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Après Bernal, Lopez ?

Après Bernal, Lopez ?

Le 21/08/2019 à 14:02Mis à jour Le 21/08/2019 à 21:14

TOUR D’ESPAGNE 2019 - À 25 ans, Miguel Angel Lopez (Astana) est l’autre jeune Colombien qui peut très rapidement se faire une place sur la plus haute marche des podiums de Grands Tours. Sa progression n’est pas aussi fulgurante que celle d’Egan Bernal, mais le grimpeur d’Astana s’avance en favori après avoir déjà brillé sur la Vuelta et le Giro.

À 25 ans, Miguel Angel Lopez (Astana) n’a plus toutes ses dents. Voilà déjà trois étés qu’il en a abandonné quelques-unes sur les routes de Galice, victime d’une lourde chute dans le final de la 3e étape de la Vuelta 2016. Pour son premier Grand Tour, il devait se résoudre à un abandon prématuré trois jours plus tard. Heureusement, la vie et le champion colombien sont ainsi faits que le Superman de Boyaca, après nous avoir inquiétés en restant allongé face contre terre, s’est à nouveau élevé vers les sommets, tout en restant coutumier des chutes (il a encore perdu quelques dents sur le Tour de Suisse 2017). Et on ne serait pas étonné de le voir afficher un grand sourire dans trois semaines et demi sur le podium de Madrid.

Miguel Angel Lopez avant son abandon sur la Vuelta 2016

Miguel Angel Lopez avant son abandon sur la Vuelta 2016Getty Images

Samedi, Lopez sera à Torrevieja l’un des grands favoris à la victoire finale dans la Vuelta 2019, avec l’ambition de parachever le triomphe sud-américain sur les Grands Tours cette année. Depuis sa triste première, Lopez n’a jamais manqué le grand rendez-vous espagnol. La simple lecture de ses résultats traduit les progrès de cet autre prodige colombien : après les gadins de 2016, il y a eu les premières victoires d’étapes (en montagne, en patron) et le top 10 en 2017, avant de monter sur le podium l’an dernier après un dernier assaut flamboyant en Andorre.

Ce jour-là, Miguel Angel Lopez célébrait déjà son deuxième podium en Grand Tour, quelques mois après celui conquis sur le Giro. Mais après tout, il n’attendait pas moins de ce passage pyrénéen avant l’arrivée à Madrid : "Cette troisième place était le minimum que nous espérions." L’objectif peut-il être encore plus élevé cette année ?

Un vrai pur grimpeur pour de grands raids montagnards

Lopez est du genre discret lorsqu’on l’interroge sur ses ambitions. Comme beaucoup de Latins, il a tendance à user de la première personne du pluriel, "nous", pour s’inclure dans le collectif quand il parle en fait de lui. On pourrait déjà écrire ce qu’il dira jeudi soir lors de la conférence de presse avant la présentation des équipes : "Nous avons très bien travaillé pour arriver dans la meilleure forme, nous avons de bonnes jambes et nous espérons obtenir le meilleur résultat possible."

Pour en savoir plus, il faudra probablement attendre les vérités de la course. Ça tombe bien : entre le chrono par équipes de samedi, des arrivées musclées en milieu de semaine et le terrible passage andorran avant la première journée de repos, les favoris et leurs équipes vont rapidement devoir répondre présent. En la matière, Miguel Angel Lopez n’est pas le plus frileux : il lâche souvent du temps à droite à gauche et compense avec de grands raids en montagne.

La légende des Escarabajos a fait des Colombiens des grimpeurs explosifs, profitant de leur poids plume pour faire la différence sur les pentes extrêmes comme la Vuelta les multiplie ces dernières années. C’est oublier que les routes sur lesquels les grimpeurs andins se sont formés et continuent de s’entraîner sont celles de longs cols réguliers (l'explosivité n'a jamais été la qualité première de Quintana par exemple). S’il ne parvient pas forcément à faire la différence sur ses démarrages, Lopez se distingue par cette capacité à imposer un rythme très soutenu sur la durée.

Frustré sur le Giro, récompensé en Espagne ?

C’est dans ce registre qu’il a multiplié les attaques sur le dernier Giro, dont il est ressorti frustré après une 7e place et une drôle de séquence, qui a encore plus marqué les esprits que ses offensives lointaines : mis à terre par un spectateur lors de la 20e étape, sa dernière chance de revenir dans le top 5, il passes ses nerfs en frappant l’imprudent. Ce n’était pas la première fois que "Superman" Lopez descendait de vélo et usait de ses poings, lui qui, à 16 ans, avait repoussé les agresseurs qui voulaient lui voler sa monture (et qui lui avaient, au passage, poignardé la cuisse). Il explique désormais qu’il tient son surnom de cet épisode, quand les premières anecdotes sur sa carrière suggéraient que le commentateur d’une course Juniors, ignorant le nom de Lopez, avait été le premier à le qualifier de "Superman" en le voyant attaquer dans une ascension.

Moins dramatique, l’image de Lopez en rage dans le Monte Avena était symbolique de ses trois semaines italiennes : vainqueurs en début de saison du Tour Colombia et du Tour de Catalogne, Superman avait des jambes de feu, l’envie de bousculer la course, mais il a sérieusement joué de malchance. Il lui reste à éviter pareils malheurs, et à ne pas se montrer maladroit lui-même, pour que son tempérament de feu le mène aux sommets de la Vuelta 2019 et apporte le succès en Grand Tour après lequel son équipe Astana court depuis le Giro 2016 remporté par Nibali (la formation kazakhe a remporté huit Grands Tours depuis son apparition en 2006).

Lopez et I.Izagirre sur le Giro 2019

Lopez et I.Izagirre sur le Giro 2019Getty Images

Dans cette optique, la formation bleu ciel est peut-être la plus solide de cette Vuelta, avec Movistar et Jumbo-Visma. Ion Izagirre est annoncé en co-leader, une manière de saluer la régularité du Basque et d’éloigner un peu la pression de Lopez, en attendant de voir ce que fera Jakob Fuglsang, de retour après son abandon sur le Tour. En Espagne aussi, la force collective peut faire la différence. Demandez à Fabio Aru, vainqueur en 2015, à 25 ans, à la faveur de l’énorme travail d’Astana pour renverser Tom Dumoulin

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