Retraite d'Arnaud Démare, le Français qui a dynamité le plafond de verre
Publié 12/10/2025 à 23:58 GMT+2
Champion du monde espoirs, monumental à Sanremo, consacré sur le Tour et le Giro, le néo-retraité Arnaud Démare a ouvert la voie vers des horizons qu’on pensait hors de portée des coureurs français. Son héritage doit ainsi être mis en avant tant ce vainqueur de série a décomplexé les générations d'après. Retour sur une carrière riche en succès mais fermée avec une pointe d'amertume.
Un sourire pour finir : Démare savoure pour ses derniers mètres en professionnel
Video credit: Eurosport
À quelques jours d’écart, la même scène, pour deux coureurs aux destins intimement liés depuis un glorieux 23 septembre. Il y a 14 ans, Arnaud Démare remportait le titre de champion du monde espoir à Copenhague, où il devançait son poisson pilote Adrien Petit. La semaine dernière, les deux membres de ce "duo d’enfer" ont fait leurs adieux au peloton professionnel, Démare à Paris-Tours, Petit à Binche-Chimay-Binche. Leurs collègues n’ont pas manqué de saluer ces fiers compagnons de route, dressant leurs vélos pour former une haie d’honneur cycliste. Merci Nono, le fidèle Picard, et Adri, le bison d’Arras, qui ignoraient tout ce que leur succès fondateur allait entraîner pour le cyclisme français.
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Incarnation française du flahute d’outre-Quiévrain, Petit est devenu un capitaine de route d’exception, auréolé de neuf victoires. Démare a fait tourner le compteur avec beaucoup plus de vigueur pour redonner naissance à une France cycliste qui gagne. Oubliées, les années maigres du début de 21e siècle. La génération des Alaphilippe, Pinot, Bardet et autres Bouhanni bourgeonnait. Les grands succès allaient pleuvoir. Et c’est Démare qui ouvrait la voie, accumulant 97 bouquets jusqu’à son dernier succès, il y a un an sur Paris-Chauny.
Aucun Français n’a levé les bras aussi souvent au 21e siècle. Démare devance nettement Bouhanni (70 victoires), Coquard (53) ou Alaphilippe (45), en attendant de voir jusqu’où Magnier (19) ira. Et c’est loin d’être le seul registre dans lequel le néo-retraité laisse une empreinte à part au moment de raccrocher son vélo, à 34 ans.
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Arnaud Démare
Crédit: Getty Images
De Doha à Sanremo, en se payant Boonen et Greipel
Le jeune "Nono" s’était bien rapidement chargé d’enfoncer toutes les précautions d’usage qui accompagnaient l’émergence de nouveaux talents. La France avait l’habitude de voir ses jeunes briller, mais les espoirs se heurtaient ensuite à un plafond de verre endurci par le dopage, endémique au tournant du siècle. Le docteur Fuentes était tombé, le passeport biologique se déployait, on enterrait enfin l’ère Armstrong… Et Démare fonçait sans complexe vers la gloire.
Dès ses débuts en World Tour, au Qatar en 2012, il déboulait en vainqueur sur la corniche de Doha. "Je ne le connaissais pas, mais maintenant, je sais qui c’est", s’inclinait Tom Boonen, maître du désert et des pavés. Les semaines à venir allaient étoffer la carte de visite du jeune Français, plus précoce que les bolides allemands Marcel Kittel et John Degenkolb. C’est sur leurs terres que Démare signait son plus gros coup de l’année en remportant la classique de Hambourg devant un autre héros du sprint local, André Greipel. À une semaine de son 21e anniversaire, il devenait, très largement, le plus jeune vainqueur de l’histoire de l’épreuve. Le record tient toujours, malgré Ewan (vainqueur en 2016) et Kooij (2024).
Six victoires en 2012, neuf en 2013, quinze en 2014… Les dernières années moins fructueuses ne doivent pas faire oublier que Démare était un vainqueur en série. Il l’est d’ailleurs resté après les premiers échecs, relatifs ou cuisants. La hiérarchie des sprinteurs tourne vite. Et rares sont les grosses cuisses à revenir au plus haut niveau après être rentrées dans le rang. Ce fut le cas en 2015 pour Démare, effacé malgré la conquête de son premier maillot bleu-blanc-rouge de champion de France l’année précédente. Ça ne l’a pas empêché de signer ensuite des succès encore plus retentissants. Avec lui, la disette avait toujours une fin. Et un premier succès en appelait souvent de nombreux autres.
Début février 2016, Démare restait ainsi sur huit mois sans victoire. La Méditerranéenne le relance, il confirme sur les routes de Paris-Nice et file vers un succès historique à Sanremo. "Un jour de grâce", souriait-il à l’arrivée de la Classicissima. À 24 ans, il est le premier Français à remporter un Monument au 21e siècle (Pinot l’imitera en Lombardie, avant Alaphilippe à Sanremo), après 29 ans de disette tricolore. Il décoincera ensuite le sprint français sur le Tour de France. Aucun de ses compatriotes n’avait remporté un sprint juilletiste depuis Jimmy Casper en 2006. Aucun ne l’a fait depuis les succès de Démare à Vittel (en 2017) et Pau (2018).
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Le succès d'une vie : quand Démare remportait Milan-Sanremo
Video credit: Eurosport
Gloire tricolore et cyclamen
Le Picard fait également partie du club très exclusif des triples champions de France de cyclisme sur route. Il a marqué des épreuves comme Paris-Tours, les 4 Jours de Dunkerque, les Grands Prix d’Isbergues et de Denain, le Tour du Poitou-Charentes… et le Giro, où il a remporté huit étapes (Hinault et Anquetil s’étaient arrêtés à 6) et dominé le classement par points à deux reprises (Jalabert et Bouhanni étaient les deux seuls Français à avoir remporté ce classement, une fois chacun).
La première fois, en 2020, il était inarrêtable dans une fin de saison condensée après la pandémie de Covid-19 : 14 victoires en un peu plus de trois mois. Deux ans plus tard, au contraire, il se présentait au départ de la Corsa Rosa sans le moindre succès au compteur. Mais la bande à Démare (Konovalovas, Guarnieri, Sinkeldam…) trouvait la formule à Messine, arrivée de la 5e étape du Giro, où il devançait Gaviria et Nizzolo. Le lendemain, il se payait Ewan, Cavendish et Girmay à Scalea, avant un nouveau succès une semaine plus tard à Coni.
Consacré dans les arènes de Vérone, Démare était aux anges. Mais un début de nostalgie pointait : et s’il s’agissait de la dernière fête pour Démare et ses fidèles ? En fin de saison, son train est démantelé. À l’été 2023, il est écarté de la sélection pour le Tour de France, malgré les promesses. Après avoir remporté son bras de fer avec Bouhanni quelques années plus tôt, il est cette fois évincé dans le rapport de force avec David Gaudu. La situation précipitera la rupture avec son équipe de toujours, FDJ, avant de faire ses derniers tours de roues professionnels avec Arkéa.
Deux ans et demi plus tard, l’amertume s’est adoucie. "Ce que je retiendrai avant tout, ce sont les émotions, assure-t-il au moment de faire ses adieux. "On a vécu des moments incroyables, voyagé aux quatre coins du monde, et c’est vraiment ça que le cyclisme m’a offert." La boîte à souvenirs est riche. L'armoire à trophées également.
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Arnaud Démare
Crédit: AFP
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