Ceux qui connaissaient Romain Bardet se doutaient de la conclusion de l'affaire. Il était écrit qu'il ne pousserait pas une saison de plus chez Ag2r. Non pas qu'il s'y sentait mal, plutôt que ce curieux de tout ne pouvait sans doute pas imaginer sa carrière sans un détour par l'étranger. L'aventure DSM (ex-Sunweb) était une aubaine. Elle lui offre la possibilité de changer d'air et de philosophie. A 30 ans, c'est une bénédiction.
Pourquoi maintenant ? Une affaire de contrat évidemment, l'âge, 30 ans, ou le moment parfait pour basculer sur une "autre" carrière mais aussi et surtout deux dernières saisons qui ont fini par faire oublier ses excellents résultats passés (2e du Tour 2016, 3e en 2017, 2e aux Mondiaux 2018 et 3e à Liège-Bastogne-Liège…). Mais 2019, et un Tour de France catastrophique malgré un maillot de meilleur grimpeur, est passée par là. Cette expérience l'avait déjà fait beaucoup réfléchir. Sa Grande Boucle 2020 promettait beaucoup avant qu'une chute ne mette fin brutalement à ses espoirs. "Entre 2013 et 2018, j'ai vécu six ans de trajectoire ascendante de façon quasi-ininterrompue. C'est rare", notait-il d'ailleurs pour L'Équipe en janvier. La conséquence d'un travail minutieux et acharné.
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"Le sentiment de la gagne me manque"

"J'étais entré dans une routine qui ne m'allait plus. J'avais besoin de me mettre en danger, de repartir sur de nouvelles bases et de me prendre un gros coup de boost", poursuivait-il encore. La routine de l'entraînement premièrement. Oui, Bardet avait beaucoup apporté à son équipe de toujours qui le lui a d'ailleurs bien rendu en se professionnalisant. Il avait cependant besoin d'aller voir autre chose, une autre manière de faire et les résultats récents de Sunweb (devenue DSM donc), notamment sur le Tour 2020, plaident pour elle.

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Celle des courses, deuxièmement. Romain Bardet n'avait aucune liberté, ou presque, à AG2R. Comment pouvait-il en être autrement quand votre leader peut jouer les premières positions sur les plus grandes courses à étapes ? L'équipe de Vincent Lavenu a opéré une mue cet hiver. Bardet en a fait de même, mais ailleurs.
"J'aurais aimé gagner plus de courses, ce sentiment me manque". Aussi impressionnant que puisse être le palmarès de l'Auvergnat, ses sept succès professionnels (aucun depuis trois ans !), sont un bilan bien maigre pour un coureur de sa trempe. C'est le revers de la médaille quand vous visez les classements généraux le plus souvent. Les occasions sont rares, les élus encore plus. "Je n'ai aucun regret de ces dernières années chez AG2R, mais c'est vrai que mon approche n'a jamais été celle du tout pour la gagne", ajoute-t-il. Et comme il a des aptitudes pour les courses d'un jour - ne s'était-il pas révélé sur l'Amstel Gold Race il y a huit ans ? -, Bardet a très envie d'équilibrer son calendrier.

L'Italie en fil rouge, les classiques au printemps ?

Ce n'est pas un hasard si le grimpeur tricolore a participé au Het Nieuwsblad sur les pavés flandriens ce weekend. Oui les classiques du nord l'attirent (25e du Tour des Flandres en 2020) mais jamais il n'avait pu vraiment s'y frotter. Trop risqué pour un leader comme lui. AG2R ne pouvait se permettre de le voir compromettre la suite de sa saison sur chute. Ce samedi, ce sont les Strade Bianche qu'il a inscrits à son calendrier. Il y préparera le Giro qui passera par les chemins blancs de Toscane mais il y prendra aussi, et surtout, beaucoup de plaisir.

Romain Bardet (AG2R La Mondiale) et Wout Van Aert (Verandas Willems-Crelan) encadrent Tiesj Benoot (Lotto-Soudal) sur le podium des Strade Bianche 2018

Crédit: Getty Images

C'était le cas en 2018 quand, novice, il avait pris une magnifique deuxième place derrière Tiesj Benoot. En 2019, c'est à la télévision, entre deux interviews, qu'il avait regardé la victoire de son ami Julian Alaphilippe. Ce samedi, le voir se battre pour la victoire serait une petite surprise. Ce sera en revanche une nouvelle occasion de se fondre dans son nouveau collectif. Il sera ensuite temps d'aller sur Tirreno-Adriatico pour préparer le Tour d'Italie. Entre les deux son calendrier est encore flou mais il devrait passer par certaines des plus belles classiques du printemps. Et peut-être y accrocher une superbe victoire pour valider ce changement de vie.
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