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Michal Kwiatkowski, général par intérim

Kwiatkowski, général par intérim

Le 13/03/2018 à 17:17Mis à jour Le 13/03/2018 à 18:59

TIRRENO-ADRIATICO - Enfin. Michal Kwiatkowski ajoute une épreuve par étapes du World Tour à son palmarès, déjà très fourni en classiques et orné d'un titre mondial. Le Polonais de 27 ans a remporté la course des deux mers, à l'issue du chrono final ce mardi, devant Damiano Caruso (BMC) et son coéquipier, Geraint Thomas. Le début d'une mue... ou juste le signe de sa grande forme ?

Michal Kwiatkowski a remporté sa première course par étapes labellisée World Tour, en s'adjugeant Tirreno-Adriatico (7-13 mars), ce mardi. Un dépucelage si "tardif" − Kwiato, 27 ans, est professionnel depuis 2010 − n'a rien d'infamant, mais a des airs d'anomalie, au vu du pedigree et des caractéristiques du Polonais.

Bon rouleur, excellent puncheur, grimpeur très honnête, le champion du monde 2014 se permet même parfois de jouer des coudes avec les grosses cuisses, dans les sprints massifs. Comment une telle polyvalence mise au service d'un talent pareil a-t-elle pu mettre autant de temps à se matérialiser en succès, au classement général d'une épreuve majeure d'une semaine ?

Environnements particuliers

Après des débuts plus discrets que ceux de l'autre prodige de sa génération − un certain Peter Sagan −, chez Caja Rujal, puis RadioShack, Kwiatkowski rejoint l'équipe Quick-Step en 2012. La formation de Patrick Lefevere est plus connue pour être une usine à coureurs de classiques qu'à spécialistes des classements généraux. La tendance se confirme avec Kwiato, bien que celui-ci termine 11e de son premier Tour de France, en 2013.

Tour 2013: Kwiatkowski, Bakelants und Rolland

Tour 2013: Kwiatkowski, Bakelants und RollandAFP

Troisième de Liège-Bastogne-Liège, en 2014, le Polonais prend du galon petit à petit au sein du peloton, avant un brusque sursaut, lorsqu'il est sacré champion du monde à la fin de cette même saison. En 2016, c'est en tant que coureur très réputé qu'il rejoint Sky et suscite beaucoup de questions. Comment la machine britannique, qui a déjà broyé quelques champions en herbe (Uran, Landa, Henao...) sur l'autel de son obsession pour les courses par étapes contrôlées de A à Z pour un leader unique, va-t-elle polir son diamant polonais ? Plutôt efficacement, il faut le reconnaître.

Spécialiste des courses d'un jour

Entre sa consécration planétaire, en septembre 2014 à Ponferrada, et la fin de la saison 2017, Michal Kwiatkowski a gagné huit courses (en comptant celle qui lui a permis de revêtir le maillot arc-en-ciel). Pour un cador du peloton, c'est un total relativement modeste. Mais dans le détail, c'est nettement plus impressionnant : titre mondial 2014, donc, prologue de Paris-Nice et Amstel Gold Race en 2015, E3 Harelbeke en 2016, Strade Bianche, Milan-Sanremo, Clasica San Sebastian et sacre national sur le contre-la-montre en 2017. Cinq des huit courses qu'il a remportées durant cette période sont des classiques du World Tour et l'une, la Primavera, appartient même aux cinq fameux monuments du vélo. Il n'y a par contre pas la moindre épreuve par étapes, ne serait-ce que mineure, dans le lot.

Michal Kwiatkowski se met à la planche pour Christopher Froome (Sky), lors du Tour de France 2017

Michal Kwiatkowski se met à la planche pour Christopher Froome (Sky), lors du Tour de France 2017AFP

En effet, quand il y a un classement général en jeu, Kwiatkowski endosse souvent le rôle d'équipier de (grand) luxe. Mais à la différence, par exemple, d'Edvald Boasson Hagen (chez Sky de 2010 à 2015), qui a laissé se diluer son potentiel immense dans une servitude exacerbée, le Polonais arrive à jongler entre les statuts de domestique et de patron. Cette semaine encore, il a d'abord eu le rôle d'homme à tout faire, roulant notamment en tête de peloton pendant une dizaine de bornes dans le final de la 3e étape, avant de terminer quasiment avec les meilleurs malgré ce sacrifice. La méforme de Christopher Froome et les pépins mécaniques de Geraint Thomas l'ont propulsé carte maîtresse de son équipe et il s'en est parfaitement accommodé.

Changement circonstanciel

Alors, Kwiatkowski, qui avait déjà gagné le Tour de l'Algarve en février, opère-t-il discrètement une mue ? On en est encore loin. Il reste un éminent spécialiste des courses d'un jour. Le gros objectif de son début de saison est Milan-Sanremo, épreuve dont il est tenant du titre, à laquelle il a "pensé tout l'hiver" comme il l'a déclaré au micro de la Chaîne L'Equipe, et qu'il a reconnue en bravant la neige il y a quelques semaines.

La folle arrivée de Milan-Sanremo : Peter Sagan, Michal Kwiatkowski et Julian Alaphilippe

La folle arrivée de Milan-Sanremo : Peter Sagan, Michal Kwiatkowski et Julian AlaphilippePanoramic

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