Tour Auvergne-Rhône-Alpes | Piège, grosse chute et même un abandon : pour Paul Seixas, une semaine qui en vaut dix

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Pour la deuxième fois de sa toute jeune carrière, Paul Seixas n'est pas allé au bout d'une course. Lourdement touché après sa chute samedi, le leader de Decathlon CMA CGM a tenté le coup dimanche sur la 8e et dernière étape du Tour Auvergne-Rhône-Alpes avant de se rendre à l'évidence et de jeter l'éponge. Le dénouement d'une semaine riche en émotions et en enseignements pour le coureur de 19 ans.

"Sa capacité à rebondir..." Quels enseignements pour Seixas ?

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De notre envoyé spécial au Tour Auvergne-Rhône-Alpes,
Il aura fallu attendre un an et demi pour que l'ascension de Paul Seixas connaisse son premier coup d'arrêt. Une bêtise, selon ses propres mots, et ce sont ses ambitions de victoire finale sur le Tour Auvergne-Rhône-Alpes, et peut-être un peu plus que ça - les prochains jours le diront -, qui se sont envolées. En l'absence des patrons, le Lyonnais se rêvait en empereur des Alpes, le voilà embêté par des blessures qui l'auront empêché d'aller au bout des choses. Mais au fond, n'a-t-il pas plus appris depuis une semaine que s'il avait dominé la course sans histoire ?
Avec son visage d'étudiant, l'arrogance gentille de ceux à qui rien ne résiste et les records de précocité qu'il évacue à la pelle, impossible d'oublier que Paul Seixas ne fêtera ses 20 ans qu'en septembre prochain. À l'âge qui est le sien, Tadej Pogacar terminait 4e du Tour de Slovénie dans l'anonymat général. À 21 printemps moins un jour, il triomphait déjà du Tour de France. Tout Pogacar qu'il était, aussi intouchable qu'il paraissait, lui aussi a connu un douloureux retour sur terre.

Seixas secoué par des aléas qu'il ne connaissait ni ne maîtrisait

Demandez au Slovène et il vous répondra probablement qu'il a plus appris en se faisant taper sur la tête par Jonas Vingegaard en 2022 et 2023 qu'en se baladant sur la Grande Boucle en 2020, 2021, 2024 et 2025. De Grenoble, où est parti le Tour Auvergne-Rhône-Alpes jusqu'à son abandon, Seixas aura été secoué par des aléas qu'il ne connaissait ni ne maîtrisait et par une adversité qui avait fait de lui, si ce n'est l'ennemi public numéro un, au moins l'homme à battre. Se trouver dans cette position vous force inéluctablement à grandir.
En huit jours, Seixas a découvert, liste non exhaustive, le goût amer d'une petite déconvenue sur le contre-la-montre par équipes, un piège se refermant sur son équipe, la chute et même un abandon. "Pour moi, il n’y a que du positif dans tout ce qui s’est passé cette semaine, ose Aurélien Paret-Peintre, l'un de ses anges toute la semaine. Il vaut mieux que ça nous arrive ici que dans trois semaines. Que ce soit le chrono où on est un peu en dessous de nos espérances, l’échappée de 60 ou samedi, ce sont des scénarios dans lesquels on apprend et qui vont nous servir pour juillet."
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Seixas sur ses équipiers : "Ils sont fous, je les aime tous"

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Chez Decathlon CMA CGM, on n'est pas né de la dernière pluie. Dès la veille du départ du "TARA", on confiait attendre une semaine difficile pendant laquelle UAE, Visma ou Lidl allaient tester les presque nouveaux riches dont le seul mérite serait d'avoir la nouvelle pépite en leur sein. Promesse tenue, si l'on ose dire, vendredi vers Crest-Voland, où personne n'a tendu la main pour aider l'équipe de Paul Seixas. "On sait qu'on ne nous fera pas de cadeau", souriait Nicolas Prodhomme, dimanche au Plateau de Solaison. Les épisodes de vendredi, samedi et dimanche ont eu un effet inattendu sur le groupe.
"On a soudé le groupe", estime un Prodhomme qui revenait sur la chute de son leader et la longue chasse qui a suivi. "C’est sûr qu’on venait pour faire le podium ou la victoire mais il y a quand même beaucoup d’apprentissage, confirme "APP". Samedi, on a eu une belle cohésion d’équipe donc, dans notre malheur, c’est une journée qui restera pour nous."
Dans sa galère, Paul Seixas a découvert que ses alliés étaient, un, peut-être plus fort que ce qu'il imaginait, deux, capables d'aller loin dans l'effort et la douleur pour lui, pour gommer cette connerie et ses conséquences. "Je pense qu'il a été impressionné, affirme Julien Jurdie, son directeur sportif. On apprend plus vite dans la douleur. C’est malheureusement un bon exercice, en particulier pour Paul qui est un jeune coureur. On savait qu’un jour, il y aurait des pépins, une chute, une défaillance. Ça a été quelque chose de fédérateur."

Une expérience à prendre

Loin de tout ce qu'il a connu jusqu'ici, le Français a mesuré à quel point des petites bêtises pouvaient avoir de grandes conséquences. Au Pays basque, son coup de folie de la dernière étape ne lui avait, par exemple, rien coûté. Ce virage pris trop vite dans la première partie de la 7e étape lui a coûté un abandon et quelques lambeaux de peau en attendant de savoir pour la suite. De cet incident, il retiendra qu'il faut être concentré à chaque instant. De celui de vendredi, que si son équipe n'est pas concentrée, elle doit s'infliger plusieurs heures de travail à l'avant du peloton.
Il n'est pas interdit de croire que la 8e étape de fut, elle aussi, un test. "C'était une expérience à prendre, de se dire le lendemain d'un tel gadin, où tu vas te situer, combien de temps ton corps va mettre pour se chauffer", pense notre consultant Steve Chainel. Seixas voulait voir, il a vu et jugé que le jeu n'en valait pas la chandelle. À quoi bon tenter le diable, si ses mains meurtries ne pouvaient tenir correctement le guidon dans les descentes ? Ce dimanche, Seixas a aussi appris à lâcher prise, ce qui n'est pas la chose la plus inutile dans une carrière.
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Seixas raconte sa chute : "J'ai glissé sur 20 ou 30 mètres à 70km/h"

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Plus intéressant encore, le public a pu découvrir une autre facette de la personnalité de ce garçon. On le savait ambitieux et par-dessus tout acharné, on l’a découvert résilient. Samedi, au sommet du Grand Colombier, on jurerait que les larmes étaient proches de couler sur le podium. Ce gamin à qui rien ne résiste avait découvert que ses coéquipiers l’aimaient peut-être encore plus dans la souffrance que dans le bonheur.
En se battant comme des chiens, Seixas et les siens ont probablement fait un peu plus pour leur popularité que s’ils avaient remporté le Tour Auvergne-Rhône-Alpes. Dans trois semaines, ce sera le Tour et ses excès et bien heureusement pour lui, Paul Seixas le découvrira mieux armé, encore mieux armé qu’il ne l’était déjà.
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