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Roglic, une voie royale pourtant si piégeuse

Roglic, une voie royale pourtant si piégeuse

Le 06/09/2019 à 23:21Mis à jour Le 07/09/2019 à 11:45

TOUR D'ESPAGNE - Deuxième à Los Machucos, Primoz Roglic a profité de la 13e étape pour accentuer encore un peu plus son avance en tête du classement général. Le Slovène de la Jumbo-Visma possède désormais 2'25'' sur son dauphin Alejandro Valverde (Movistar). Une marge conséquente qui semble lui offrir une autoroute vers un premier succès sur un Grand Tour. Il aurait pourtant tort de le penser.

Impérial. Au-dessus. Trop fort. Les adjectifs et expressions varient mais la donne reste la même. Pour le moment, Primoz Roglic parait intouchable et tous ses adversaires le reconnaissent volontiers. "Pour le moment, Roglic est le coureur le plus en forme", avouait Valverde vendredi à l'arrivée, rejoint par son coéquipier Quintana : "Il a montré qu'il était le plus fort de la course". Auteur d'un énorme contre-la-montre mardi, le Slovène de la Jumbo-Visma en a remis une couche ce vendredi en devançant tous ses adversaires directs dans la course à la victoire finale. Avec désormais son plus proche adversaire, Alejandro Valverde, pointé à 2'25'' et le reste de la concurrence à plus de trois minutes, l'ancien sauteur à skis est plus que jamais en route vers la victoire finale. C'est même une autoroute qui semble se dessiner sous les roues du Slovène. Mais celui-ci aurait tort de penser avoir course gagnée.

Roglic - stage 13 Vuelta 2019 - Getty Images

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Déjà, les écarts ne sont pas suffisants pour qu'il se permette de penser cela. Oui, 2'25'' d'avance sur son dauphin ça peut paraître énorme au terme de ce treizième épisode, mais ça n'est "que" 2'25''. Un écart que l'on a souvent vu être bouché dans la dernière semaine d'un grand Tour. Au soir de la 13e étape, Carapaz avait encore 1'58'' de retard sur… Roglic en mai sur le Giro. L'an dernier, toujours sur le Tour d'Italie, Yates possédait 3'20'' d'avance sur Froome, futur vainqueur. En 2016, Kruijswijk possédait plus de trois minutes d'avance sur tous ses adversaires au soir de la 17e étape. Cela ne l'avait pas empêché de ne même pas finir sur le podium. Bien sûr, toutes ces situations ont été différentes et toutes le sont encore de cette Vuelta 2019. Déjà parce que toutes celles citées l'ont été sur le Giro. Mais elles doivent servir de mise en garde au Slovène. Si tant est qu'il ne l'ait pas encore compris par sa propre expérience.

Oublier le Giro pour mieux conquérir cette Vuelta

Lui plus que quiconque sait qu'une troisième semaine peut faire énormément de dégâts. Si Roglic semble trop fort pour la concurrence jusqu'ici, rien ne dit qu'il en sera ainsi dans quelques jours. Après tout, le Slovène n'a encore jamais véritablement levé les doutes qui pesaient sur sa capacité à répondre présent en deuxième partie de grand Tour. Sur le Tour 2018, c'est sur un contre-la-montre - pourtant sa discipline de prédilection - à deux jours de l'arrivée qu'il a craqué et perdu le podium, deux jours après avoir été pourtant le plus fort à Laruns.

En mai dernier, sur le Giro, Roglic semblait avoir fait le plus dur en prenant une belle avance à l'issue du chrono de Saint-Marin. Un scénario comparable à celui de cette Vuelta. Mais il a ensuite péché physiquement en dernière semaine, certes bien plus montagneuse que celle du Tour d'Espagne. Longtemps leader, il avait souffert pour rester sur le podium, à plus de deux minutes du vainqueur. Mais il ne semblait alors pas aussi aérien en montagne que sur cette Vuelta. Alors que peut-il - vraiment - lui arriver ?

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Le principal danger pour Primoz Roglic réside avant tout dans une éventuelle chute. Si le Slovène semble intouchable sur son vélo, il le sera beaucoup moins s'il en tombe. Ce n'est pas son coéquipier à la Jumbo-Visma, Steven Kruijswijk, qui dira le contraire. C'est en grande partie en raison de son tout-droit dans la descente du Col d'Agnel que le Néerlandais a perdu le Giro 2016. S'il est un bon descendeur, Roglic n'a aucun intérêt à prendre des risques à suivre ses adversaires dans une descente. En fait, il n'a aucun intérêt à les suivre tout simplement.

Se faire confiance, la clé du succès

Il est encore trop tôt pour que les Valverde, Pogacar, Quintana et autre Lopez abandonnent la lutte. Le terrain offert dans les neuf jours qui arrivent - avec deux grosses arrivées en altitudes ce week-end puis deux étapes favorables à une course de mouvement mercredi et samedi prochain - leur laisse encore trop d'espoir(s). Cela changera peut-être en cours de troisième semaine, mais pas avant. Il est ainsi fort à parier que ses adversaires tenteront de lui mener la vie dure à partir de dimanche.

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L'une des erreurs à éviter pour le Slovène serait de vouloir les suivre. Il a déjà montré être plus à l'aise en montant à son rythme qu'en multipliant les à-coups. Sans compter que le maillot rouge a les équipiers pour se permettre cela. Jour après jour, ceux-ci l'accompagnent jusque dans les derniers kilomètres. S'en priver pour suivre ses adversaires et s'isoler serait l'une des pires erreurs à commettre. Car personne ne l'aiderait alors. Vu la forme qu'il affiche actuellement, il n'a même pas l'air d'en avoir besoin. Mais, ça aussi, ce serait une erreur de le penser.

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