Encore raté. C'est un peu le sentiment qui doit animer Julian Alaphilippe après son premier mois de compétition lors de cette saison 2021. Après la reprise au Tour de Provence, puis l’acte de sacrifice, pour le bien du collectif du "Wolf Pack" au Het Nieuwsblad pour son équipier Davide Ballerini, le champion du monde n’a pas réussi à lever les bras lors de sa troisième sortie, sur les routes terreuses et escarpées des "Strade Bianche", cette semi-classique qu’il adore. Et qu’il voulait regagner. Il y a deux ans, il avait pris un plaisir fou à dompter cette épreuve de charme.
Alaphilippe voulait retrouver l’ivresse de la victoire. Parce qu'il vit de ça. Parce qu'il faut bien zapper définitivement cette fin de saison 2020 tronquée par cette chute improbable lors du dernier Tour des Flandres. Mais le premier constat qu’on peut dresser, c’est qu’il n’est pas encore dans sa forme optimale. Autoritaire, mais nerveux, dans le final de l’épreuve transalpine, le Français a payé cher des efforts produits peut-être trop tôt pour sa condition actuelle.

Van der Poel monstrueux, Alaphilippe encore (un peu) juste : Le résumé des Strade Bianche

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Son premier pic de forme est prévu pour plus tard et il le sait. Il le savait surtout au moment de s’élancer de Sienne. Il y avait plus fort que lui à la pédale. Notamment ce diable de Mathieu Van der Poel, qui sort de deux mois de compétition en cyclo-cross et deux prestations intéressantes sur Kuurne - Bruxelles - Kuurne (12e) et le Samyn (37e), ses dates de reprise après un Tour des Emirats stoppé après une seule étape.
Le Français l'a reconnu volontiers, il a perdu contre plus fort que lui. Il avait de toute façon désigné Van der Poel comme co-favori aux côtés d'un Wout van Aert, à la forme plus aléatoire. "Je préfère toujours gagner, mais je peux être content de ce podium. J'ai fait tout ce que j’ai pu, j'ai essayé de gagner, mais Van der Poel était tout simplement le plus fort. Je n’ai pas à avoir de regrets, je n’ai pas commis de faute pendant la course", a-t-il analysé après l'arrivée. "J’ai décidé d’attaquer à vingt kilomètres de la fin et les sensations n’étaient pas mauvaises".
Van der Poel était le plus fort
Pas de raison de s’en faire pour autant. Cette deuxième place n’a rien d’un échec. Peut-être que retenir la capacité du leader de la Deceuninck à revenir dans la roue de Mathieu van der Poel et de sa première attaque dans Le Tolfe et ses passages à 18%, d’une violence inouïe, est la meilleure des choses à faire. Parce qu'il fallait le faire tout simplement. Van der Poel a mis un coup de turbo qui a rejeté l'ensemble des prétendants à la victoire à plus de dix secondes en quelques instants. "Dans ce dernier secteur de terre, j’ai préféré rester concentré, mais c’est là que j’ai pu voir à quel point Van der Poel était fort", a expliqué le coureur de 28 ans.
Alaphilippe a d'ailleurs fait le job, si on peut le dire comme ça. Il a roulé placé pendant toute la course. Il a répondu aux attaques. Il a joué sa carte. Il a bossé. Dans le final, il a même joué la tactique en ne roulant pas avec le Néerlandais, judicieux dans son choix de garder ses forces, après avoir fait la jonction avec lui en deux temps. Une tactique qu'il a finalement laissé tomber rapidement, preuve qu'il était certes fatigué, mais avant tout lucide.
La suite n’a été qu'une répétition de ce qu’il avait vu douze kilomètres plus tôt. Il n'était pas le plus fort et il faut l'accepter. Il m'a même concédé en pleine course à son rival, évoquant des jambes un peu courtes. "Dans cette dernière ascension, j’ai réellement pu constater comment il était", a ajouté le Français, probablement un peu seul sur les routes de Toscane. Présente à ses côtés jusqu’à 50 kilomètres du terme, sa formation n'a pas pu aller plus loin après l'attaque de Wout van Aert dans le secteur 8.

Une attaque d'une violence inouïe : Van der Poel a laissé Alaphilippe sur place dans le mur final

Mission victoire sur Tirreno maintenant

Le sort s'en est aussi mêlé : João Almeida, en jambes, a été victime de plusieurs incidents mécaniques et n'a pu l'accompagner dans le moment charnière de l'épreuve. Kasper Asgreen s’est fait une frayeur en sortant de la route, après avoir été lui aussi victime d'incidents mécaniques. Ses autres coéquipiers, dont Dries Devenyns, avaient eux rempli leur contrat au moment d'aborder le final. Il a peut-être manqué un homme de sa garde rapprochée dans le "money time" au champion du monde d'Imola pour changer son approche du final. Cela aurait pu être Zdeněk Štybar, co-leader au départ de l'épreuve en terminant, mais le Tchèque est passé au travers (62e à 11'08"). Impossible de refaire totalement l'histoire.
La suite sera également "al dente" pour Alaphilippe. "Maintenant, je vais sur Tirreno - Adriatico, j'espère que je pourrais y gagner une étape. Après j'ai Milan - Sanremo. Puis, évidemment, il y aura les classiques belges". Un bien beau programme qui va forcément confirmer que son pic de forme va pointer le bout de son nez dans pas si longtemps. Cette bataille perdue en Italie laisse aussi quelques espoirs de magnifiques bagarres. Forcément, la possibilité de revoir le Alaphilippe des grands jours face à Van der Poel, Van Aert et consorts, dans un peu plus d’un mois, fait saliver. Ce n'était qu'un apéritif après tout.

Julian Alaphilippe et Mathieu van der Poel lors du podium des Strade Bianche 2021

Crédit: Getty Images

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