à vie" avec la Visma I Lease a Bike
Crédit: Getty Images
"Qu'il ait un casque Red Bull, cela n'a jamais eu d'effet sur ce contrat, assure cependant Sander Kleikers. Wout a toujours été un élément clé chez les coureurs dans notre ancienne équipe, Jumbo Visma, et maintenant Visma I Lease a bike. Il n'y avait pas d'obligation ou d'urgence à clarifier qu'il soit notre figure de proue. Je pense que tout le monde dans le cyclisme et au-delà sait que c'est un coureur de la Visma, et pas un coureur spécifique de Red Bull. Evidemment parce qu'il court pour nous, il a seulement ce contrat avec Red Bull pour son casque, et il l'avait déjà avant que Red Bull décide de sponsoriser une équipe avec Bora-Hansgrohe."
L'enjeu crucial du budget et de l'image
Mais l'arrivée d'un sponsor à la surface financière si colossale dans le peloton n'est pas totalement étrangère à la décision de la Visma I Lease a Bike de sécuriser le contrat de van Aert pour autant. "On a compris du côté de la Visma que des équipes commençaient à avoir des budgets très conséquents, plus importants que sa propre équipe, explique Steve Chainel, consultant pour Eurosport. Et qu'elles pouvaient faire des ponts d'or à Van Aert. Le coureur se retrouve en position de force. Là, avec ce contrat, il y a un vrai partage du gâteau entre le coureur et l'équipe. Ça va aussi permettre à Richard Plugge, le patron de la Visma, de rencontrer d'autres partenaires, avec une manne financière très importante, en leur garantissant d'avoir van Aert. C'est un vrai plus dans les négociations de budget."
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La palette de Jacky : Comment Van Aert a surpris Groves
Video credit: Eurosport
Et en termes d'image. "Il y a l'équipe, l'athlète, et le sponsor, poursuit Steve Chainel. Et tous les sponsors extérieurs parasitent. Pour moi, que van Aert coure avec un casque Red Bull, c'est un parasite pour la Visma. On a toujours envie d'avoir un athlète qui soit dans le moule de l'équipe et qui n'ait pas des obligations extérieures. Mais laisser une porte ouverte à van Aert, c'est aussi lui montrer qu'ils sont d'accord pour discuter, pour qu'il gagne plus d'argent et qu'il fasse d'autres activités. C'est aussi profiter de cette visibilité-là. Mais ça reste un caillou dans la chaussure. Donc c'est une manière de recentrer l'athlète sur Visma I Lease a Bike et c'est très malin, très intelligent."
L'ouverture à des indemnités de transfert ?
Pour l'équipe néerlandaise, van Aert est aussi une garantie financière essentielle, au-delà de ses performances qui en font l'un des meilleurs cyclistes au monde. "Il est dans le Top 3 des coureurs les plus bankables, estime Steve Chainel. Il y Remco Evenepoel, van Aert je le mettrais dans la même case que Mathieu van der Poel et Tadej Pogacar. Ce sont les quatre coureurs qui se détachent sur le plan bankable. Ils ont une communication idéale, des gueules, une bonne dynamique. Ils font rêver les gamins. Si des gamins ont des maillots Visma, c'est plus pour van Aert que Vingegaard. Ils sont polyvalents, on peut les associer à deux disciplines. Pour vendre de la visibilité et un retour sur investissement, ce sont les quatre coureurs qui offrent le plus de possibilités."
C'est l'une des multiples raisons qui ont poussé la Visma I Lease a Bike à créer un contrat inédit pour van Aert. Un CDI qui pourrait aussi changer la face du marché des transferts dans le cyclisme. "J'ai trouvé ça assez fou, parce que c'est en effet la première fois dans le monde du vélo qu'on a ce genre de contrat, résume Steve Chainel. Depuis quelques années, on a de plus en plus de contrats longue durée, avant ça n'existait pas. Mais pas un contrat à durée indéterminée. Ça me laisse imaginer qu'on est à un tournant de notre sport. C'est un contrat qui peut amener, un jour, à avoir des indemnités de transferts." Et si ce jour devait arriver, on mesurerait alors tout le caractère révolutionnaire du contrat de van Aert.
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