Strade Bianche 2026 | Lieutenant et remplaçant de Tadej Pogacar : Isaac Del Toro à l’heure des responsabilités
Par Benoît Vittek
Mis à jour 05/03/2026 à 19:30 GMT+1
Après avoir grandi de son côté, Isaac Del Toro est appelé à jouer un rôle fondamental auprès de Tadej Pogacar en 2026. Le Mexicain, vainqueur de l’UAE Tour, retrouve le Slovène samedi sur les Strade Bianche, avant de viser Milan-Sanremo et le Tour de France. Façonné par les émiratis, Del Toro est appelé à devenir le lieutenant numéro un du boss.
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Video credit: Eurosport
Il y a déjà bien longtemps que l’association des talents de Tadej Pogacar et Isaac Del Toro suscite de grands fantasmes. Ratatinés par le géant slovène, les rivaux ont également été balafrés par la lame mexicaine. Émerveillés ou lassés, les suiveurs se demandent quelles limites s’opposeront aux deux prodiges façonnés par UAE Emirates-XRG. Et Pogacar s’enthousiasme : "C’est un coureur extraordinaire", assurait-il déjà à son agent Alex Carrera (qui représente aussi Del Toro) après leur premier stage d’entraînement, fin 2023.
Un peu plus de deux ans plus tard, le Slovène et le Mexicain se présentent ce samedi en Toscane en tant que grands favoris des Strade Bianche, leur premier rendez-vous commun d’une saison 2026 appelée à marquer un tournant dans leur relation sportive. Sienne est leur première destination. La gloire de Sanremo les attend. Surtout, le Tour de France, terra incognita pour Del Toro, est leur grand horizon. Après deux années d’apprentissage, jalonnées de nombreux succès (24 après son UAE Tour triplement victorieux), le Mexicain doit endosser de toutes autres responsabilités : celles de premier lieutenant du leader absolu Pogacar, pour mieux grandir avant, peut-être, de lui succéder.
L’association semble naturelle ; elle reste embryonnaire. Depuis que Del Toro, qui fêtait tout juste ses 20 ans au moment de rejoindre le giron émirati, a séduit son aîné slovène, leurs dirigeants les ont seulement associés six fois en course, toujours en Italie. Bilan : quatre victoires pour Pogacar (les Strade Bianche à deux reprises, les Tre Valle Varesine et enfin Il Lombardia) et deux podiums à Sanremo. De son côté, Del Toro a affiché une progression manifeste : abandon, 73e, 33e, 13e, 8e, 5e. Et bientôt 2e, dans le sillage de son leader ?
Pogacar : "Peut-être même qu’il deviendra meilleur que moi !"
L’inclination de Pogacar pour son équipier s’est traduite par de nombreux compliments publics, des conseils abondants en privé, notamment pendant le dernier Giro… et une volonté affirmée de permettre à Del Toro de briller à ses côtés. Sur le dernier Tour de Lombardie, le Mexicain bénéficiait d’un statut protégé, dans l’espoir (déçu) de signer un doublé retentissant à Bergame. Deux semaines plus tôt, aux Mondiaux, le Slovène avait également attendu le Mexicain avant de se résoudre à mener sa chevauchée rwandaise en solitaire.
Désormais, les deux hommes se préparent à conquérir ensemble les Strade Bianche, Milan-Sanremo et le Tour de France, que Del Toro découvrira dans la peau d’un équipier, plutôt que de s’avancer en leader sur le Giro ou la Vuelta. "Je vais apprendre aux côtés de Tadej", se projetait le Mexicain au moment de dévoiler son planning pour 2026. "J’espère [qu’il pourra suivre mes traces]", appuyait Pogacar. "Peut-être même qu’il deviendra meilleur ! Il commence son propre chemin, à sa manière. J’espère qu’il continuera à prendre autant de plaisir."
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Un petit mot et c'est parti : Pogacar lâche son dernier adversaire Del Toro à 66 km de l'arrivée
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Au passage, le Slovène alimentait un autre fantasme : et si Del Toro se révélait encore plus fort que Pogacar ? L’idée, vertigineuse, a été entretenue par les récentes performances du Mexicain aux Émirats. Dès le premier jour de course, à Liwa Palace, il a réussi le coup raté par Pogačar un an plus tôt. Il a ensuite signé le meilleur temps jamais enregistré sur les pentes de Jebel Hafeet, profitant des conditions favorables pour coller une quarantaine de secondes à la performance d’Adam Yates en 2023, et une minute au Pogačar de 2021 et 2022.
Le Britannique avait notamment été recruté pour permettre au Slovène de faire l’impasse sur l’UAE Tour, épreuve essentielle pour les financiers de l’équipe. Cette année, il a servi de rampe de lancement à Del Toro, nouveau leader de substitution en l’absence de Pogacar tout-puissant. Ce sera encore le cas sur Tirreno Adriatico la semaine prochaine, mais aussi sur l’Itzulia et le Dauphiné. Autant d’occasions pour Del Toro de s’affirmer… sans inquiéter Pogacar.
Meilleur second rôle
Le Mexicain fait mieux que lui aux Émirats ? L’entourage du Slovène laisse entendre que ses valeurs à l’entraînement ont fait un nouveau bond. On joue sur les statistiques pour suggérer que Del Toro est en avance sur Pogacar, lui-même en passe de supplanter la légende Eddy Merckx ? Rappelons que le Slovène a remporté son premier Tour de France à la veille de son 22e anniversaire, que Del Toro a fêté en novembre. Bonne chance au Mexicain pour accumuler ensuite trois autres succès juilletistes (avec 21 victoires d’étapes), deux maillots arc-en-ciel et dix Monuments, tout en étendant sa palette pour voler sur les pavés. Pour l’instant, le Mexicain est en stage d’observation auprès de son aîné.
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Tadej Pogacar dans l'ombre d'Isaac Del Toro, un avant goût des Strade Bianche ?
Crédit: Imago
Del Toro est appliqué dans son rôle de jeune disciple. Si l’équipe de Pogacar a ajouté le vainqueur du Tour de l’Avenir 2023 à sa collection de talents émergents, ce n’est pas seulement une question d’argent, même si le patron d’EF Education, Jonathan Vaughters, a récemment expliqué que la formation émiratie avait doublé l’offre que lui-même avait adressé à Del Toro. L’affaire était de toute façon bien embarquée : selon nos informations, cela faisait plus d’un an que le Mexicain lui-même faisait des appels du pied à UAE. Le mariage est heureux : pas question d’exfiltrer Del Toro, comme ça a été le cas pour Juan Ayuso.
Le Mexicain mène son apprentissage à la vitesse imposée par les prodiges modernes, de Pogacar à Paul Seixas. Le Giro lui a échappé, mais la Corsa Rosa l’a imposé en cador sur les Grands Tours. Pour autant, il n’a pas vraiment établi une supériorité en montagne. Cela viendra peut-être cette année, mais c’est presque secondaire pour Del Toro qui doit plutôt corriger ses soucis de placement. Pour voler sur les sommets, Pogacar n’a besoin de personne. Ces dernières saisons, il s’est plutôt cherché des rampes de lancement, à l’image de Jhonatan Narvaez, pour faire la différence au démarrage avant de larguer la concurrence. L’Équatorien est sur le flanc. Il en va de même pour Tim Wellens, autre équipier des plus précieux. Mais avec Del Toro, Pogacar a peut-être ce qui se fait de mieux.
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